Le 5 décembre dernier disparaissait à 92 ans Jean d'Ormesson ; le 11 janvier paraissait chez Gallimard "Et moi je vis toujours" - un livre dont le dernier chapitre s'appelle d'ailleurs "Mon dernier masque". Extraits des critiques échangées sur le livre au "Masque et la Plume"…

Jean d'Ormesson, photographié le 31 janvier 2017
Jean d'Ormesson, photographié le 31 janvier 2017 © AFP / Joël Saget

Dans Et moi, je vis toujours, Jean d'Ormesson se balade dans son histoire et dans la Grande Histoire... De Rome à Byzance, de la guerre de Troie à la chute de Constantinople. Il rencontre Platon, François d'Assisse, Marco Polo, Madame du Deffand, La Fontaine, Chateaubriand. Il lit à la fois le Coran, le nouveau Testament, la Tohra. 

Il termine ce livre ainsi : "Ne me jugez pas trop sévèrement ; je vaux mieux que ces souvenirs lacunaires et aléatoires qui ne constitue qu'un livre de plus parmi les autres"...  

Frédéric Beigbeder : "maintenant qu'il n'est plus là on va enfin pouvoir dire vraiment ce qu'on pense de lui..."

C'est vache de mettre au programme Jean d'Ormesson : maintenant qu'il n'est plus là on va enfin pouvoir dire vraiment ce qu'on pense de lui - sauf Crépu qui bosse chez Gallimard et moi qui bosse au Figaro ! Si tu dis du mal de "Jean d'O" dans ces deux endroits, c'est Pôle Emploi direct.

Ceci étant dit, il a souvent écrit ce genre de roman : dieu/sa vie/son oeuvre... Le rapport Gabriel, La Douane de mer, L'Histoire du Juif errant : tous ces livres-là sont à peu près toujours construits de la même manière : ça commence par le big-bang, ça se termine par Jean d'Ormesson qui prend un bain de mer en Corse ou en Grèce. Et pourquoi pas. Mais le plaisir consiste plus à réviser ses connaissances en culture générale...

Après avoir lu celui-là, j'ai compris son projet : il ne voulait pas faire des romans historiques mais il voulait faire une autobiographie de l'Histoire. Il a essayé toute sa vie.

Je préférais les livres plus personnels, plus légers (Le vagabond qui passe sous une ombrelle trouée, Au-revoir et merci…) où il parle de sa famille, ses souvenirs, Le Figaro, Bernard Pivot etc. C'était plus émouvant quand il parlait de lui-même simplement...

Arnaud Viviant : "Je trouve le livre vraiment classe"

C'est une sortie assez remarquable quand même ! Mourir et puis sortir un livre qui s'intitule "Et moi je vis toujours"... C'est un peu la classe internationale !

Il y a un coté Histoire pour le Nuls... Moi je suis nul en histoire, j'ai adoré, j'ai quand même bien révisé au passage. Et je trouve ça assez élégant.

Olivia de Lamberterie : "Je trouve ça assez virtuose"

J'ai été assez émue que ce monsieur de 92 ans arrive à écrire en assez peu de temps ce roman d'une dextérité folle. 

Il a le sens de l’anecdote géniale. A chaque fois, vous avez un sourire...  Il y en a une que j'adore : l'aristo condamné à mort pendant la Révolution, qui part pour la Guillotine sur une charrette. Il a demandé qu'on ne lui ligote pas les mains : il est en train de lire. Au moment où il doit descendre, il corne le livre et il le met dans sa poche. C'est tellement l'idée de Jean d'Ormesson !

C'est un beau bouquet final de partir comme ça !

Michel Crépu : "J'ai trouvé ça formidable"

C'est la première fois que je prends un plaisir fou à lire un livre de Jean d'Ormesson. C'est con parce que je ne pourrais pas lui dire.

Celui qui manie l'histoire comme il le fait, les chutes, les crimes... quelqu'un qui maîtrise ce scénario et qui n'a pas besoin d'aller sur Wikipedia pour aller vérifier. Moi je dis chapeau ! C'est vraiment très agréable à lire.

Et je regrette de ne pas pouvoir lui écrire pour lui dire ça.

Ecoutez

Ecoutez toutes les critiques échangées autour de Jérôme Garcin sur le livre de Jean d'Ormesson par Olivia de Lamberterie (Elle), Michel Crépu (NRF), Frédéric Beigbeder(Figaro-Magazine) et Arnaud Viviant (Transfuge) :

Aller plus loin

LE LIVRE Et moi, je vis toujours : le livre de Jean d'Ormesson est publié chez Gallimard 

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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