Dans son 29e roman, le prix Nobel de la littérature nous emporte dans le Paris des années 1960' aux côtés du jeune détective Jean Eyben pour enquêter sur une disparition mystérieuse. Les critiques du Masque ont aussi mené l'enquête. Verdict : "fabuleux", "bouleversant", "pathétique" et "magique".

L'auteur et prix Nobel de littérature 2014 Patrick Modiano
L'auteur et prix Nobel de littérature 2014 Patrick Modiano © Maxppp / PATRICK KOVARIK / POOL/ EPA

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Le narrateur, Jean Eyben, a 20 ans quand il est engagé dans une agence parisienne de détectives privés. On est alors au milieu des années 1960'. Première mission pour Jean : retrouver, dans le 15e arrondissement de Paris, une certaine Noëlle Lefebvre, qui a disparu d’un jour à l’autre. De poste restante en appartement vide, il réussit à reconstituer le probable parcours de cette jeune Savoyarde « montée » à la capitale. L’enquête de Jean va traverser le temps et se terminer à Rome. 

Pour Patricia Martin, c'est un livre "fabuleux" et "délicieux"

PM : "C'est un livre absolument fabuleux, dans lequel on a un jeu littéraire extraordinaire. Très vite, on sait qu'il est en train d'écrire un roman, ce qui donne à la restitution des faits une tout autre ampleur et donne des effets comiques absolument délicieux

J'ai trouvé que c'était un livre très gai

Cette encre est vraiment très sympathique tant il y a beaucoup d'empathie. Au fond, même si on oublie les détails d'une vie, on sait qu'ils sont quelque part prêts à surgir, et heureusement que, dans la vie, il y a des terrains vagues et des échappatoires car cela permet de vivre libre. C'est un livre léger pour un Patrick Modiano". 

À part la fin, Arnaud Viviant a été "déçu"

AV : "Ça sent le quiz pour le lecteur averti, il y a un jeu qui est maintenant un tout petit peu agaçant... L'idée est de transformer un peu lourdement le lecteur en détective en présence de nombreux indices. 

À la fin de ce roman, qui est très décevant, il y a soudainement une ouverture à laquelle on ne s'attend pas et qui surgit".

Il y a quelque chose de ludique, mais qui reste tout en même temps pathétique

Olivia de Lamberterie trouve l'écriture de Modiano "bouleversante"

OL : "C'est un livre à double fond dans lequel le héros va trouver un agenda important dans l’enquête. Il y a un roman dans le roman qui donne beaucoup de clés sur l'auteur Modiano, la manière qu'il a d'écrire, de vivre, qui nous pousse à nous demander pourquoi il emprunte tous ces chemins de traverse". 

Il y a une sorte d'énigme résolue sur Modiano lui-même qui est très bouleversante 

Nelly Kapriélian s'est méfiée... puis a adoré

NK : "Souvent les critiques disent que Patrick Modiano écrit toujours les même livres : c'est vrai qu'au début j'ai eu cette impression de jeu, qui m'a conduit à penser que - comme je suis chez Modiano - il devait forcément y avoir des obstacles, des indices laissés pour le lecteur. Et peu à peu, je me suis perdue dans les dédales du temps...

C'est un véritable labyrinthe temporel ce livre

Dans une vie, je trouve que le rapport au temps est complètement "modianesque" tant on a parfois l'impression qu'une heure dure une année, que 20 ans se résument en une parenthèse, et que des indices - qui étaient à la base de simples détails - deviennent toute notre vie 20 ans après. Il y a un vrai basculement, et c'est à partir de là que la magie et la force de Modiano opèrent et rejaillissent sur tout le livre. Elles le rendent absolument magique et philosophique"...

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

6 min

"Encre sympathique", de Patrick Modiano : les critiques du Masque et la Plume

📖 LIRE - "Encre sympathique", de Patrick Modiano (Gallimard)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.  

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.