Le dessinateur de presse, illustrateur et auteur de BD d’origine américaine publie un livre de voyage sur Rome et deux expositions en Bretagne lui rendent hommage. Rencontre.

Couverture du Travel book sur Rome par Miles Hyman
Couverture du Travel book sur Rome par Miles Hyman © Louis Vuitton

La Rome de Miles Hyman se livre. Belle, incarnée, et vivante, du Colisée à la Villa Médicis en passant par le Vatican et La Fontaine de Trevi. Les Romains y prennent le café, discutent, mangent, téléphonent, glissent sur leur skate, travaillent, prennent le métro ou… font la sieste. Ils sont parfois envahis par les touristes mais leur quotidien est là : ils font leur course, prennent des commandes… Les monuments magnifiques ne sont que les décors de vies humaines. 

Le dessin de Miles Hyman est reconnaissable entre tous : un trait charbonneux influencé par Edward Hopper, et Norman Rockwell. Il apprécie les décors urbains, cerne les ombres, dans des cadrages fortement inspirés par le cinéma… Ocre, orange, pêche, rose pâle, jaune, ses couleurs ont pris la lumière romaine. Les multiples personnages croqués dans la ville évitent le cliché. Une subtile virée romaine commentée par son auteur.

Rome, jamais explorée

Miles Hyman : "Au départ, Rome n'était pas mon choix, mais comme j’adore le cinéma italien, j’ai vu dans ce projet l’occasion de faire connaissance avec cette ville jamais explorée. Très vite, j’y ai eu l’impression de me promener dans ma boite de pastels : l'ambiance, l'énergie, et la lumière étaient époustouflantes. J’ai demandé à pouvoir y séjourner en deux fois - ce que j'avais fait pour illustrer New York, itinéraires il y a quelques années. Pour rendre compte d’une ville, il faut aller sur place, digérer les premières impressions très fortes et y retourner pour avoir un regard plus nuancé, moins attendu. 

Page du Travel Book Rome par Miles Hyman
Page du Travel Book Rome par Miles Hyman / Louis Vuitton

Prendre des notes pour travaille à l’atelier ensuite

"La première chose, c’est l’impression ressentie sur place. La façon dont je l’enregistre varie : photo, croquis, parfois juste un effet de lumière croqué avec des pastels, une sorte de note en couleurs. Je prends peu de notes, j’essaye de me souvenir d’un détail d’un agencement d’immeubles ou de la présence d’un personnage.

C’est pourquoi rester un peu sur place est important. J’ai dû séjourner à Rome trois semaines en tout. Si on passe moins de temps : on n’acquiert pas assez de matière et si on en passe davantage, on bascule dans une autre perception de la ville, où l’on commence à trop bien la connaître. J’aime bien l’équilibre entre les premières impressions et les impressions familières. On est encore dans l’inconnu, dans cette excitation qu’on a quand on découvre une ville pour la première fois.
On baigne dans sa lumière, dans ses personnages, dans son architecture époustouflante. Mais on n’est pas suffisamment familier pour passer à côté des choses. Il faut essayer de maintenir cette énergie visuelle très riche pour dessiner. »

Les hommes à l’image pour contourner le cliché

Page du Travel Book Rome de Miles Hyman
Page du Travel Book Rome de Miles Hyman / Louis Vuitton

"On était logé à Campio di Fiori. Il y a l’un des plus marchés que j’ai jamais vu. A Rome, la nourriture est absolument partout, les gens mangent en terrasse. La cuisine romaine est un personnage permanent.

Mais, surtout, les Romains sont là, même s'ils se cachent parfois. Ne pas écarter les gens était un de mes points de départ de choix graphique. Même si c’est vrai que lorsqu’on arrive dans un endroit on a envie de dessiner les lieux, un peu comme si les gens ne s’en servaient pas. A Rome, c'est impossible : il y a des gens partout. J’hésitais à dessiner la fontaine de Trevi : c’est tellement cliché... Mais en y allant très tôt le matin, il n’y a personne ; et à quatorze heures, les touristes deviennent un sujet en eux-mêmes.

C’est la présence humaine qui donne la dimension inattendue. Une ville comme Rome, on la connait tous déjà quelque part. Il y a déjà eu tellement d’images... J’ai essayé de zigzaguer entre ces aprioris et de mettre un filtre quelque part entre nous et cette ville complexe, riche, tellement belle... et parfois tellement laide, comme toutes les villes. Il faut savoir capter les éléments justes, honnêtes et qu’il y ait une certaine franchise dans le vécu qu’on essaye de rendre. J’ai voulu dessiner non pas la ville que l’on croit connaître, mais celle que j’ai vue de mes propres yeux.

Page du Travel Book Rome par Miles Hyman
Page du Travel Book Rome par Miles Hyman / Louis Vuitton

L’impression américaine

"S’il y a quelque chose d’américain, chez moi, ce n’est pas conscient. Si j’ai  une approche qui rappelle le cinéma, c’est logique : le cinéma néoréaliste italien est l’une de ces bases d’inspiration de mon travail. Me retrouver sur place m’a permis de me plonger dans les décors de ces films, dans leur ambiance, et dans leur l’énergie. Dans la rue, on croit parfois croiser des visages de personnages de cinéma. Mais, c’est vrai à Paris à Rome ou ailleurs, j’ai cet acquis culturel américain qui reste et se sent dans mon travail, mélangé avec la France où je vis.

La centrale Montemartini

"C’est le lieu romain que j’ai préféré : une ancienne usine transformée en musée qui présente des statues antiques. Cette dissonance devient un vrai mariage esthétique entre ce lieu très brut daté des années 1920-1930 avec des machines très sculpturales laissées sur place. L’effet est réussi, c’est époustouflant.

L’incroyable lumière romaine 

La Fontaine de Trevi dans le Travel Book Rome par Miles Hyman
La Fontaine de Trevi dans le Travel Book Rome par Miles Hyman / Louis Vuitton

"Ce qui est intéressant dans chaque ville, c’est comment elle filtre la lumière. A Rome, elle est très chaude, très riche. C’est la ville qui fait que la lumière frappe certaines rues, certains immeubles, met en valeur un élément architectural, tout en en rejetant d’autres à l’arrière-plan. C’est très théâtral, très dramatique. La lumière navigue dans la ville et donne cette palette incroyable de tonalités : ocre, pêche… Une palette très chaude avec des moments de vibration intense, des jeux de reflets et contre reflets. Elle fait vivre la ville de façon particulière. L'âme de Rome, c'est sa lumière."'

La leçon de dessin de Miles Hyman

Comment dessiner Rome ? 

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