Pourquoi les critiques littéraires sont-ils si catégoriques concernant la littérature populaire ? Comment expliquer que les auteurs les plus lus ne soient pas les plus salués par la critique ? Et puis d’ailleurs, à quoi correspond vraiment la littérature populaire ?

Doit-on nécessairement séparer la littérature populaire de la “grande littérature” ?
Doit-on nécessairement séparer la littérature populaire de la “grande littérature” ? © Getty / SOPA Images

Dans "Le débat de midi", la sociologue de la littérature à l'université Paris-Nanterre Cécile Rabot, l’auteur de polar Franck Thilliez et le journaliste et chroniqueur littéraire Eric Libiot discutent du rôle de la littérature populaire. Et démontrent que si elle est souvent considérée comme une lecture de divertissement répondant à une logique commerciale, elle aspire surtout à être accessible à tous.

Guillaume Musso, Virginie Grimaldi, Michel Bussi, Franck Thilliez, Joel Dicker, Marc Levy... Ils sont les auteurs qui vendent le plus de romans en France. Pourtant, ils sont aux abonnés absents des chroniques littéraires et de la critique en général, relégués au rang de "littérature populaire". L'occasion pour les invités de Thomas Chauvineau de revenir sur la définition même de littérature populaire. 

"La littérature de Franck Thilliez donne le goût de la lecture"

Cécile Rabot : "La littérature populaire correspondrait à celle qui rencontre un succès auprès d'un grand public. Mais la difficulté, c'est qu'il y a aussi des genres considérés comme de la littérature populaire : le roman sentimental, le roman d'espionnage... C'est un terme qui peut correspondre à des réalités diverses.

Et même dans ces littératures, parfois décriées par une partie de la critique ou ceux qui se prétendent les experts du champ littéraire, il y a souvent différentes fonctions recherchées par les lecteurs.

La littérature populaire et le roman policier en particulier sont souvent ramenés à des lectures de divertissement. Ils sont censés procurer du plaisir, de l'émotion pour que les gens s'évadent de leur quotidien, ce qu'ils font de fait. Mais à côté de cet usage de divertissement, il y a d'autres usages et notamment celui qu'on peut appeler didactique, c'est-à-dire lire pour apprendre."

La littérature populaire est surtout un type de livre qui va pouvoir être lu par toutes les classes de la société.

- Franck Thilliez

J'écris pour pouvoir rendre accessibles mes histoires aux gens. Je ne prétends pas faire de la littérature, ce n'est pas mon but initial. Je ne viens pas d'un milieu littéraire, mais d’un milieu populaire. Et il se trouve que ce que j'ai écrit a résonné avec ce que les gens attendaient.”

Eric Libiot : “La littérature comme celle de Franck Thilliez donne le goût de la lecture et c’est vraiment important pour qu'ensuite certains lecteurs, mais pas tous, aillent vers d'autres romans, d'autres auteurs."

La caricature commerciale de la littérature populaire

C.R : "Pierre Bourdieu dit d'un champ littéraire qu’il a deux pôles. Un pôle de production restreinte qui cherche la littérature avec un grand L et qui vise la valeur littéraire reconnue par la postérité. Et puis le pôle des grandes productions, qui produisent en grands nombres d'exemplaires et visent le succès plutôt à court terme sans avoir vraiment l'ambition de marquer l'histoire littéraire mais plutôt de faire plaisir aux lecteurs. C'est un modèle qui ne permet pas de décrire toutes les réalités d'aujourd'hui.

Ces livres relèvent pour une partie d’entre eux d’une logique commerciale. Un dispositif promotionnel accompagne ces ouvrages, une mise en place dans les librairies, des tirages forts, des affiches dans le métro qui font que ces livres-là ne risquent pas de rester invisibles. Et cette publicité s'appuie sur le nom des auteurs, qui fonctionnent comme des marques que l’on va suivre, quelle que soit la qualité propre de l'ouvrage. Ces stratégies éditoriales construisent un produit qui est susceptible de rencontrer un public large.

Mais dans la liste des meilleures ventes il y a aussi des livres qui sont produits différemment, par exemple des livres qui ont eu le prix Goncourt, qui ne sont pas construits pour être des best-sellers, mais qui vont quand même être vendus à 500.000 exemplaires."

La suite à écouter. 

Aller plus loin 

🎧 RÉÉCOUTER - Le débat de midi – La critique peut-elle adouber la littérature populaire ?  

🎧 RÉÉCOUTER - Le débat de midi - La littérature est-elle censée nous faire du bien ? 

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