Jean Teulé vient de faire paraître le portrait d'un Charles Baudelaire original, singulier, aux drôles de fantasmes, un poète outrancier et dépravé. Une description peu complaisante où le génie littéraire cède la place à une personnalité assez méconnue. Seule Patricia Martin a salué la biographie.

L'écrivain Jean Teulé et son portrait singulier du poète Charles Baudelaire avec "Crénom, Baudelaire !"
L'écrivain Jean Teulé et son portrait singulier du poète Charles Baudelaire avec "Crénom, Baudelaire !" © AFP / ULF ANDERSEN / AURIMAGES

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

C'est après des portraits hauts en couleurs de François Villon, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine… que Jean Teulé consacre un nouveau regard sur le poète des "Fleurs du mal", dans cette biographie romancée assez épaisse de 430 pages où il fait le portrait d'un dandy accro à l'absinthe, drogué à l'opium, qui soudoie sa mère, insulte à peu près tout le monde, entretient des relations orageuses, et pas simplement avec Jeanne Duval, mais aussi Marie Daubrun ou Apollonie Sabatier. Sans compter que celui que Jean Teulé appelle "le premier punk sur Terre" se teignait les cheveux en vert et promenait en laisse un mouton à la laine rose, rongé par la syphilis. Baudelaire est mort à 46 ans en 1867. Edouard Manet disait à Baudelaire "Vous êtes neuf dans une poésie vieille". Est-ce que Jean Teulé est neuf dans une biographie vieillie ? 

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Patricia Martin a adoré et salue une vulgarisation intelligente 

PM : "J'ai adoré même si, évidemment, il y a certainement des gens à qui ça peut donner de l'urticaire. C'est un divertissement sérieux. C'est irrévérencieux, mais c'est de la vulgarisation intelligente. Je ne sais pas s'il y a des choses inventées ou pas, je ne connais pas assez bien la vie de Baudelaire, mais je trouve qu'il y a des extraits de poèmes qui viennent à point. Jean Teulé montre très bien un homme qui n'est pas de ce monde, qui est insupportable, narcissique et provocateur, macho. D'ailleurs, les femmes, selon lui, ne sont pas des femmes, ce sont des femelles. 

Il a son soleil noir qui est son alter ego, Jeanne Duval. A la fin, il y a une scène absolument magnifique au cimetière du Montparnasse où la mère, une femme âgée, ne veut pas qu'il y ait de sculptures en l'honneur de son fils. Jeanne Duval, qui est alors quasiment aveugle, suit l'enterrement de loin". 

Le livre montre aussi en filigrane tout le côté génial et obsessionnel de Baudelaire

Frédéric Beigbeder a eu l'impression de lire "La poésie pour les nuls"…

FB : "C'est de la pédagogie amusante et, après tout, pourquoi pas ? Mais le défaut du livre est de toujours tirer vers le spectaculaire, vers de l'anecdotique et, par moments, on a l'impression de lire "La poésie pour les nuls" ou un Charles Baudelaire désacralisé pour les lycéens… Jean Teulé a toujours ce côté ravi de la crèche, toujours l'air naïf, alors que ça fait quand même un bout de temps qu'il écrit des livres. 

Il pourrait prendre ce sujet un peu plus au sérieux et arrêter de toujours jouer les étonnés.

J'ai adoré ce qu'avait fait Antoine Compagnon sur Baudelaire. C'était aussi de la vulgarisation, c'était très simple, facile d'accès, avec beaucoup d'anecdotes, beaucoup de choses qu'on apprenait, et c'était d'un autre niveau. Je trouve dommage ce concept de toujours vouloir tout simplifier ou tirer vers un musée des horreurs. Comme cet exemple où il s'amuse à dire "homme libre, toujours, tu chieras sur la mer"…Non, on n'a pas forcément besoin de ce genre de trucs".

Arnaud Viviant regrette une biographie vulgaire et doute quant à l'idée que Baudelaire ait été détestable 

Il s'agit bien de vulgarisation, mais alors au sens de "vulgarité" et de "grossièreté"

La phrase qu'a cité Frédéric, c'est l'exemple-type d'une espèce de grossièreté qui n'a pas lieu d'être. 

Je me suis amusé, si l'on peut dire, à lire en même temps que Jean Teulé la biographie que Marie-Christine Natta a consacrée au poète en 2018 chez Perrin, qui vient de sortir en poche et qui, par ailleurs, coûte cinq euros moins cher que celle de Jean Teulé tout en restant beaucoup plus précise… 

Tout est vrai dans ce qu'il raconte, mais il y a des petits déplacements chronologiques : il y a des phrases qui ont été dites par d'autres , des changements par rapport à la biographie officielle de Marie-Christine Natta.

Il y a un autre problème c'est que Jean Teulé part du principe que Baudelaire était méchant, détestable. Et souvenons-nous quand même de Marcel Proust qui, dans le "Contre Sainte-Beuve", raconte que Sainte-Beuve disait de Baudelaire qu'il était "un gentil garçon qui lui offrait des verres et du pain d'épice". Il inspire à la fois de l'admiration. 

Je ne suis pas sûr que ce côté détestable de Baudelaire soit tout à fait vrai.

Mais c'est pourtant bien vers cette direction que veut tendre Jean Teulé pour donner à son lecteur un ressort dramatique qui fait fonctionner son bouquin".

Olivia de Lamberterie a mal à son Baudelaire

OL : "J'ai l'impression que, depuis quelques livres, Jean Teulé a monté une sorte de petite fabrique de biographies qu'il voudrait être l'envers du manuel de référence scolaire "Lagarde et Michard" (qui regroupait des biographies et des textes choisis d'auteurs) et qu'il pourrait labelliser sous le titre d'un de ses livres qui était "Héloïse, ouille !" que moi, je renommerai plutôt "Héloïse Couille"…

Je pense que je n'apprends rien à nos auditeurs parce que le prisme unique de Jean Teulé- qui, par ailleurs, est un très bon conteur - c'est uniquement de la grivoiserie. Ces traits curieux qui donnent une sorte de roman rabelaisien. 

Je ne peux pas dire que ça soit mon genre de beauté.

On a l'impression d'avoir affaire à un ado en pleine montée hormonale qui, lorsqu'il écrit "glougloutage de poireaux", traduit au final un homme qui est vérolé, malade, défoncé et détestable… 

J'ai un peu mal à mon Baudelaire…

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

7 min

"Crénom, Baudelaire !" de Jean Teulé

Par Jérôme Garcin

📖 LIRE - "Crénom Baudelaire !" (Mialet-Barrault)

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