En cet automne 2019, une publication remarquable, celle du livre, "Félix Vallotton, Intimité(s)…et le regard de Jean-Philippe Toussaint", un ouvrage à lire ou à feuilleter, pour s'emplir le regard des troublantes atmosphères des gravures de Félix Vallotton, l’artiste qui renouvela l’art de la xylographie.

La Paresse, l'un des plus célèbres bois gravés de Félix Vallotton, se trouve aussi dans ce livre.
La Paresse, l'un des plus célèbres bois gravés de Félix Vallotton, se trouve aussi dans ce livre. © Getty / Fairfax Media Archives

Ce bel ouvrage, baptisé Félix Vallotton, Intimité(s)…et le regard de Jean-Philippe Toussaint, vient de paraître aux éditions Martin de Halleux. Sur un beau papier texturé, les bois gravés de Vallotton attirent le regard et suscitent la contemplation. Les textes de l'historienne d'art, Katia Poletti, et de l'écrivain, Jean-Philippe Toussaint, apportent des clés pour la perception de ces troublantes estampes et la compréhension d'un artiste qui fut avant tout, graveur sur bois.

Trois séries de bois gravés

Aucune nuance de gris, aucun dégradé ; seuls, le noir et le blanc rivalisent ou s’étreignent, délimitant diverses scènes, comme éclairées d'une lumière crue et, dans le même temps, englouties par des zones obscures et inquiétantes.

  • Intimités

Parue à la fin de 1898 dans La Revue Blanche, une édition d'art parisienne, cette série de scènes d’intérieur et de moments de vie de couples, dans leur intimité, se révèle dans toute son expressivité. Les noirs et blancs dessinent des atmosphères troubles, dont nous ignorons si elles sont exceptionnelles dans leur transgression ou banales dans leur quotidienneté.

La Radio Télévision Suisse propose Hors-Cadre, une série de courts-métrages mettant en valeur les artistes suisses. Voici un extrait consacré justement aux bois gravés de la série Intimités :

Ce court-métrage a le mérite d'évoquer une femme, Misia Sert, épouse de Thadée Natanson, cofondateur de La Revue Blanche. Le couple avait rencontré Vallotton en 1892 à l'occasion d'une exposition de ses xylographies. Misia, pianiste et mondaine, fut souvent représentée par Félix Vallotton, et précisément dans cette série remarquable.

  • L'Intime au Cœur du Noir

Après avoir auparavant gravé pour des illustrations de presse dans des revues avant-gardistes et plutôt sur des thèmes sociaux, Vallotton, dès 1894, se dirige vers des thèmes plus intimes, des scènes d'intérieur bourgeois, où son art se déploie au cœur même de cette présence toujours obsédante du noir. 

  • Les Instruments de Musique

Vallotton réalise cette série entre 1896 et 1897, et exprime toute la virtuosité de son art xylographique dans l'expressivité du trait, l'omniprésence engloutissante du noir, contrastant avec une légèreté des thèmes familiers et même une forme d'humour.

Félix Vallotton, le graveur

Né à Lausanne en 1865, Félix Vallotton fut un artiste franco-suisse aux multiples talents : graveur, illustrateur, mais aussi peintre-sculpteur, ainsi que romancier et critique d'art.

En dix années, le graveur va exécuter plus de 120 gravures sur bois ; d'abord pour illustrer des sujets sociaux dans la presse, puis pour redéfinir son style qui débouche sur des séries de bois gravés extrêmement originales. 

Jean-Philippe Toussaint, l'écrivain

L’écrivain Jean-Philippe Toussaint participe à cette belle aventure littéraire et sensible. Lui qui, dans ses romans, fait souvent référence à l’héritage artistique, et déploie l’aspect visuel du monde jusqu’au cœur de sa création, semble le mieux placé pour lever un voile sur ces visions en noir et blanc de Félix Vallotton.

Dans le cheminement mental qu’il décrit en phrases concises et en mots choisis, l’écrivain belge nous recommande une voie universelle, celle du conte, pour clé possible de l’œuvre, et développe ses impressions fortes sur le thème du maléfice.

Jean-Philippe Toussaint, extrait de « Barbe noire », texte introductif de l'ouvrage :

Les parties éclairées étaient devenues sombres, le blanc s’était transformé en noir, vecteur du soupçon et du ressentiment.

Katia Poletti, l'historienne de l'art

Conservatrice de la Fondation Félix Vallotton à Lausanne, Katia Poletti nous transmet généreusement sa connaissance de l'artiste à travers un texte intitulé Le délicieux, l'inquiétant spectacle. 

Ce titre, emprunté à Thadée Natanson, cofondateur et animateur de La Revue Blanche, celle-là même qui avait célébré la parution de la série Intimités en 1898, permet de mettre en perspective le travail de gravure dans l'existence de l'artiste, Félix Vallotton.

Suivent une biographie, illustrée de photographies, dont certaines inédites, mais aussi une bibliographie exhaustive ainsi que l'index des œuvres reproduites dans ce livre qui nous raconte une histoire vraie, celle d’un artiste du XXe siècle, en quête d’expressivité et de perfection graphique.

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