Le maître de l'horreur Stephen King fait paraître en janvier un nouveau roman chez Albin Michel… Ce polar de 570 pages est déjà un best-seller ; une adaptation en série est prévue chez HBO. Pourtant, les critiques du "Masque" restent partagés… au point que plusieurs ont abandonné la lecture du livre avant la fin.

Couverture de "L'Outsider" de Stephen King chez Album Michel (extrait)
Couverture de "L'Outsider" de Stephen King chez Album Michel (extrait)

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Tout commence par la découverte d’un petit cadavre, dans le parc de Flint City, une petite ville de l’Oklahoma. C’est le corps de Frankie, un garçon de 11 ans, non seulement violé, mais aussi en partie dévoré. L’enquête de l'inspecteur Ralph Anderson mène à un homme respecté et respectable, Terry Maitland, prof d'anglais et coach de l'équipe de baseball. C’est d’ailleurs lui qui a entraîné le fils de l'inspecteur Anderson. Si les preuves sont  accablantes pour lui, ADN comprise, Maitland a un alibi et une vidéo le montre, à l'heure du crime, dans une autre ville, où il assistait à une conférence d’Harlan Coben. Il est donc à la fois coupable et innocent. Pendant ce temps là, une détective privée, Holly Gibney, mène son enquête de son côté... Un polar horrifique qui ne serait pas signé Stephen King, s’il n'y avait en prime une part de surnaturel... 

Frédéric Beigbeder a du mal à défendre le livre sans spoiler

FB : Je trouve que pour en parler, je suis obligé de raconter la deuxième partie. Ça m'embête beaucoup… Ça devient vraiment intéressant à la page 193, quand ça bascule dans le fantastique. Sinon c'est une histoire de procès avec un type qui est sans doute injustement accusé d'un crime horrible : on a retrouvé un enfant de onze ans égorgé avec les dents, il y a son ADN sur les lieux du crime, a priori c'est réglé mais il y a cette vidéo où il est dans une conférence d'Harlan Coben à 100 km de là. Evidemment, la question intéressante que pose le livre, c'est : est-ce qu'on peut être dans deux endroits à la fois ? Et à partir du moment où il y a la créature (King s'est inspiré d'une légende mexicaine), ça n'est plus un polar mais un livre d'horreur.

Le défaut aujourd'hui de King (mais c'est peut-être dû à la traduction, je n'en sais rien), c'est que c'est du style très efficace mais avec beaucoup d'explications qui parfois alourdissent. Au fond, il ne veut pas choisir de basculer complètement dans le surnaturel donc ça reste volontairement entre les deux… et un peu trop réaliste - c'est peut être ça qui est peut être un peu laborieux.

Nelly Kapriélian s'est tellement ennuyé qu'elle a abandonné sa lecture

NK : Je suis épatée par Frédéric qui a atteint la page 193 ! J'ai lu 50 pages et vraiment… c'est un pensum ! Et pourtant il y a des livres de Stephen King que j'aime bien. 

C'est ultra chiant ! C'est fait avec des rapports de police, et quand ça n'en est pas, c'est une tartine de dialogues. J'ai vraiment eu l'impression très désagréable que c'est fait pour être tourné par HBO ! C'est du scénario prêt à l'emploi !

Stephen King, qui a été très inventif, qui a renouvelé le roman d'horreur, je le trouve ici dans tous les poncifs du thriller et de la série aujourd'hui : il n'apporte rien ! Une série ou un roman qui commence aujourd'hui par un petit corps mutilé atrocement, j'ai l'impression d'avoir vu ce début 150 fois !

Ce n'est pas très bien écrit. 

Michel Crépu a plutôt aimé

MC : J'ai plutôt accroché à vrai dire, mais je suis un peu novice chez Stephen King (ce n'était pas mon premier mais je suis loin d'afficher au compteur tous les romans…) Je trouve ça plutôt étonnant de voir que le roman américain continue d'être hanté par La lettre écarlate, le thème de l'infamie : le type accusé injustement. L’entraîneur de l'équipe de baseball qui tout à coup, aux yeux de tout un stade (parce qu'il est arrêté publiquement, la scène est assez incroyable) bascule du statut de personnage aimé de la ville en un personnage absolument diabolique.  Comment va-t-il se dépêtrer de ça ? Et comment va t il dépasser l'infamie ?

Stephen King est un peu un héritier de cette hantise et s'en tire de manière magistrale.

Je n'ai pas pu le lire jusqu'au bout, c'est humainement impossible avec tous les livres qu'on a à lire…

Arnaud Vivianty voit de la "littérature fast-food"

AV : J'ai eu l'impression de manger midi et soir pendant au moins cinq jours au MacDo. La littérature alimentaire, oui pourquoi pas, mais la littérature fast-food, non ! Franchement, on sent là un Stephen King complètement amorti, qui n'a plus aucune idée, qui nous ressuscite une vieille légende mexicaine. 

Il y a une phrase, quand même, sur laquelle je suis tombée et que je mettrais sans doute un jour en exergue d'un livre tellement je l'adore… Il y a donc une créature - c'est le côté fantastique du livre. Les flics arrivent sur une scène et il y a plein d'une matière gluante un peu grisâtre. Ils disent : 

Ce n'est pas du sperme, il y a une trop grande quantité.

Quand je ne vais pas très bien, je me dis cette phrase. Rien que pour ça, merci Stephen King.

Aller plus loin

Ecoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"L'Outsider" de Stephen King : les critiques du "Masque & la Pume"

📖  Le roman de Stephen King est à retrouver chez Albin Michel (traduction Jean Esch). Un extrait est disponible ici.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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