Un an après "Ailefroide", Jean-Marc Rochette publie "Le Loup", un duel au sommet entre le canidé et l’homme, et, avec le scénariste Matz, un prequel noir de la saga culte du "Transperceneige" (BD écrite avec Jacques Lob de 1984 adaptée au cinéma par Bong Joo-Ho en 2013 et bientôt en série sur Netflix) : "Extinctions".

Couverture des bandes dessinées "Le Loup" de Jean-Marc Rochette, et d'"Extinctions" de Matz et Jean-Marc Rochette
Couverture des bandes dessinées "Le Loup" de Jean-Marc Rochette, et d'"Extinctions" de Matz et Jean-Marc Rochette © Casterman

"Le Loup" : une lutte à mort dans un décor de montagne

Au départ, c’est une histoire vraie racontée à Jean-Marc Rochette. Le berger du massif de l’Oisans, là où vit le dessinateur une partie de l'année, s’est fait dévorer une partie de son troupeau… Les corps des bêtes éventrées ont rempli la vallée d’une odeur de décomposition avant que les rapaces ne fassent leur travail. À partir de ce récit, l’auteur a inventé un duel homme/animal dans les sommets. Une lutte violente qui débute le jour où le berger tue une louve trop proche de son troupeau. Son fils, le louveteau s’échappe et survit.

Jean-Marc Rochette s’est dessiné sous les traits du berger avec ses yeux bleus acides. Pourtant c’est à son grand-père qu’il a pensé : « mon aïeul Jean-Désiré Rochette avait perdu son fils, mon père, pendant la guerre d’Algérie. Il avait ce même caractère : entier, avec une vision très noire du monde. Je lui ressemble beaucoup »… 

Comme dans son précédent livre, L’Ailefroide, les montagnes sont dessinées d’une manière presque intime, tellement celui qui a failli être alpiniste, et qui continue de grimper, connaît les lieux.

Détail d'une planche du "Loup" de Jean-Marc Rochette
Détail d'une planche du "Loup" de Jean-Marc Rochette / Casterman

Le décor magnifique et hostile de la montagne souligne la ressemblance entre l’homme et l’animal : ils connaissent les lieux, mangent la même nourriture, et sont blessés tous les deux. Ce duel est un ressort littéraire classique. On pense à tous les livres qui mettent aux prises l’homme et l’animal : Le vieil homme et la mer, Croc blanc, Moby Dick L’histoire simple, resserrée, mais pas si manichéenne, est haletante. Elle est  servie par les couleurs froides d’Isabelle Merlet.

Comment Jean-Marc Rochette a dessiné "Le Loup"

La leçon de dessin de Jean-Marc Rochette :

Détail d'une planche du "Loup" de jean-Marc Rochette
Détail d'une planche du "Loup" de jean-Marc Rochette / Casterman

"Extinctions" avec Matz

Ce prequel du Transperceneige débute par ces mots : « La terre est ravagée par un mal incurable : l’humanité », séquence rapidement suivi d’un massacre d’éléphants…

Dans les années 1980, à la naissance du Transperceneige (écrit par Jacques Lob), le ressort de la BD d'anticipation publiée dans A suivre… était l’apocalypse nucléaire. C’était l’angoisse de l’époque et cela correspondait bien à Jean-Marc Rochette. Militant anti-nucléaire, il avait dans sa jeunesse manifesté contre la centrale de Creys-Malville finalement construite en 1976. 

Terminus, la suite écrite en 2015 avec Olivier Bocquet,  jouait sur le transhumanisme.

Alors qu’un rapport de l’ONU publié en mai 2019 évoque la disparition possible d’un millions d’espèces animales, le nouvel opus de Jean-Marc Rochette, Extinctions, met cette cruelle réalité au cœur du récit. Pour réparer les dégâts causés par l’espèce humaine, des éco-terroristes passent à l’action. Un milliardaire chinois (on pense à Elon Musk) va sélectionner ceux qu’il emmènera dans son arche de Noé moderne : un train aux mille wagons tiré par une locomotive à mouvement perpétuel…

L’histoire co-écrite avec Matz, permet à Rochette de traiter des thèmes qui sont chers aux dessinateurs. Pour lui : 

La terre est une structure finie. On ne  peut pas la ponctionner éternellement : on a déjà perdu 60% des animaux sauvages en moins de 15 ans. A ce rythme-là, on peut vivre encore un peu… Mais l’homme sur une terre exsangue n’en a pas pour très longtemps non plus.    

Pour inverser les choses, il continue de tenir des propos très modernes : 

Je suis pour une décroissance radicale, pour un mode de vie plus simple. J’aimerais vivre dans ma vallée en autarcie. Si on applique la frugalité, on s’en sortira. Si continue avec ce « toujours plus », on est cuit. Et en France, on va connaître le pire avec notre politique du tout nucléaire et tous ces déchets qui nous menacent.

Même s’il a conservé sa façon de concevoir les visages striés, le dessin de Jean-Marc Rochette a évolué. Normal : il avait 26 ans quand il a publié le premier opus, il en a 63 ans aujourd’hui. Depuis 1984, l’artiste est passé par la peinture, son trait s’est éclairci, est devenu plus nerveux et les corps sont encore plus présents.

Le premier volume d'Extinctions, d’une série de trois, pose habilement le décor, installe des personnages que l’on retrouvera dans le train… On a hâte de lire la suite.

Feuilletez quelques page d'Extinctions 

Un mot, une actu, un dessin :

Jean-Marc Rochette a bien sûr choisi dans l’actualité le mot « Extinction » pour la séquence d'actualité pour Culture Prime :

Références

📖 LIRE | Le Loup de Jean-Marc Rochette et Extinctions de Jean-Marc Rochette et Matz sont publiés chez Casterman.

✏️ RENDEZ-VOUS | Aujourd’hui jusqu’au 22 septembre, l'exposition Rochette artiste au sommet au Musée de l’ancien évêché à Grenoble.

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