L’histoire d’un jour de l’An qui se termine mal pour un SDF, un patineur heureux, un Japonais au frère impressionnant, une tempête, un pont écroulé… "L’avancée des travaux" est une compilation de 16 histoires courtes déjà publiées par Etienne Davodeau dans des revues.

Détail de la couverture de "L'avancée des travaux, histoires courtes semées à droite à gauche" par Etienne Davodeau
Détail de la couverture de "L'avancée des travaux, histoires courtes semées à droite à gauche" par Etienne Davodeau © Futuropolis

"Seize récits entrecoupés de dialogues passionnants du dessinateur avec son éditeur chez Futuropolis, Claude Gendrot. 

En littérature comme en BD, la nouvelle n’a pas toujours bonne presse en France. C'est pourtant une forme très efficace. Etienne Davodeau en a dessiné quelque-unes pour des journaux, une campagne pour la prévention routière, ou des ouvrages collectifs. Il compile dans L’Avancée des travaux quelques-uns de ces récits qui ont comme seul point commun, une petite pagination. 

Le livre est rythmé et vivant. On y retrouve l’humanité, et l’engagement qui transpirent de ses textes plus longs. Le dialogue avec Claude Gendrot, avec qui Etienne Davodeau a partagé beaucoup d’aventures livresques, donne les clefs d’une narration avec contrainte, dont l’auteur se tire bien. Un joli retour sur carrière.

Etienne Davodeau : « Pour moi le récit court en BD, c’est le haiku de la BD »

L’histoire courte, un exercice salutaire pour un auteur

Du point de vue de son fonctionnement interne, une nouvelle en BD n’est pas tellement différente dans sa structure d’un récit plus long. La seule vraie différence, c’est la pagination réduite qui condamne l’auteur à une sorte d’efficacité narrative immédiate. Et pour moi qui suis plutôt à l’aise dans des longs travaux de 150 ou 200 pages, une histoire courte, c’est le haiku de la BD. Le défi, c’est de trouver le bon tempo, et le bon rythme. C’est un très excellent exercice, une expérience très salubre qui pousse à sortir de ses ornières pour raconter autrement. J’en fais de temps en temps, il faut que que je sois disponible, que le projet global m’attire l’œil, et que j’ai une bonne idée. 

Le « Je » et le format court 

Le point de vue personnel subjectif d’auteur que j’utilise dans mes BD de reportage a beaucoup de vertus pour mener à bien les récits longs. Mais il a l’inconvénient de consommer un peu d’espace puisqu’on est obligé de passer par ses propres sensations et ses propres expériences pour raconter - ça rajoute un niveau de lecture, de narration et donc de place. Quand on fait une histoire courte, que l’on doit aller vite à l’essentiel, ce dispositif-là, n’est pas forcément le plus adapté.

Sapporo fiction

Détail d'une planche de "L'avancée des travaux, histoires courtes semées à droite, à gauche" par Etienne Davodeau
Détail d'une planche de "L'avancée des travaux, histoires courtes semées à droite, à gauche" par Etienne Davodeau / Futuropolis

Cette histoire singulière m’a été commandée pour un livre sur le Japon. On proposait aux auteurs français de faire l’expérience suivante : « On vous donne un billet d’avion, vous allez vous retrouver dans une ville japonaise où vous ne connaissez personne, mais on n’est pas vache, on vous file un logement. Et au bout de deux semaines, vous aurez bien deux ou trois trucs à nous raconter parce que vous serez paumé dans un univers un peu lointain du vôtre. » J’ai accepté sans savoir où on allait m’envoyer. Et je me suis retrouvé un jour à Sapporo au nord du Japon. Et la question était : « Comment je vais raconter ce qui m’arrive, ce qui ne m’arrive pas, et ce que je ne comprends pas dans cet endroit si loin de mes repères. »

La tentation que l’on pourrait avoir, c’est d’adopter le point de vue du touriste qui, par définition, est superficiel. Il y avait le risque du cliché, de la chose déjà dite, prévisible. Il fallait trouver autre chose. J’ai donc imaginé une histoire à la première personne du singulier, mais ce n’est pas moi qui parle. C’est un autochtone que j’ai imaginé, un Japonais qui pense avoir rencontré un Américain, en fait, moi.  Et qui l’emmène dans différents lieux où je suis réellement allé pendant mon séjour. Jusqu’à cet endroit très singulier : un volcan apparu dans les années 1940. J’ai trouvé un dispositif en parlant d’un homme qui est né le même jour. Ce garçon a un jumeau et ce jumeau est un volcan…

Conseils à jeune dessinateur 

Le mètre étalon de la nouvelle en BD, il faut aller le chercher du côté des auteurs qui font du strip. Un récit qui n’est pas en nombre de pages, mais en nombre de cases, limité à trois ou quatre maximum. Je recommande à celui qui s’intéresse au récit très court en BD de lire les Calvin et Hobbes de Watterson : de l’hyper sobriété et de l’hyper efficacité dans ce que la BD peut donner de mieux. Et c’est pourtant quelque chose de nourrissant à lire - en plus c’est très drôle !

Joe Sacco parmi les influences

Là où Bill Watterson va à la quintessence du récit, au dépouillement extrême, Joe Sacco procède par la saturation de signes. Tant dans ses textes que dans ses images, il rajoute énormément d’informations, tout en réalisant le tour de force d’être en permanence très lisible. On s’immerge, on passe des heures dans ses livres, où on apprend des quantités de choses. Bill Watterson et Joe Sacco sont deux auteurs opposés en termes de densité de récits, mais en termes d’efficacité, ils sont tous les deux assez forts. 

L’avancée des travaux, histoires courtes semées à droite et à gauche d’Etienne Davodeau est paru chez Futuropolis

Planche de "L'avancée des travaux, histoires courtes semées à droite à gauche" par Etienne Davodeau
Planche de "L'avancée des travaux, histoires courtes semées à droite à gauche" par Etienne Davodeau / Futuropolis

Comment dessiner les "néo-ruraux", la leçon de dessin d'Etienne Davodeau

Aller + loin 

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