Robert et Raymonde Bidochon sont de retour. Au cœur de leur 22e aventure, la sexualité. De la lecture des précédentes BD, on savait qu’ils avaient un jour pour ça… Ici, on rit de leurs tentatives pour relancer leur vie sexuelle.

Détail de la couverture des "Bidochon relancent leur couple" de Binet
Détail de la couverture des "Bidochon relancent leur couple" de Binet © Dargaud

Le lendemain d’une virée à cheval, Robert Bidochon se trouve vieux… Raymonde, jamais avare de sentences étonnantes, décrète « que ce n’est pas la peine de vieillir si c’est pour devenir vieux ». Comprendre, que ce n’est pas une raison pour se laisser abattre ! Entre autres tentatives pour se maintenir en forme et conserver une vie sexuelle, elle va se rendre à des réunions sex toys. L’occasion d’offrir à Robert, qui refuse de s’épiler - « ses poils sont dans sa famille depuis des générations » -  un cockring (anneau pelvien) ! 

Quelques questions à Christian Binet, l’auteur des Bidochon

Les réunions sex toys comme point de départ

CB : "Cela faisait longtemps que je voulais consacrer une BD à la sexualité des Bidochon, que j’avais peu abordée dans les précédents albums. Mais je ne voulais pas que ce soit choquant, et être obligé d’édulcorer. J’attendais de trouver l’idée. Le jour où j’ai vu qu’on vendait des sex toys en grande surface, signe d’une grande décontraction sur le sujet, j’ai vu qu’il y avait un sujet. 

Puis, un jour, une amie de mon épouse a participé à des réunions sex toys. L’animatrice organisait auparavant des réunions autour d’une célèbre marque de matériel de cuisine en plastique. C’est de la vente à domicile assez conviviale : autour d’une tasse de thé ou d’un verre de sangria, les gens se renseignent sur le produit, sa qualité, son usage… Chacun se livre un peu et fait part de son expérience. 

L’époque s’est libérée, et c’est tant mieux. Je suis issu d’un milieu très catholique. J’ai longtemps subi la morale chrétienne culpabilisante. Et ça m’a pris du temps pour m’en débarrasser." 

« Ça ne sert à rien de vieillir, si c’est pour devenir vieux ! » 

CB : "Des phrases comme celle-ci me viennent du théâtre. Je crois qu'un personnage d’une pièce de Feydeau dit : « ce n’est pas pour me vanter, mais il va pleuvoir ». On comprend ce qu’il veut dire mais c’est mal exprimé. J’en ai plein comme ça. Il y a quelques années j’en avais même fait une parodie de la Pléiade. Je me souviens de Robert Bidochon qui disait : « Les vacances, il faut se forcer un peu, sinon, ce n’est pas la peine. »" 

Pour écrire les Bidochon, Binet EST ses personnages 

CB : "Pour écrire des histoires, je me mets littéralement dans mes personnages. Sur le scénario, je suis l’auteur et les personnages en même temps. Les Bidochon sont des outils. Grâce à eux, je peux faire passer des messages. Et si j’ai d’autres choses à dire et que ça ne colle pas avec leur personnalité, j’invente d’autres personnages à côté." 

Les Bidochon nés en 77 dans Fluide Glacial

CB : "Au départ j’ai écrit les Bidochon parce que j’avais des choses à raconter tirées de ma propre existence ou de ceux qui m’entourent. Mais je ne pensais pas que ça durerait aussi longtemps ! 

Je suis arrivé à Fluide Glacial par des chemins tortueux. J’avais débuté dans la presse catholique. Et je faisais à côté des dessins humoristiques dans une revue de BD  de c… C’était d’ailleurs assez compliqué pour moi, vu mon éducation. Un jour Gotlib a vu les dessins et m’a appelé."

Détail d'une planche des "Bidochon relancent leur couple" de Binet
Détail d'une planche des "Bidochon relancent leur couple" de Binet / Dargaud

Les Bidochon, au départ, c’est Ben l’Arabe

CB : "Avant les Bidochon, il y a eu le personnage de Ben, un Arabe. Ensuite j’ai créé Kador, le chien. Et comme il lui fallait des maîtres, ils se sont appelés les Bidochon. C’était des personnages secondaires. A un moment, j’ai eu tellement de choses à raconter, tellement de choses à caricaturer que le chien est parti, Raymonde et Robert sont restés." 

