Si vous ne voyagez pas cet été, voici un livre dépaysant - pas forcément réjouissant mais en tous cas dépaysant : "Saisons du voyage" de Cédric Gras (celui que Sylvain Tesson avait emporté avec lui en Russie dans son épopée napoléonienne en side-car). Qu'en ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" ?

Extrait de la couverture de "Saisons du voyage" de l'écrivain voyageur Cédric Gras (Stock, 2018)
Extrait de la couverture de "Saisons du voyage" de l'écrivain voyageur Cédric Gras (Stock, 2018)

Le roman de Cédric Gras résumé par Jérôme Garcin

L'écrivain nomade Cédric Gras, à qui on doit Le Nord c’est l’Est et La mer des cosmonautes fait paraître cet été Saisons du voyage… 

Dans ce recueil d’aventures, celui qui a vécu à Vladivostok, à Donetsk, à Kharkov, rassemble ses souvenirs du Tibet, de la Mongolie, de l’Albanie, du Pakistan, de l’Islande, partout où il vitupère son époque et le tourisme de masse, qui « proscrit la rencontre et folklorise le dépaysement » : 

A Luang Prabang, il aurait fallu venir dix ans plus tôt, à La Paz, les jeux sont faits, à Igiazu, nous sommes des milliers. Je suis un voyageur en retard.

Et aussi : 

L’exploration n’est plus guère possible que là-haut, dans le ciel constellé. La Terre est ronde. On s’est trompé d’époque. On a raté nos vies. Il nous reste la poésie. 

La critique de Nelly Kapriélan : une "écriture extrêmement ampoulée"

Ce n'est pas du tout mon style d'écriture ! Il aurait pu passer ses vacances chez Ikea, c'était exactement pareil pour moi. Je n'aime pas cette écriture extrêmement ampoulée du gars qui se regarde écrire, qui "fait l'écrivain"... À un moment je ne savais même plus ni où il était ni de quoi il parlait…

La critique d'Arnaud Viviant : "Ce n'est pas ampoulé, c'est un lustre à ce niveau-là !"

Ce n'est pas ampoulé, c'est un lustre à ce niveau-là ! Quand on tombe sur des phrases comme :

On ne choisit pas la fadeur de son siècle

… Mais comment peut-on écrire des phrases comme ça aujourd'hui ?

"Lire le monde partout, quel que soit ce qu'il nous raconte". "Observer les yeux grands ouverts". "Le regard : la vraie définition du voyage" : mais qu'il aille raconter ça à Borges, ça va le faire marrer ! Il y en a une autre que j'ai beaucoup aimée : "Les femmes aiment par l’ouïe, les hommes par le regard". Quand on écrit ça, ça ne va pas…

La critique d'Olivia de Lamberterie : un livre "réac" et ennuyeux

J'ai poussé des cris d'ennui dès la première page. Je ne suis pas fan des récits de voyage mais j'adore Sylvain Tesson - parce qu'il est fou ! Là… j'ai trouvé que c'était réac comme livre ! 

En plus, de dire que "le tourisme de masse a défiguré le monde", "il y a des gens partout" : bah oui mon grand ! 

J'ai trouvé ça prétentieux, ennuyeux, zéro humour, ampoulé.

La critique de Michel Crépu : "C'est dommage que Cédric Gras se laisse enfermer dans cette posture d'écrivain voyageur"

Je ne sais pas pourquoi mais j'aime bien ce type. Je sais très bien que vous avez tous raison dans vos appréciations mais je l'aime bien

Il s'est enfermé (ou laissé enfermer) dans cet habit d'écrivain voyageur, qui est évidemment un poison terrible : c'est la pire façon de s'ouvrir un chemin d'écriture. Je trouve ça dommage parce que c'est quelqu'un qui a une certaine intelligence des choses. Il a quelque chose et ce quelque chose est en train de s'abîmer. 

Écoutez

Écoutez l'ensemble des échanges entre les critiques sur le plateau du Masque et la Plume

6 min

"Saisons du voyage" de Cédric Gras : les critiques du Masque et la Plume

Aller plus loin

Le livre de Cédric Gras est publié chez Stock

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.