Eric Vuillard avait reçu en 2017 le prix Goncourt pour "L'ordre du jour" ; il a fait paraître récemment "La guerre des pauvres". Ce texte bref (soixante pages) a été boosté par la révolte des "gilets jaunes" et est devenu un phénomène de librairie. Au "Masque & la Plume", le livre a peu convaincu les critiques.

Eric Vuillard
Eric Vuillard © Maxppp / Marta Pérez / EFE

Le livre résumé par Jérôme Garcin

La révolte dont parle Eric Vuillard se déroule en 1524, quand les pauvres se soulèvent dans le sud de l’Allemagne. L’insurrection s’étend, gagne rapidement la Suisse et l’Alsace. Une silhouette se détache du chaos, celle d’un théologien, un jeune homme, en lutte aux côtés des insurgés. Il s’appelle Thomas Müntzer, c’est un prêcheur protestant radical, connu pour un fameux « Sermon aux Princes ». Müntzer, écrit Vuillard, « est en colère. Il veut la peau des puissants ». Il a été décapité en 1525. Il avait 35 ans...

Arnaud Viviant a plutôt aimé

AV : On pense tout de suite à la phrase du milliardaire américain, Warren Buffett :

Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner.

On est exactement dans cette situation. La guerre des pauvres dont il est question ici, ce n'est pas du tout les "gilets jaunes", mais il n'empêche que, moi qui ait un peu de mal avec Eric Vuillard d'habitude, je préfère nettement ce livre-là à L'ordre du jour, par exemple. Mais je pense qu'il y a un côté quand même "mission pas très fleurie" chez Eric Vuillard. Les dernières lignes, quand même, je trouve ça assez classe :

Le martyre est un piège pour ceux que l'on opprime, seule est souhaitable la victoire. Je la raconterai. 

Pour Frédéric Beigbeder, ça n'a rien à voir avec les "gilets jaunes"

FB : Ça voudrait être du Pascal Quignard et pour moi ça ressemble plus à Jean Teulé : des espèces de pétage de plombs… et de mises en scène de l'auteur, aussi (il écrit : "On connait mal Zwickau, c'est juste un bled parmi d’autres" ou "Je l'imagine au bord d'une rivière" ou encore "je le vois, Thomas Müntzer"). 

Cela dit, c'est vrai que c'est assez chic de comparer ça aux "gilets jaunes" - en fait, ça n'a strictement rien à voir : il y a eu 4 000 morts, là. Le seul point commun que je vois, c'est que la révolte naît d'une nouvelle technologie. Là, c'est l'impression de la Bible en allemand (les gens se mettent à vraiment lire la Bible et se révoltent) ; aujourd'hui ce sont les réseaux sociaux.

Nelly Kapriélan n'a "pas envie de déconseiller ce livre", mais…

NK : Je n'ai pas envie de déconseiller ce livre ; chacun peut le lire. Et si ça apporte quelque chose ou si ça éclaire sur la situation des gilets jaunes, pourquoi pas, chacun y trouvera son compte ou pas. Mais moi, je me suis en tous cas très ennuyée. Je trouve que c'est très surfait. Eric Vuillard est en train de virer : j'avais aimé son livre sur Buffalo Bill [Tristesse de la terre] mais je trouve qu'il est en train de faire une espèce d'habitude du grand roman historique, et maintenant il pose un peu au grand monsieur érudit

En tous cas, ce n'est pas un grand styliste parce qu'écrire des phrases comme "Le temps passa", je trouve ça scolaire.

Michel Crépu a trouvé ça trop court

MC : C'est trop court. Cette histoire est compliquée ; c'est simpliste comme livre.

Stefan Zweig a écrit des livres là-dessus qui sont beaucoup plus nuancés, beaucoup plus intéressants. Là, on est vraiment dans un travail de réduction. C'est intéressant, en même temps, mais c'est trop court.

Aller plus loin

Ecoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

3 min

"La guerre des pauvres" d'Eric Vuillard : les critiques du "Masque & la Pume"

📖  Le roman d'Eric Vuillard est à retrouver chez Actes Sud. 

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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