Les beaufs = les Bidochon ? Pas vraiment...

CB : "Non, le Beauf, c’est celui de Cabu qui vote très à droite, qui boit de la bière, qui chasse… c’est un gros C… ! Ce que les Bidochon ne sont pas. Ce sont seulement des gens simples. Ils ne connaissent pas grand-chose. Si vous êtes projetés dans un domaine que vous ne maîtrisez pas, vous risquez vite de passer pour un idiot aux yeux de ceux qui connaissent. Les Bidochon passent pour des andouilles parce qu’ils ne connaissent rien, mais ce n’est pas de leur faute. Et Raymonde Bidochon, elle essaye, elle apprend".

L’auteur des Bidochon dessine depuis l’âge de 4 ans

CB : "J’ai été placé en internat à six ans dans une institution religieuse. Dans ma ville, l’école publique était tenue par des communistes. Pour ma famille, il n’était pas question que je la fréquente. Mon père a trouvé la solution de m’envoyer en pension. J’y suis resté douze ans. Les week-ends, j’allais chez les scouts… Et les deux mois de vacances, je les passais en colonie de vacances organisées par les bonnes sœurs ! 

Ma mère n’était pas très affectueuse, elle n’avait elle-même pas reçu beaucoup d’affection. Mon père était très autoritaire. Le dessin était ma seule échappatoire, j'étais dans une telle solitude !

Je me suis évadé par la pensée. J’ai commencé comme ça, je me suis inventé un royaume, avec un surnom royal, une île… J’étais dans un autre monde et j’avais même inventé un langage. J’étais ailleurs. Après, on redescend sur terre." 

Un passage par la presse catholique

CB : "En dessin, au début, j’ai recopié les dessins des autres. Je ne pensais pas encore à écrire des histoires, ni à en faire mon métier. Je prenais mes modèles dans la presse catholique comme dans La vie des saints. Tintin ou Spirou sont venus plus tard. J’ai aimé refaire les dessins humoristiques de Faizant, Jean Bellus, Jacques Lavergne ou Chaval. Puis un jour, on innove, on commence à s’écarter des modèles et à s’envoler un peu." 

Du dessin à la BD

CB : "Mon père avait peur que je ne gagne pas ma vie en dessinant des Petits Miquets. Mais il a bien voulu m’inscrire dans une formation pour un métier proche : une école de dessin d’architecture. Mais, elle ne m’a pas convenu. Je n’ai pas eu mon diplôme. Ensuite je suis allé frapper aux portes pour trouver du travail dans les rédactions. J’ai commencé par des dessins légende. Jusqu’au jour où je me suis rendu chez Fleurus qui cherchait un dessinateur de strips de 4 cases.  Ils m’ont demandé combien je voulais. J’ai multiplié le prix que j'étais payé pour mes dessins légende par le nombre de cases : quatre. A ma grande surprise, ils ont accepté. J’ai arrêté le dessin, pour la BD".

Quatre jours à l’usine et n’y est jamais retourné

CB : "Depuis, je fais ce métier c’est fantastique. J’ai travaillé quatre jours à l’usine dans ma vie, et je n’y suis jamais retourné. Aujourd’hui j’ai des enfants… J’ai retenu la leçon : un gosse qui sait ce qu’il veut faire même si ça parait compliqué au départ, il faut le laisser faire. Il finira par trouver sa voie et il sera heureux pour le restant de son existence."

Comment j’ai dessiné Les Bidochon

Les Bidochon relancent leur couple, tome 22, de Binet chez Dargaud

Feuilletez quelques pages

Dans le registre de l'humour, mais dans un tout autre genre 

📖 Politique de Mazen Kerbaj chez Actes Sud BD : dans un album drôle et plein de souffle, le dessinateur, qui est aussi trompettiste, tire à boulets rouges sur la politique et la société de son pays : le Liban. Tout y passe dans un énorme éclat de rire : pression des religions, divisions culturelles, censure, racisme de la bourgeoisie beyrouthine, la Syrie toute proche ou l'origine du houmous... 

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Sans oublier : Sacré comique chez Fluide glacial : reparution de la désopilante et intelligente Bible sauce Goosens de 2011 avec à la fin une nécrologie de Jésus à pleurer de rire. Regardez ce qu'en dit Clara Dupont-Monod : 

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