Dans cette magnifique lettre, une jeune fille déclare sa flamme à Eugène Onéguine, le rôle-titre du roman d’Alexandre Pouchkine. Un poème monumental très connu en Russie dans une langue virtuose qui raconte le retour à la campagne d'un aristocrate désabusé.

La Lettre de Tatiana à Eugène Onéguine, tirée du livre d'Alexandre Pouchkine
La Lettre de Tatiana à Eugène Onéguine, tirée du livre d'Alexandre Pouchkine © Getty / Sasha Bel

En Russie, tout le monde connaît par cœur des extraits de ce formidable roman en vers. Quand l’écrivain s’y attelle en 1823, il a seulement 24 ans. Jugé dangereux par le Tsar, il a quitté Saint-Petersbourg pour la Bessarabie, une région périphérique de l’Empire. Pouchkine met sept ans à écrire Eugène Onéguine. Il le publie chapitre par chapitre avant de l’éditer complètement en 1833. C’est un vrai succès. Quelques décennies plus tard, Tchaïkovski l’adapte pour l’Opéra. 

Dans ce long roman en vers, le narrateur nous conte les aventures d’un ami à lui, Eugène Oneguine, un aristocrate désabusé qui décide de s’établir un jour à la campagne, loin des artifices de la ville. 

Là, il rencontre Tatiana, une jeune femme songeuse, romanesque qui s’éprend de lui. Cet amour à contretemps est l’une des clefs de ce roman multiple qui concentre mille et une facettes mêlant traditions et allusions politiques.

Quelques pages plus tôt, Pouchkine nous a présenté Tatiana :  

Tatiana, ce nom, je l’ose. Ni par le charme de sa sœur, ni sa fraîcheur au teint de rose, elle n’aurait séduit les cœurs. Sauvage, sombre, silencieuse, biche des bois toujours anxieuse, elle avait l’air, parmi les siens, venue d’ailleurs, surgie de rien, inapte à plaire à sourire… 

Onéguine rencontre la jeune fille qui, en retour, tombe amoureuse de lui sur le champ, un amour absolu, nourri par ses lectures et son imaginaire. Elle lui confie ses sentiments dans une lettre passionnée, un magnifique texte qui est encore sur toutes les lèvres en Russie. 

La lettre de Tatiana à Eugène Onéguine

« Je vous écris, quoi d’autre à dire ? 

J’ai tout dit, si je vous écris

Je sais, cela peut vous suffire 

Pour me punir par le mépris.

Mais dans ma peine, mon martyre,

Vous qui gardez un cœur qui bat,

Vous ne vous détournerez pas.

Au début, j'ai voulu me taire ;

Croyez-moi, vous n'auriez pas su

Mon déshonneur, si j'avais pu

Nourrir l'espoir, même éphémère,

De vous revoir de temps en temps

Dans la maison de mes parents.

Juste écouter ce que vous dites,

Répondre un mot, et, seule, après,

Penser, penser, oui, sans arrêt,

Attendre encore une visite.

Les gens, dit-on, vous les fuyez ;

Tout vous ennuie dans nos retraites ;

Chez nous, si vous vous ennuyez,

Pour nous, vous voir est une fête…"

►►► Écoutez la suite de la lettre de Tatiana lue par Guillaume Gallienne et la réponse d’Eugène Onéguine : 

6 min

Extrait de "Ca peut pas faire de mal" de Guillaume Gallienne sur Eugène Onéguine

Par France Inter

🎧  Pouchkine et le monde chatoyant d’ "Eugène Onéguine", dans l'émission Ça ne peut pas faire de mal

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