L'écrivain Daniel Pennac, célèbre pour "la saga Malaussène" notamment, interroge dans son tout dernier livre les frontières entre le travail d'écriture et les rêves. Ces derniers étant, d'après lui, la source de toute imagination. Qu'ont pensé les critiques du "Masque et la Plume" de ce nouveau roman ?

Daniel Pennac, juillet 2015
Daniel Pennac, juillet 2015 © Maxppp / LaPresse / Andrea Negro

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Le livre s’ouvre par la nuit de sa "révélation". C’était dans le chalet familial du Vercors, il avait 10 ans, et il a transformé les rêves qu’il venait de faire en récits, qu’il racontait ensuite à son copain Louis.

Il était déjà écrivain. Entre le réel et le fabulé, Pennac salue le maître des rêves, Fellini, dont il dit : « cet homme m’a été plus précieux qu’une famille », visite un village englouti sous un lac et se souvient, jeune prof, avoir demandé à ses élèves de tenir des "carnets de rêves". Il revit sa vie. Mais elle ne se déroule pas exactement comme il l’a vécue...

Arnaud Viviant toujours aussi touché par l'auteur de son adolescence

AV : "C'est un livre extrêmement touchant.

Ce qui fait la beauté du livre, c'est qu'il s'oppose justement à toute interprétation psychanalytique, cette manière qu'il a de faire échapper le rêve à ce qu'il est devenu dans l'espace psychanalytique. Et ce rapport avec Federico Fellini qui notait ses rêves tous les matins. 

Il y a toujours cet amour de la littérature qui transparaît chez lui.  

Ce livre a une espèce de magie avec sa structure très étrange : c'est comme un rêve mais avec des ponctuations de réel soudaines

J'ai toujours eu un faible pour Daniel Pennac, qui date de l'adolescence quand j'ai lu les premiers Malaussène, lorsqu'ils sortaient en série noire à l'époque. J'ai adoré Journal d'un corps qui, pour moi, est son son plus grand livre. 

Je retrouve cette espèce d'humanisme doux, cette voie des bons sentiments avec laquelle il est entré en littérature

Ce livre-là montre tout ce qu'a été sa démarche littéraire depuis ses premiers livres".

Olivia de Lamberterie a trouvé le roman magnifique 

OL : "C'est un livre un peu expérimental, ce qu'on appelle dans l'édition un entre-deux-livres, un livre très personnel qui est un "Daniel Pennac au pays des merveilles" où on passe d'un songe à un autre.

Moi, je suis tombée absolument dans tous les pièges

Ce livre est un peu foutraque, et en même temps, il y a une vraie réflexion sur ce qu'est 'être un écrivain', c'est-à-dire comment est-ce qu'on peut transformer des sensations en un récit.

Et puis, il y a une autre chose que je trouve très réussie : normalement je m'ennuie toujours énormément quand les gens racontent leurs rêves et bien là...

...les rêves de l'enfance sont extrêmement réussis ! 

Et puis, il y a des fulgurances : il y a beaucoup de propos sur la vieillesse qui sont très beaux. Par exemple, au bout d'un moment il dit :

Vieillir, c'est éprouver le poids du ciel

Rien que pour ça. J'ai trouvé que ça valait le coup !

Mais c'est vraiment un livre pour les fans de Pennac. Je comprends qu'on puisse ne pas y entrer mais je trouve qu'il y a quelque chose de très douloureux dans ce livre".

Pour Nelly Kaprièlan, Daniel Pennac et les rêves ça fait deux... 

NK : "Je vous trouve bien gentils... Il n'y a rien de plus chiant que les gens qui vous racontent leurs rêves sans les analyser !

Ça va quand c'est des intimes mais quand c'est Daniel Pennac qui raconte ses rêves ça ne m'intéresse pas du tout...

J'ai horreur dans la littérature ou dans les films qu'on m'embarque dans une histoire pour me dire à la fin ou au milieu que c'est un rêve... 

Il faut vraiment être très, très doué pour ça et, là, je ne le trouve pas très doué. Je trouve ça très complaisant et finalement, pour moi, les rêves, c'est intéressant quand ce sont les miens et sur le divan d'un psychanalyste. C'est un langage inconscient qui parle, qui dit quelque chose et si c'est juste pour raconter des scènes poétiques, ça m'a ennuyé

Je ne comprends pas ce livre... Je ne trouve pas qu'il entre en littérature, il reste à la porte

Pour Jean-Claude Raspiengeas, "ça ressemble à un rêve"

J-C. R : "Non seulement il ne reste pas à la porte, mais il a la clé pour entrer en littérature, car c'est le livre des rêves ! 

C'est un livre aussi insaisissable qu'un rêve

Tout le livre est construit sur cela. On est tout le temps dans le rêve, dans quelque chose d'impalpable. On ne sait pas qui est qui ; qui est Pennac, si c'est un personnage, s'il l'a vécu, s'il l'a inventé ? 

Il y a une très très belle réflexion sur ce que c'est que d'être écrivain. C'est cultiver le souvenir de la sensation

L’objectif n'est pas de travailler sur la sensation, mais sur le souvenir de la sensation. Il a des belles idées : que les enfants, avant de naître, devraient choisir leurs parents ; que raconter un rêve, c'est l'imaginer autant que son souvenir. Notamment lorsqu'il dit : "Mes meilleurs amis sont mes lectures préférées". 

J'aime beaucoup la façon dont il navigue de sa vie réelle à ces souvenirs ! 

C'est un livre étrange, un peu flou, aux contours incertains, certes on se perd un peu, mais ça ressemble à un rêve". 

Que Pennac continue à rêver et de nous entretenir de ses rêves !

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

7 min

"La Loi du rêveur" de Daniel Pennac : les critiques du Masque & la Plume

📖 LIRE - Daniel Pennac, "La Loi du rêveur", Gallimard

📖 LIRE - Daniel Pennac : "Si on ne rêve pas, on meurt"

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.  

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