Dans son nouvel opus, "L'été où tout arriva : 1927, l’Amérique en folie", Bill Bryson dresse un portrait, avec plus d'humour que de méticulosité, des États-Unis juste avant le krach de 1929. C'est aussi un état des lieux des événements et des inventions qui ont bouleversé le monde… Que vaut le livre ?

Extrait de la couverture de "L'été où tout arriva" de Bill Bryson, publié chez Payot-Rivages. Le livre est paru en mai 2018 et disponible dans toutes les bonnes librairies
Extrait de la couverture de "L'été où tout arriva" de Bill Bryson, publié chez Payot-Rivages. Le livre est paru en mai 2018 et disponible dans toutes les bonnes librairies

Le point de départ de son livre, c’est la traversée de l'Atlantique, New York-Le Bourget, par l’aviateur Charles Lindbergh, le 21 mai 1927. L’occasion de faire un portrait des États-Unis juste avant le krach de 1929 et un état des lieux des événements et des inventions qui ont bouleversé le monde : le cinéma parlant avec le chanteur de jazz Al Jolson, la télé, le base-ball, les centres commerciaux modernes, tandis que le président Calvin Coolidge (« dont le gouvernement se consacre à l’inactivité ») s’ennuie, que le constructeur automobile Henry Ford professe des idées antisémites, qu’Al Capone vit ses derniers jours, que Sacco et Vanzetti sont exécutés... 

Frédéric Beigbeder n'a pas été séduit

J'ai compris au bout de quelques pages que c'était de la vulgarisation historique à base d'anecdotes hautes en couleur pour décrire les années folles - j'avais l'impression de lire une sélection du Reader's digest.

J'ai appris par exemple que le romancier le plus populaire des années 1920 (à l'époque de Fitzgerald, Hemingway, Faulkner...), c'était Harold Bell Wright, qui avait écrit Le Fils de son père, c'était un peu le Guillaume Musso des années folles si vous voulez. On apprend aussi que Bela Lugosi (l'acteur de Dracula) a été révélé par un film intitulé The Devil in the Cheese ("le Diable dans le fromage") en 1926... 

Ça m'a rappelé un livre qu'on avait évoqué ici, le livre sur Sartre, Beauvoir et les existentialistes. Il y a une espèce de mode de la vulgarisation historique... bon...

Olivia de Lamberterie : "je n'en peux plus de l'histoire de la Grande Amérique racontée par des petits personnages"

Il y a une phrase qui m'a énervée dès la première page, extrêmement mysogine : 

Ça doit être affreux d'épouser une de ces beautés nubiles sachant que dans chacune d'elle se cache une bombe à retardement qui la transformera un beau jour en quelque chose de grotesque et de monstrueux brutalement et sans préavis comme un radeau pneumatique auto-gonflable.

Moi, je n'en peux plus de l'histoire de la Grande Amérique racontée par des petits personnages, cette espèce de mode "On va vous raconter le grand par le petit" et puis "l'Amérique d'hier qui raconte celle d'aujourd'hui" ou "celle d’aujourd’hui qui raconte celle d'hier", je n'en sais rien... je n'en peux plus. Et puis c'est très ennuyeux et assez prétentieux !

Jean-Claude Raspiengeas : Bill Bryson "a toujours fait des livres vraiment poilants sur l'histoire"

Bill Bryson est dans la continuité de ce qu'il a toujours écrit, il a toujours fait des livres vraiment poilants sur l'histoire. Pour le coup, moi, je me suis marré tout le temps. Tout le temps ! 

J'ai appris une foultitude de choses… Excusez-moi mais sur Lindbergh, les choses sont absolument passionnantes ! Je ne savais pas que Lindbergh mesurait 1,90m et pesait 58 kg : personne ne voulait miser sur lui ! Toute la ville de New-York l'attend à Broadway : on avait ramassé pour le défilé de l'armistice 1918 500 tonnes de débris - pour lui, c'est 1800 tonnes.
 

Et ce n'est pas un livre sur la grandeur de l'Amérique, bien au contraire ! C'est un pays d'idiots : il y a quelques génies et beaucoup d'idiots en 1927 ! C'est très intéressant de voir ce qu'il s'est passé cet été 1927, je ne le soupçonnais pas. C'est le vrai livre de l'été !

Patricia Martin : "c'est un livre sur l'oubli"

Toutes les informations qui sont données ne sont pas utiles mais parmi les tonnes de choses retrouvées après l'arrivée de Lindbergh au Bourget, il y a six dentiers par exemple. C'est marrant !

Quand il y a eu la grande crue du Mississipi en 1927,  il donne le nombre de poulets qui ont été victimes de cette grande crue. Mais comme dit Jean-Claude tout est une question de contexte ! Evidemment si tu le prends au deuxième degré je trouve ça plutôt drôle !

C'est aussi un livre sur l'oubli : qui se souvient de telle hécatombe, de carnage dans les écoles, de cette violence des Amériques, de tous les crimes non élucidés... Il y a quand même une volonté de mise en perspective des choses.

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"L'été où tout arriva" de Bill Bryson : les critiques du Masque & la Plume

Aller plus loin

L'été où tout arriva : 1927, l’Amérique en folie, de Bill Bryson, traduit chez Payot par Hélène Hinfray.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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