Harry Potter est une saga fantastique (avec son cortège de sorciers, dragons, détraqueurs, etc) mais ce sont avant tout des romans d'apprentissage. Ils apprennent à leurs lecteurs à grandir, et défendent au passage certaines valeurs comme le courage et l'honnêteté. Surtout, ils enseignent la résilience…

Harry Potter est-il, comme Oliver Twist ou David Copperfield, un héros résilient ?
Harry Potter est-il, comme Oliver Twist ou David Copperfield, un héros résilient ? © Getty / The Washington Post

unLa saga Harry Potter fête ses 20 ans cette année. A cette occasion, Ali Rebeihi a invité pour en parler sur France Inter Bruno Humbeeck (psychopédagogue), François Comba (professeur de littérature et d’histoire à Sciences Po) et Marianne Chaillan (professeur de philosophie). .n

Pour cette dernière, la saga Harry Potter est traversée, en fil rouge, par le thème de la mort : "Le premier tome de la saga s'intitule Harry Potter et la pierre philosophale (rappelons que la pierre philosophale permet de ne pas mourir) et le dernier opus de la saga s'intitule Harry Potter et les Reliques de la Mort (l'une des reliques permet une fois encore de conjurer la mort). La saga s'ouvre et se termine sur deux objets qui permettent de se soustraire à la finalité de tous les êtres vivants." 

C'est aussi l'appréhension de la peur de la mort qui définit les deux antagonistes principaux :

  • Voldemort dit non à la finitude, il tâche par tous les moyens possibles de résister à la mort. Il va sombrer dans le Mal parce que précisément, il refuse de considérer que la mort fait partie de la vie.
  • Harry Potter : sa tâche consiste, Dumbledore le dit, à "marcher calmement vers les bras accueillants de la mort". L'acceptation de la mort n'est pas donnée d'emblée, il va devoir subir un certain nombre de drames, de deuils - dans lesquels Harry Potter aussi va commencer par refuser lui aussi la finitude : la perte de Dumbledore par exemple, de Sirius, de Cédric, de ses parents... pour finir par comprendre qu'avoir mal, c'est comme respirer pour un humain.

"Harry Potter nous apprend que ses souffrances et ses pertes ne sont jamais que le dessin, en creux, des joies et des rencontres heureuses, que la vie est une étoffe tissée de ces deux fils et que toute tentation de renoncer à l'un nous priverait de l'autre" note Marianne Chaillan dans Harry Potter à l'École de la Philosophie.

On trouve la philosophie de la saga concentrée dans l'un des Contes de Beedle le Barde : Le Sorcier au cœur velu (les Contes de Beedle le Barde participent à l'univers d'Harry Potter sans pour autant être compris dans la saga elle-même). Dans le conte, le sorcier ne veut pas souffrir et pour l'éviter, il s'arrache lui-même le cœur qu'il place sous verre... mais se condamne à une vie parfaitement inhumaine. Il ne souffre pas, certes, mais il ne vit pas non plus.

Accessoire des films Harry Potter
Accessoire des films Harry Potter © Getty / Eduardo Parra

De l'importance de se rappeler qu'on a le choix

Harry Potter est un héros résilient, comme le souligne Bruno Humbeck : "Harry Potter prend conscience du fait qu'il est un enfant mis dans des conditions difficiles [note pour ceux qui ignorent la trame de l'histoire : ses parents sont morts, les adultes qui l'élèvent le détestent et le sorcier le plus puissant du monde lui en veut personnellement...] : le traumatisme, c'est la prise de conscience du choc. Puis il va développer un ensemble de ressources pour produire ce qu'on appelle un néo-développement, c'est-à-dire qu'il va devenir quelqu'un d'autre que ce qu'il aurait été s'il n'avait pas reçu ce choc".

Le principe d'Harry Potter, c'est d'avoir le choix de ne pas subir son destin de manière trop complète (c'est d'ailleurs le principe de la résilience) : qu'est-ce que j'ai fait de ce qu'on a fait de moi ? 

Le pédopégagogue poursuit : "Harry Potter va toujours pouvoir faire des choix alors que tout le détermine vers l'effondrement. Il est capable de choisir une autre voie qui va lui permettre de se développer et de s'épanouir". 

La cicatrice de Harry, symbole de sa résilience

Dans le livre, le grand sorcier Voldemort attaque Harry Potter alors que ce dernier n'est qu'un nourrisson. Les parents d'Harry meurent en essayant de le protéger mais, étonnamment, Harry survit. De cette rencontre terrible, le jeune sorcier garde une cicatrice, qui lui zèbre le front. 

Bruno Humbeeck, psychopédagogue, explique au micro d'Ali Rebeihi, que la cicatrice d'Harry Potter, c'est aussi la résilience : "qu'est-ce que je vais faire de ma cicatrice ? Comment je vais vivre avec ? C'est ça la résilience. Ce n'est pas vivre comme si rien ne s'était passé, mais au contraire en tenant compte de quelque chose qui s'est passé et en continuant à vivre en dépit de cela.n roman

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