Et si, avant la fin du monde, le pire était le délabrement ? Dans son dernier livre au format à l'italienne, Frederik Peeters offre ses visions noires du futur de l'humanité dans une succession de tableaux sans texte angoissants et un dessin magnifique truffé de références graphiques.

Couverture de "Saccage" de Frederik Peeters
Couverture de "Saccage" de Frederik Peeters © Atrabile

Un immense cachalot échoué sur une plage explose, laissant ses viscères se vider sur le sol. Des enfants narquois se moquent d'un camarade de classe. Mais aussi une porcherie avec des carcasses de cochons pendantes, des personnages qui rampent dans de la boue, des échangeurs autoroutiers truffés d’accidents...

Un propos pessimiste basé sur une observation concrète

Après L’Homme gribouillé avec Serge Lehman et L’Odeur des garçons affamés avec Loo Hui Phang, Frederik Peeters nous livre sa vision extraordinaire d’un monde en déliquescence. « Des images fortes pour imprimer le lecteur » qui lui sont venues à la suite d’un voyage à bord d'un bateau scientifique sur le canal du Mozambique pour constater les dégâts de la pollution liés, entre autres, à la surpopulation mondiale.

À ce constat s’est mêlé un séjour en Italie où il a été frappé par les visions de l’enfer des peintres du Moyen-Âge, qui résonnent avec aujourd’hui. Marqué par la lecture de La Supplication de Svetlana Aleksievitch qui racontait l’après Tchernobyl, Frederik Peeters a fait d’un personnage très jaune le fil rouge du récit. 

La Prix Nobel de littérature racontait qu’après l'explosion du réacteur nucléaire, des populations entières qui vivaient sur place avaient été déplacées. À leur arrivée dans leur nouvelle classe, les enfants étaient traités de "lucioles" ! Ce personnage énigmatique est le survivant d’une catastrophe nucléaire, dont on ne sait pas s’il imagine les manifestations étranges autour de lui, ou si elles ont réellement lieu, tellement les époques et les registres se mélangent.

Des clins d’œil graphiques

Des obsessions de Peeters se dégagent une incroyable poésie du chaos. Derrière ces pages sans textes, se glisse la critique du consumérisme, du productivisme, du progrès technique à tout prix qui nous ont conduits à cette destruction annoncée. Parmi ces images fortes se glissent des hommages multiples (des Yokais japonais à Otto Dix, en passant par Brughel, ou Charles Burns) qui rendent les décors familiers. Le tout est noir, désespéré. Mais le trait est comme toujours exceptionnel. Une brillante descente aux enfers par un virtuose du dessin à feuilleter lentement.

Comment dessiner "Saccage", la leçon de dessin de Frederik Peeters

Feuilleter quelques pages de "Saccage" de Frederik Peeters

📖 LIRE | Saccage de Frederik Peeters est publié par Atrabile

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.