Véronique Ovaldé a lu à l'antenne, dans "Boomerang", un texte inédit qu'elle avait écrit pour les auditeurs de France Inter. Elle revient sur un thème qui lui est cher : la mort de la littérature. C'est à découvrir ici.

Véronique Ovaldé nous livre un texte lumineux sur la littérature
Véronique Ovaldé nous livre un texte lumineux sur la littérature © Getty / Juana Mari Moya

Véronique Ovaldé :

"Je voudrais parler de cette grosse bête dont on nous dit si souvent qu’elle est presque morte. La littérature.  

Il m’a toujours semblé que le lecteur et l’écrivain avaient en commun leur qualité d’enquêteur. L’éditeur aussi d’ailleurs. Un éditeur serait un lecteur qui a réussi, n’est-ce pas, qui a réussi à faire lire aux autres les livres qu’il aimait, un lecteur qui a su fédérer et convoquer. Qui a su trouver. Mais si l’écrivain cherche son chemin vers la clairière, le lecteur, lui, accepte de sauter dans le vide en tenant éventuellement la main d’un écrivain. 

Un livre, qu’on l’écrive ou le lise, demande de la vigilance. 

Et vivre aussi bien sûr demande de la vigilance. 

Le tout est de voyager, le plus possible en zigzag, vers la mort, et d’avoir du courage. 

Avoir du courage c’est ouvrir les yeux dans l’obscurité et ne pas avoir peur de tomber. Et quand on écrit on tombe souvent. Et on a peur souvent. Peur d’être mauvais, peur de l’échec et du ridicule, peur d’habiter l’enfer des mauvais écrivains. 

Il faudrait que l’on cesse de nous ressasser que la littérature est morte. Pour ma part, je continue de croire en la fiction, en l’invention, en la prolifération des mots, je continue de croire que la littérature est la réponse idéale et imparfaite à notre appétit d’histoires et à notre désir de langage et de musique.  

Il s’agit de rester loyal à l’enfant que nous avons été. Stevenson a écrit (je n’ai pas retrouvé la citation précise malgré Google…) que le but de toutes les histoires est de satisfaire le désir ardent de celui qui les lit. Pour ce faire, il faut obéir aux lois idéales de la rêverie, aux coïncidences et à l’appétit de correspondances mystérieuses. L’appétit de correspondances mystérieuses. 

Et puis si la littérature n’est pas encore morte mais qu’elle agonise dignement alors je me dis qu’il faut tenter peut-être de se résigner, mais cette résignation, qui n’est ni une acceptation ni un renoncement, serait plutôt un état de mansuétude, une humilité particulière : le choix que nous avons fait de la littérature n’est pas le meilleur choix pour être une fois pour toutes moderne et riche. 

Nous sommes des merles blancs au milieu de ce siècle. J’ai toujours aimé les merles blancs. 

On souhaiterait que la littérature soit un exercice d’intelligence, de tolérance et d’aventure. Mais peut-être n’est-elle, comme le disait Henry James, qu’une tendance à l’observation pointilleuse des choses. 

Et ce n’est déjà pas si mal."

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