Il est progressivement devenu une discipline grand public permettant à beaucoup de retrouver un équilibre intérieur, de mieux se remettre en question. Invités de Grand Bien vous fasse, les journalistes Christilla Pellé Douël, Pascale Senk et Jean-François Marmion ont interrogé le développement personnel.

Bibliothérapie : faut-il se méfier du développement personnel ?
Bibliothérapie : faut-il se méfier du développement personnel ? © Getty / Chev Wilkinson

Une discipline scientifique devenue grand public 

Pascal Senk commence par expliquer que "la psychologie s'appuyait principalement sur la science psychologique, sur des grandes écoles comme la psychanalyse, les neurosciences, qu'elle s'appuyait sur un corpus théorique précis. Et le développement personnel, dont le corpus théorique existe seulement depuis les années 1990, s'appuyait d'abord sur l'expérience de ces fondateurs comme Carl Rogers, Abraham Maslow qui ont nourri le développement personnel. À la base c'était le travail de quelques auteurs qui ont voulu partager leur expérience d'étude de la vie quotidienne pour la transmettre aux gens susceptibles de traverser la même chose. 

C'était une grande révolution quand les premiers livres de développement personnel et de psychologie sont arrivés sur le marché français dans les années 1990' : on avait des livres savants, des manuels de psychologie universitaires. Et voilà que tout à coup arrivaient des livres qui nous proposaient de nous regarder vivre, de nous observer non pas comme des entomologistes, mais comme des êtres humains, en explorant des parties de nous encore inconnues". 

C'est la révolution de la psychologie populaire, une aventure qui ne s'est pas arrêtée depuis

Christilla Pellé Douël regrette quant à elle l'idée que cette thématique se soit trop affranchie de son caractère scientifique, et qu'aujourd'hui, "beaucoup de ces livres sont vides de sens. Ce n'est pas le cas pour tous, simplement, dans ce mouvement, la plupart des livres ne sont pas appuyés sur des travaux scientifiques, ils ne sont pas le fait de scientifiques professionnels. N'importe qui peut écrire un livre là-dessus, et tout ça devient très subjectif, c'est le grand problème".

Faut-il associer le développement personnel à un individualisme accru ? 

La journaliste chez Psychologies Magazine estime que la multiplication des ouvrages  consacrés au développement personnel altère la fiabilité des propos qui n'émanent plus systématiquement d'études vérifiées scientifiquement. 

Christilla Pellé Douël : "Si cette révolution populaire traduit un réel mouvement de fond d'intérêt pour ce qui se passe dans la vie, c'est une révolution qui va de pair avec le développement de l'individualisme.

Elle distingue deux faces dans ce mouvement : 

  • Une face très intéressante de recherche, de compréhension de soi, des mouvements intérieurs profonds en psychologie, etc. 
  • Une autre, celle d'un repli sur son petit nombril qui se caractérise par un léger oubli de la nécessité de la solidarité, du collectif, de l'intérêt général... 

Certains auteurs parviennent à joindre les deux, mais pas tous. Il y a le développement absolument exponentiel de ce que Christilla Pellé Douël appelle "le développement personnel débile" sur tous les rayonnages. C'est une espèce de pollution dans la mesure où ça peut devenir très perturbant pour les lecteurs, qui ne savent plus littéralement s'ils se fient à des professionnels ou non. Il y a tout de même des livres de développement personnel qui sont vraiment néfastes

Revenons aux grands classiques et cherchons à savoir par quel moyen on peut arriver à faire le tri [...] Dans une production aussi énorme, il y a forcément des mauvais livres".

Un objet commercial ? 

Les trois spécialistes estiment que la psychologie neuroscientifique s'est faite une large place dans l'esprit des personnes et soulignent combien elle se serait transformée en une mode culturelle rentable  : 

Jean-François Marmion : "Tout ça est un marché, ne l'oublions pas. On donne aux lecteurs ce qu'ils ont envie de lire à l'instant T. Il y a des vogues comme ça et peu importe si on répète toujours la même chose tant que les gens achètent. Il y a une part de cynisme dans tout ça, il faut tout de même le dire. Le développement personnel, c'est un domaine où il y a vraiment à boire et à manger et parfois, c'est très indigeste". 

Ça nous fait du bien de lire toujours la même chose

Pascale Senk : "Aujourd'hui souvent, je souris parce que je lis une étude de psychologie expérimentale qui redit exactement la même chose qu'une pensée originelle en le confirmant. Par exemple, on redit aujourd'hui que les enfants qui ont confiance en eux sourient plus que ceux qui n'ont pas confiance en eux. Et bien, il se trouve que Françoise Dolto l'avait déjà dit".  

Christilla Pellé Douël : "En ce qui concerne les grands courants en vogue, on retrouve souvent la méditation, on en mange à toutes les sauces, on en finit même par avoir une petite saturation ; la recherche du bonheur ; la recherche de soi, l'individualisme, le comment être soi, voire même plus soi que soi ; tout ce qui concerne la nature, nos relations avec les animaux etc". 

L'important c'est de trouver ce livre qui saura vous convaincre

Pour Christophe André, il y a souvent une ligne de partage entre la psychologie et le développement personnel : 

"Longtemps, j'ai eu un petit complexe de supériorité, et puis finalement, en écoutant mes patients, en écoutant les lecteurs, je me suis aperçu que des bouquins que je considérais comme des livres très peu ou mal argumentés, pas très validés scientifiquement, leur avaient fait un bien de dingue

Au fond, ce qui est important dans le livre, c'est le service psychologique rendu aux lecteurs.

À condition bien sûr que le livre ne véhicule pas d'idées fausses. 

Jean-François Marmion : "Il y a des livres qui font qu'on se sent bien, qu'on se sent pousser des ailes, qui nous remettent du baume au cœur et de l'énergie. Puis des livres qui vous déstabilisent, des livres qui nous invitent à la réflexion sur nous-mêmes et nous sortent de notre zone de confort, donnant une direction à laquelle on n'avait pas forcément pensé auparavant".

Pascale Senk : "Pour toutes sortes de livres, dans tous les cas, ce qui importe, c'est l'auteur. 

Un bon livre de développement personnel, c'est un livre dans lequel vous sentez qu'il y a une pensée, une voix unique qui vous est transmise

Aller plus loin

🎧 RÉÉCOUTER - Grand Bien Vous Fasse : Quelques livres de psychologie et développement personnel

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