Il est l'auteur de "La balade de l'impossible", "La course au mouton sauvage", "Kafka sur le rivage", ou encore, plus récemment, de "1Q84"… Karyn Nishimura-Poupée, qui vit au Japon, a pu rencontrer et interviewer Haruki Murakami, star de la littérature japonaise très rare dans les médias.

L'écrivain japonais Haruki Murakami
L'écrivain japonais Haruki Murakami © AFP / Toshito Kubo / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Haruki Murakami est une véritable star au Japon : quand il sort un livre, tout le monde se précipite dans les librairies pour l'acheter, le lire et le commenter tout de suite. Le premier tirage est d'au moins un million d'exemplaires, et c'est évidemment re-tiré derrière. Ce phénomène n'existe pour aucun autre auteur actuellement au Japon. 

Karyn Nishimura-Poupée, journaliste française vivant au Japon, a pu rencontrer et interviewer l'écrivain.

Qu'avez-vous pensé de cette année 2020 ?

Haruki Murakami : "C'est l'année du coronavirus, il n'y a que cela qui me vient à l'esprit. Je suis romancier, donc je travaille seul à la maison et ma vie n'a pas beaucoup changé. Mais l'ambiance tout autour de moi est très différente donc ça m'affecte"

La pandémie va-t-elle influencer le contenu de vos romans, en cours ou à venir ? 

"Je ne le saurai qu'après avoir terminé une œuvre. Il y a deux façons par lesquelles cela peut transparaître : de façon directe, matérielle, factuelle ou par un biais métaphorique ou symbolique. Je pense que cela ressortira sous une forme différente de celle d'une description directe et concrète, sous une forme plus imagée, métaphorique". 

Que dit cette pandémie de notre époque ?

"Je ne considère pas que la pandémie de coronavirus soit apparue comme ça soudainement. Cette pandémie vient s'ajouter à une enfilade de faits. Je pense qu'elle s'inscrit dans une série de processus tels que la destruction des langues par les réseaux sociaux, la mondialisation et le populisme, entre autres. 

Je ne pense pas qu'il faille voir la pandémie de covid-19 comme étant un phénomène à part.

Donc plutôt que de traiter séparément le coronavirus, je pense qu'il s'agit davantage de s'interroger sur la façon dont nous devons affronter cette série de phénomènes. 

Nous vivons actuellement dans un certain ordre mondial. Je pense que cet ordre n'est pas éternel, mais temporaire. Toutefois, je ne sais pas quand il sera rompu. Le coronavirus, par exemple, peut très bien le chambouler. Quand cet ordre sera sens dessus-dessous, pour créer un nouvel ordre, la littérature seule ne suffira pas, pas plus que la science seule ne le pourra. Je pense que ce ne sera possible qu'en combinant les deux forces".