Le comédien, et chroniqueur à France Inter, François Morel signe avec le dessinateur Pascal Rabaté, "C’est aujourd’hui que je vous aime", une bande dessinée légère, tendre et drôle sur les émois d’un adolescent d'après son propre livre, paru en 2018 aux éditions du Sonneur.

Détail de la couverture de "C'est aujourd'hui que je vous aime" de François Morel et Pascal Rabaté
Détail de la couverture de "C'est aujourd'hui que je vous aime" de François Morel et Pascal Rabaté © Les Arènes BD

Pattes d’éph, table en formica, papier peint marron aux motifs géométriques orange … Bienvenue dans les années 1970. François Morel a 14 ans et est amoureux d’Isabelle Samain. Un amour obsessionnel qui le pousse à démarrer une activité sportive pour s’approcher de la demoiselle - et à l’arrêter quand il découvre qu’elle ne la pratique plus -, à faire des blagues téléphoniques à ses parents, à graver son nom sur l’arrêt de bus… Surtout, il rêve de connaître enfin la sexualité.

Coté dessin, c’est lumineux. Du personnage de François Morel jeune, Pascal Rabaté dit, hilare, qu’il s’est contenté de se comporter « en tube digestif : « J’ai lu, digéré, et c’est venu. Je suis beaucoup plus jeune que lui (de deux ans, nldr), mais il faut croire que le propos me parlait. ». L’histoire réussit l’exploit d’être pudique, sans rien omettre de la découverte du désir, et de la peur de terminer puceau.

Rencontre avec François Morel.

L’adolescence

14, 15 ans, c’est l’âge où tout peut basculer d’un côté ou d’un autre : selon les rencontres bonnes ou mauvaises que l’on fait, on peut devenir un brave type ou un salaud.

Je me rends compte qu’il y a plein de choses que je fais aujourd’hui et qui sont nées dans les émotions que j’ai pu avoir quand j’avais moins de 20 ans.

Par exemple, j’ai fait un spectacle à Lille, où j’avais réuni plein de textes que j’aimais bien… Cela venait du souvenir d’avoir vu dans ces âges-là Jean-François Panet (comédien amoureux de la poésie et homme de radio) à Saint-Georges-des-Groseillers. Il avait mélangé Robert Lamoureux et Jean Tardieu, ça m’avait beaucoup plu. J’avais vu aussi Louis Seigner dans Le Bourgeois gentilhomme au cinéma, et c’est à ce moment-là que j’ai eu envie de jouer Monsieur Jourdain. J’ai amassé plein d’impressions et d’émotions dont je me sers toujours aujourd’hui.

L’amour obsessionnel

J’ai tendance à exagérer un peu l’obsession quand j’écris, mais il y a un fond de vérité. Je ne sais même pas si le personnage est amoureux d’Isabelle Samain, ou s’il est amoureux de l’idée d’être amoureux d’Isabelle Samain.

L’amour à 14 ans, c’est surtout un moment d’angoisse, où l’on se dit que l’on sera le seul au monde à ne pas connaître l’acte sexuel, que l’on va rester seul au monde et puceau et que ce sera terrible. Et que l’on va s’ennuyer toute sa vie.

La poésie dans une quête triviale

Dans l’histoire il y a la trivialité des mots parfois et en même temps le désir d’un amour absolu. Mais il y a un certain lyrisme chez ce jeune-là qui cherche l’amour. Ce sont les deux côtés de la même phase : l’adolescence où on ne sait pas trop, où tout est difficile. Et aimer est difficile. 

Le fond est assez tragique, en tous les cas vécu tragiquement par un adolescent, alors que nous le racontons de façon légère parce que nous nous en sommes sorti, et puis aussi, parce que ce n’est pas si grave, on passe tous par là.

Autobiographique et universel

C’est aujourd’hui que je vous aime n’est pas si autobiographique, parce que c’est un peu l’expérience de tout le monde. Chacun peut se retrouver dans ces affres de l’adolescence, ces difficultés qui nous ont marquées. C'est d’ailleurs pour ça que nous avons eu envie de les raconter et que nous ne pouvons pas nous empêcher de les raconter avec humour et légèreté.

L’adaptation

On a travaillé ensemble avec Pascal Rabaté. A un moment, il m’a montré ce qu’il avait dessiné, et j’ai pu adapter le texte et mettre certains dialogues qui n’existaient pas dans le livre que j’entendais de façon un peu différente en voyant les dessins.

Je ne me suis jamais senti trahi. Et si ce n’est pas une adaptation trop littérale, c’est que Pascal Rabaté a de l’imagination et que sans doute cette période-là lui a parlé et qu’il a su la réinventer.

Il y avait quelque chose d’un peu compliqué à faire pour lui, c’est que le narrateur disait toujours « Les hommes » dans le récit, comme une espèce de conférence un peu didactique sur l’adolescence, et des choses très personnelles. Je ne savais pas comment il allait jouer sur le fait qu’on parlait du général et du particulier. Il a éclaté le personnage, il l’a coloré de différentes façons parfois dans la même image. Ça correspond à ce que moi j’ai essayé d’écrire. Et va avec l’idée que cet adolescent est quelqu’un qui ne s’est pas tout à fait réuni encore, qui se cherche et qui est graphiquement peut-être un peu dans tous les coins de la case.

Le dessin de Pascal Rabaté

Je me retrouve assez dans ce François Morel de BD, même si j’étais moins frisé que le personnage. Je trouve que Pascal Rabaté a amélioré ce récit. A un moment il a placé une scène sur un ferry, alors que je l’avais imaginé dans un pub en Angleterre. Qu’elle se passe dans un ferry sonne juste : le personnage est entre deux âges, deux pays, il est dans des zones troubles où il pourrait se noyer. C’est une jolie métaphore.

Pas trop nostalgique

Je ne me sens pas hyper nostalgique, j’aime bien ce que je vis aujourd’hui, mais pour écrire, il faut que je me déplace dans le temps. Et les années 1970, c’est proche, mais assez différent d’aujourd’hui donc ça permet d’imaginer. Mais je n’aurais pas envie de revivre ces années-là. Il y a plein de choses qui n’étaient pas si formidables. Je ressens seulement de la nostalgie quand je me dis que je ne peux plus aller prendre un café avec ma tante Simone parce qu’elle n’est plus là.

Comment dessiner François Morel, adolescent ? 

La leçon de dessin de Pascal Rabaté : 

Feuilletez "C'est aujourd'hui que je vous aime" 

C’est aujourd’hui que je vous aime, par François Morel et Pascal Rabaté paru chez Les Arènes BD

François Morel et Pascal Rabaté seront en spectacle au Mans le 15 février au Palais des Congrès pour un concert dessiné.

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