Dans son tout dernier livre, l'académicien propose une uchronie pleine d'humour dans laquelle il imagine que, le 11 novembre 1942, le maréchal Pétain quitte Vichy et s'envole pour Alger. Il propose surtout d'interroger le temps qui fait l’Histoire, mais aussi ses folies et ses énigmes dans un certain élan satirique.

Le Masque & la Plume séduit par le dernier ouvrage de Jean-Marie Rouart
Le Masque & la Plume séduit par le dernier ouvrage de Jean-Marie Rouart © Maxppp / L'Est républicain

Le livre présenté par Jérôme Garcin

À Alger, les Américains viennent de débarquer, et Pétain ordonne à la flotte française de Toulon de le rejoindre. 

Pendant ce temps-là, à Londres, le Général, après avoir songé à se suicider, affrète un bateau de guerre nommé "Destinée" et surnommé "Le cercueil flottant" que Churchill a mis à sa disposition. À bord notamment, on trouve Raymond Aron, Maurice Druon et son neveu Joseph Kessel, Gaston Palewski et même Jacques Derrida, le jeune penseur à l'époque de la déconstruction. 

L'auteur affirme qu'il a voulu écrire "un roman à la Jean d'Ormesson", qui était son ami, son maître. Cela dit, le postulat n'est pas totalement faux puisque De Gaulle aurait confié au colonel Rémy : "je ne comprendrai jamais pourquoi le maréchal n'est pas parti pour Alger au mois de novembre 1942. Les Français d'Algérie l'eussent acclamé, les Américains l'eussent embrassé, les Anglais l'auraient suivi et nous, nous n'aurions pas pesé bien lourd dans la balance".

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Michel Crépu salue "un livre aussi amusant qu'intelligent"

"C'est éminemment Jean d'Ormessonien comme roman. Je me suis énormément amusé à lire ce livre. Je suis étonné que personne n'ait pensé avant lui à imaginer mettre en contact l'univers gaullien pas très flatteur de la grandeur, de la sévérité, de l'austérité, avec le monde un peu érotique, libertin d'un Gaston Palewski. 

Je trouve très amusant et très réussi d'avoir un peu mis tout le monde cul par dessus tête et de s'amuser comme cela avec l'histoire. C'est très ordinaire, très Jean d'Ormesson et, d'ailleurs du bon d'Ormesson, celui qui a cette maîtrise de culture de l'histoire et, qui plus est, sait s'en servir et s'amuser avec ça. 

Au-delà du plaisir, ça fait réfléchir, ça oblige à se demander ce qui a fait que les choses ont tourné de cette manière-là ; quel est l'élément décisif qui fait que, finalement, la chose bascule de ce côté plus que dans l'autre". 

C'est à la fois très amusant et, en même temps, comme toujours, dans d'Ormesson, incitant à la réflexion.

Jean-Claude Raspiengeas a adoré

"J'ai adoré ce livre. Je le trouve virevoltant, primesautier, amusant. Je trouve que c'est loufoque en diable. C'est empli de bonnes manières et de mots d'esprit. C'est pourtant une uchronie totalement invraisemblable. Le point de départ est intéressant car si, en effet, Pétain était parti en 1942, poussé par Roosevelt à aller à Alger, la question à se poser est formidable : que fait de Gaulle à ce moment-là ? Que devient-il? A quoi sert-il ? Que devient son utilité dans l'histoire ? De ce point de vue-là, le reste est totalement invraisemblable, ça fait partie du plaisir. 

Voilà un auteur qui batifole avec un grand souci du style.

On voit d'ailleurs que le souci du style est un de ses éléments d'amusement. Il prend plaisir à écrire. Pour le style, ce n'est pas un registre unique et il a le goût des mots rares, qui sont d'ailleurs trop peu souvent employés, à chaque page comme "ductile" "captieux". 

Il y a aussi les questions qu'on se pose : pourquoi est-ce qu'il fait de Raymond Aron le souffre douleur permanent de ce livre, qui est un portrait totalement à charge, avec un titre qui est totalement négatif, tout à fait inconséquent. C'est très marrant. Le couple Kessel-Druon est vraiment très bien". 

S'il a beaucoup rit, Arnaud Viviant s'est uniquement laissé convaincre par la première partie  

"La littérature de droite, comme ça, c'est bien. C'est la première fois que je lis un roman de Jean-Marie Rouart et, pourtant, il en a publié quand même un certain nombre. 

J'ai beaucoup ri durant la première moitié du livre que j'ai trouvée éblouissante de culture, de pétillance, de malice, d'audace. Ça m'a rappelé un film pour lequel j'ai une faiblesse coupable "Bon voyage" de Jean-Paul Rappeneau, qui se passe deux plus tôt. 

Là où j'ai un peu lâché, alors que pourtant tout se tient, que tous les personnages existent, Aron, Kessel, Druon… soudainement il y a l'arrivée de Jacques Derrida, qui n'a que douze ans à ce moment-là. J'aimerais poser la question à Jean-Marie Rouart, mais pourquoi ? Quelle est l'idée d'introduire Jacques Derrida ? La déconstruction ? 

Après, il faut dire que dans la deuxième partie, les boulons sont un peu moins serrés. La pétillance devient un peu moins grande. C'est un peu comme dans la limonade qui a été un peu longtemps ouverte. 

À la fin, ça manque de bulles.

Patricia Martin salue "un livre bien écrit et bien construit"

"Je trouve qu'il y a une liberté, un savoir d'homme mûr qui n'a pas grand chose à prouver. Pourtant je n'avais jamais lu de livres de Jean-Marie Rouart. 

L'idée de départ, cette espèce de rêve d'une unanimité nationale aux dépens de de Gaulle, c'est une façon aussi d'aller dans cette zone grise et de ne pas mettre dos à dos les Pétainistes et les Gaullistes comme on l'a fait après. 

Il y a des scènes qui sont rigolotes. 

Ça me fait penser au film d'Alain Resnais, "Smoking No Smoking" (1993) où tu suis une route, tu vois ce qui se passe et, à un moment donné, l'autre film te montre que si les choses avaient été différentes, évidemment, le destin, lui, en est complètement changé".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

9 min

"Ils voyagèrent vers des pays perdus" de Jean-Marie Rouart

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - Jean-Marie Rouart - "Ils voyagèrent vers des pays perdus" (Albin Michel)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧  Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre