Le troisième tome de "L'Amie prodigieuse", la saga à succès d’Elena Ferrante, est dans les rayons. Comment expliquer un tel engouement littéraire ?

La saga napolitaine "L'Amie prodigieuse" de l'auteure italienne Elena Ferrante chez Gallimard
La saga napolitaine "L'Amie prodigieuse" de l'auteure italienne Elena Ferrante chez Gallimard

L'un des ouvrages les plus attendus de cette rentrée littéraire, le troisième tome de L’Amie prodigieuse, d'Elena Ferrante, est traduit en français et désormais disponible en rayon. L'histoire passionne des milliers de lecteurs, à tel point que certaines librairies n’ont pas attendu la sortie officielle, comme l’explique Marie-Claire, libraire, au micro d’Ilana Moryoussef :

Tout le monde l'attend, donc forcément il est sorti des cartons. Celle qui fuit et celle qui reste raconte l'Italie à travers la vie de deux amies. Ces deux jeunes femmes avancent mais se confrontent, comme nous, à tout ce qui est autour. C'est l'histoire de la vie, en fait ! Tout simplement.

►►► Réécoutez le reportage d'Ilana Moryoussef dans le journal de 7h30 (ATTENTION SPOILER si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes)

La fièvre Ferrante

L’écrivain raconte le destin parallèle de deux jeunes filles nées dans un quartier pauvre de Naples, en Italie, à la fin des années 40. En toile de fond : la mafia, la pauvreté et l'éducation au sein d'une société machiste. Avec cette saga napolitaine, Elena Ferrante est à l’origine d’un phénomène mondial. Dans la lignée du succès d'Harry Potter, les aficionados de cette série littéraire n’hésitent pas, aux États-Unis, à organiser des soirées spéciales avec champagne, badges à l’effigie de l’auteure et applaudissements à minuit, heure de la sortie « officielle » du quatrième tome – L’Enfant perdue, déjà sorti en Italie, et qui devrait paraître en France à l’automne prochain.

Est-ce que cette réussite littéraire doit quelque chose au mystère qui entoure son auteure ? Peut-être. Elena Ferrante a toujours souhaité garder l’anonymat : depuis son premier roman L’Amour harcelant, publié en 1991, l’écrivaine a vendu des millions d’exemplaires, traduits dans 42 pays. Le tout sous pseudonyme, en hommage à Elsa Morante, une romancière italienne décédée en 1985. Qui se cache derrière Elena Ferrante ? Une femme ? Un homme ? Sont-ils deux à écrire ? Les rumeurs fusent et les théories se multiplient... Jusqu'à l'article de trop.

S’effacer derrière les mots

Le 2 octobre dernier, c’est l’onde de choc : un journaliste italien indépendant, Claudio Gatti, publie dans le supplément littéraire du quotidien économique Il Sole 24 ore un article prétendant mettre la lumière sur l’identité de Ferrante. En France, l’article est traduit par Médiapart. Mais il n’est pas du goût des fans de L’Amie prodigieuse et les procédés d’investigation du journaliste (qui a passé en revue les achats de biens immobiliers et les revenus d’une traductrice qu’il pense être l’auteure mystère...) sont décriés par le public. Un scoop qui fait un flop.

Claudio Gatti, journaliste italien indépendant du quotidien économique Il Sole 24 Ore, Rome, le 7 octobre 2016 (Italie)
Claudio Gatti, journaliste italien indépendant du quotidien économique Il Sole 24 Ore, Rome, le 7 octobre 2016 (Italie) © Sipa / Domenico Stinellis/AP

Finalement, de cette polémique, on ne retiendra qu’une chose : les lecteurs n’ont que faire de la vraie identité d’Elena Ferrante. Ce genre d’article est même devenu un marronnier en Italie... Comme Erri De Luca, interrogé en octobre, l’a rappelé sur le site Adnkronos :

Ce qui intéresse le lecteur ce n’est pas l’auteur, mais l’œuvre.

Elena Ferrante s’est exprimée dans la revue américaine Paris Review au printemps 2015, interviewée par ses éditeurs italiens qui font toujours le pont entre l’auteure et le reste du monde. L'écrivaine explique que si au début elle a opté pour l’anonymat par timidité, par la suite, ce choix a été confirmé par sa méfiance envers les médias qui s’intéressent « aux livres en fonction de la réputation et de l’aura de leur auteur ». Or, elle préfère laisser la place à ses ouvrages, réalisant que le vide produit par son absence est comblé par l’écriture elle-même.

Et l’œuvre est un succès à tous les niveaux. La Fnac dit par exemple avoir enregistré plusieurs centaines de pré-commandes. L'engouement n'est pas prêt de retomber : un documentaire est annoncé dans les salles italiennes pour avril 2017. Son titre : La Fièvre Ferrante (Ferrante Fever). De quoi faire trépigner d’impatience les fans de la saga.

►►► ALLER PLUS LOIN | L'Amie prodigieuse (tome 1), coup de cœur d'Hélène Roussel :

Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile (extrait du premier tome de L'Amie prodigieuse).

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