Cette biographie de "Jean d'O" a suscité chez les critiques du "Masque et la Plume" de vives réactions (souvent caustiques) quand à la vie de l'écrivain, et étonnamment, il a été très peu question de son oeuvre… Tous conseillent la lecture de ce livre, car avec ce portrait, se dessine aussi celui d'une "France moisie".

Jean d'Ormesson en 1976
Jean d'Ormesson en 1976 © AFP

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Une biographie signée Sophie des Déserts qui déplaît à la famille, mais qui est épatante : tout en étant attendrie par Jean d’Ormesson, qui l’a reçue pendant les dernières années de sa vie à Neuilly comme en Corse, Sophie des Déserts ne cache rien de sa vie sentimentale pour le moins compliquée, de sa vanité d’auteur (il ne supportait pas les critiques négatives) ou de sa conception très molle du journalisme.

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos du film sur le plateau du Masque & la Plume :

14 min

La biographie de Jean d'Ormesson, “Le dernier roi soleil” de Sophie des Déserts : les critiques du Masque et la Plume

Olivia de Lamberterie a découvert un Jean d'Ormesson "humain"

OdL : J'ai trouvé le livre épatant. Ce que je trouve de bien dans cette biographie très intime, c'est qu'elle est faite avec beaucoup d'élégance. Un des nœuds du livre, c'est la vie sentimentale de Jean d'O. qui était donc polygame, bigame surtout et la manière dont elle le raconte est très élégante. 

Ça se lit comme un roman de François Sagan parce que c'est l'histoire d'un homme qui n'aime que le soleil, bronze, le luxe et qui va s'inventer grâce à quatre femmes...

Arnaud Viviant y a vu "le portrait d'une classe sociale extrêmement aisée […] aux mœurs étranges"

AV : C'est un livre tout à fait agréable à lire. Sophie des Déserts a l'habitude de faire des portraits à Vanity Fair, elle a un vrai savoir-faire. Jean d'Ormesson l'a choisie comme biographe. Certains ricanent en disant "évidemment, le physique de la journaliste n'est pas indifférent aux choix de Jean d'O"... Je crois qu'il a fait un excellent choix car le livre est d'une dignité absolue le concernant (tout en étant sans complaisance). 

Ce qui est intéressant dans ce livre, au-delà de Jean d'Ormesson, c'est le portrait d'une classe sociale extrêmement aisée (on n'est plus dans la bourgeoisie mais quasiment dans l'aristocratie pas forcément nobiliaire) aux mœurs très étranges. Tous les gens qui traversent ce livre ont des relations qui ne sont pas de simples relations de couple mais du polyamour (organisations qui d'ailleurs fonctionnent très bien : il n'y a pas énormément de jalousie alors qu'ils se retrouvent à l'église...). Il y a une scène d'embrouille tout de même : Jean d'Ormesson couche avec la jeune épouse de son cousin germain, dans le château de famille, alors qu'il est supposé travailler. 

Enfin, "travailler"... L'idéologie du travail, portée en général par la droite et le Figaro dont il a été le directeur, ne l'a jamais concerné ! Il a pu l'écrire dans ses éditoriaux, il ne l'a jamais pensé pour lui-même...

Ce livre est remarquable pour comprendre la France. En tant que tel, tout le monde devrait le lire.

Nelly Kapriélian y a vu également "le portrait d'une France moisie"

NK : À la fois, Sophie des Déserts est pleine de tendresse pour Jean d'Ormesson, elle nous fait pénétrer dans sa maison à Neuilly et en Corse, et en même temps elle balance quand même certaines choses (pas sur le polyamour, je pensais que c'était chose publique...) : elle présente une certaine droite et une certaine France qui suintent le despotisme.

Tout cela mêle quand même des grandes fortunes. La France du travail n'existe plus pour eux, mais la France du mérite non plus. 

Jean d'Ormesson a été nommé à la tête du Figaro, m'a rappelé le livre de Sophie des Désert, parce que son beau-père, Ferdinand Béghin, était actionnaire du journal et son meilleur ami Jean Prouvost en était propriétaire : tous les deux décident : "il faut un boulot pour Jean d'Ormesson ; on va le nommer à la tête du Figaro". 

Elle fait le portrait d'une France moisie, avec quelqu'un dont pourtant, j'adore la frivolité, l'humour et la profondeur (et je le dis sans ironie). Voilà pourquoi il faut lire cette biographie... 

Pour Jean-Claude Raspiengeas, cette biographie permet d’accéder à la vérité du personnage "Jean d'O"

JCR : Sophie des Déserts n'est pas très tendre sur la carrière littéraire de Jean d'Ormesson, qui d'ailleurs n'était pas d'une grande lucidité sur lui-même (il est passé 26 fois à Apostrophes, ça n'aide pas non plus à être lucide !), il pensait même qu'il pourrait avoir le Prix Nobel, c'est dire le niveau de lucidité... Il a quand même eu La Pléiade de son vivant.

On sort des portraits habituels de Jean d'Ormesson, et on accède un peu à la vérité du personnage... et c'est là qu'il devient intéressant. C'est quelqu'un qui a su tellement bien façonner sa légende. 

C'est un livre tendre, caustique… et intrigué. La biographe est intriguée par le personnage. On découvre que c'est un spécimen d'autrefois, une relique d'un autre temps. A quel point ? Son petit déjeuner c'est de l'ovomaltine (qui prend aujourd’hui de l'ovomaltine ?) servi par un majordome (!) en gants blancs qui s'incline. Jean d'Ormesson est toujours servi par des domestiques… Il ne sait rien faire ! Il ne sais même pas ouvrir un pot de confiture. 

Si je devais résumer : Jean d'Ormesson, c'était le Masque et la Plume !

Aller plus loin

📖 Un an après la mort de Jean d'Ormesson, viennent de paraître : 

🎧 Écoutez l'intégrale du Masque et la Plume

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.