Le dessinateur poursuit sa série sur le bandit Gus, en mettant le projecteur son ami Clem. Retour ici sur quelques pages d'action.

Détail couverture d'Happy Clem, tome 4 de Gus
Détail couverture d'Happy Clem, tome 4 de Gus © Christophe Blain/Dargaud

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Christophe Blain :

L'action n’est pas évidente à mettre en scène, mais c’est intéressant de chercher puis de trouver des solutions.

Les planches 86 et 87 de Gus 4

"Si on parle d’action, les pages de la fin ont été un grand morceau de bravoure graphique. C’est une poursuite avec des chevaux... et des choses difficiles à faire comprendre ! Lorsque l’on dessine une scène d’action, il faut que ce soit compréhensible tout de suite. En plus, là, ce que font les personnages, ce n’est pas gratuit : ce n’est pas de l’action pour l’action.

Dans cette page, il fallait faire comprendre que différents groupes de cavaliers se rencontrent, et qu’ils amènent des chevaux avec eux, pour que le premier groupe ait des chevaux frais. C’est déjà incompréhensible à l’oral, mais alors en dessin ! En plus, il ne faut pas qu’à la lecture, on se pose de questions. Les gens de cinéma doivent avoir les mêmes problématiques. Bien sûr, ce n’est pas évident à mettre en scène, mais c’est intéressant de chercher puis de trouver des solutions.

Souvent on imagine qu’il y a quelque chose de libérateur à dessiner l’action. En réalité, non. On pense que l’on fera des dessins spectaculaires, des scènes jouissives. Mais en fait au moment où on la dessine, on est obligé de se poser beaucoup de questions : quel plan choisir ? Un plan large, un plan serré ? Faut-il voir la tête du personnage ou la situation d’ensemble ? Ça passe par le choix des images, par le cadrage, par le découpage, par la valeur des plans…

C’est très compliqué, mais à un moment ça devient intuitif. Si je devais le disséquer moi-même, je n’y arriverais pas. Et c’est très empirique aussi : on fait lire les pages autour de soi, et on demande à la personne ce qu’elle comprend, ce qu’elle ne comprend pas… Et on écoute les conseils pour que les images s’enchainent.

J’ai dû assumer totalement de supprimer le décor. Mais ça ne doit pas mettre le lecteur mal à l’aise : il a vu des décors avant, il voit que le décor disparaît. Il doit le prendre comme un élément naturel de lecture. Je n’ai pas inventé ce processus. Même chose avec la couleur : il faut choisir à quel moment, je mets de la couleur, et à quel moment, je n’en mets pas. Tout en conservant évidemment la fluidité à la lecture."

Page 86 d'Happy Clem, tome 4  de Gus
Page 86 d'Happy Clem, tome 4 de Gus / Christophe Blain/Dargaud
Page 87 d'Happy Clem, tome 4 de Gus
Page 87 d'Happy Clem, tome 4 de Gus / Christophe Blain/Dargaud

Ici, c’est en extérieur, on a un sentiment d’enfermement. On est coincé entre ces deux personnages. Et il y a une très grande violence entre les deux.

La planche 22 de Gus 4

"Ces pages-là sont particulières : ce n’est pas une violence agréable, jouissive. C'est une violence différente des pages de la fin où la cavalcade est presque drôle - une image que l’on a vue dans les westerns, avec le cow-boy qui saute d’un cheval à l’autre qui se retrouve en travers de la selle ; c’est proche du cirque, on n’est pas mal à l’aise.

Là, on est au contraire dans une rue, on a chaud. Même si c’est en extérieur, on a un sentiment d’enfermement. On est coincé entre ces deux personnages. Et il y a une très grande violence entre les deux. Ils ne se battent pas à coups de poings comme dans un film de John Wayne, ou comme dans un Lucky Luke, en passant au travers des vitres ou par-dessus la balustrade d'un balcon en faisant de grandes cascades très marrantes à regarder quand on est enfant. Là, ils se battent d’une façon très violente, âpre, dure… Et on sent qu’ils se font très mal, sans arme, avec les poings, les pieds, jusqu’à éventuellement se tuer.

Un personnage est en train d’écraser la tête de l’autre à coups de talons. On entend « Crunch, crunch ». On se dit que c’est extrêmement violent. Mais, il n’a pas le choix. Il est à bout. Il ne le fait pas par sadisme, par goût de la violence. Il fait ça parce que sa vie est en jeu. Il se défend comme il peut.

Cette scène-là était également assez difficile à dessiner parce qu’il fallait également que les personnages soient cohérents et que l’on comprenne immédiatement ce qu’ils font. Par exemple, l’un des personnages l’attrape l’autre par sa cape, le fait tomber de cheval et essaye de l’étouffer avec. Pas facile à dessiner, non plus ! Et en plus, je me suis rajouté un défi supplémentaire : j’ai donné à l’un des personnages la tête de l’acteur Robert Duvall.

Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Peut-être parce que les dessinateurs que j’aimais beaucoup quand j’étais petit (Morris, Uderzo…) le faisaient.

C’est une page qui m’a demandé beaucoup d’attentions, et de circonspection pour la mettre en scène et la dessiner. Je l’ai faite en étant très concentré et je m’y suis repris à plusieurs fois pour qu’elle soit fluide. Il n’était pas question d’esthétisme pour l’esthétisme, mais d’efficacité."

La page 22 d'Happy Clem, tome 4 de Gus
La page 22 d'Happy Clem, tome 4 de Gus / Christophe Blain/Dargaud

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