Si vous cherchez un histoire à lire pour vos jeunes ados, le conteur Nicolas Mezzalira a donné sa version de la naissance de Merlin à l'antenne de France Inter... Partons ensemble aux origines de la légende arthurienne.

Ecoutez l'histoire de la naissance de Merlin... par Nicolas Mezzalira
Ecoutez l'histoire de la naissance de Merlin... par Nicolas Mezzalira © AFP / Yuri Lev

Merlin est un des personnages les plus mystérieux de la légende arthurienne et le plus ancien également, puisque ses origines remontent à bien avant le Moyen Âge. Il apparaît dans la tradition orale des Gallois sous le nom de Myrrdin avec les poèmes comme celui des Pommiers ou Yr Afallenau, avant de subir différentes transformations à travers les époques et les cultures, voire les religions qui s'en sont emparées.

Alexandre Astier - créateur de la série Kaamelott qui puise dans les différentes versions de la légende arthurienne - expliquait, dans Ce soir ou jamais du 6 décembre 2013 sur France 3 ainsi les modifications que pouvaient subir les légendes et les mythes à travers le temps.

Le propre de la mythologie, c'est d'être remâchée à chaque époque, par des gens de leur époque... C'est un chewing-gum qui est remâché, parfois très bien pour sublimer et des fois non, c'est le jeu.

Dans cette logique, Merlin entre officiellement dans l'imaginaire du Moyen Âge avec l'évêque Geoffrey de Monmouth au XIIe siècle dans son Histoire des rois de Bretagne, toujours au pays de Galles. Cet être capable de lire l'avenir et le passé grâce à ses origines divines et démoniaques, de changer d'apparence à loisir, de parler aux animaux, pourrait être comparé à un druide ou un sage. Le rôle que lui a confié la littérature est celui du guide, celui qui apporte à Arthur, roi sauveur de la nation bretonne. 

Si la légende veut que la fée Viviane l'ait enfermé dans une prison au mur de vent, Merlin a eu une naissance. Si l'on reprend l'histoire de Geoffrey de Monmouth, la mère de Merlin est une princesse de la Galle du sud, abusée par un démon. Dans l'émission le Temps d'un bivouac, Daniel Fiévet interrogeait le conteur et directeur du centre de l'imaginaire arthurien, Nicolas Mezzalira sur Brocéliande, dont la légende veut qu'elle soit la dernière demeure du magicien. Et ce dernier, sur l'antenne de France Inter, a pu conter aux auditeurs la naissance de Merlin et ses origines, inspirées entre autres des vers du XIIe siècle de Robert de Boron.

"La naissance de Merlin" par Nicolas Mezzalira

Il y a bien longtemps, au plus profond des enfers, le diable se réveilla par un beau matin et s'aperçut qu'il était seul. Il n'y avait plus personne autour de lui. Il convoqua un de ces petits démons qui le servaient pour savoir ce qui se passait. Ce dernier lui expliqua qu’effectivement les hommes et les femmes avaient disparu des enfers... Le lendemain, à l'heure du crabe très précisément, on vit affluer vers la grande salle du conseil des démons, les suppôts de Satan qui venaient prendre place autour de la grande table. Ils sont tous venus : Asmodé, Lilith, Béhémoth, le Leviathan, Belphégor... Tous cherchaient une solution. Comment faire revenir l'humanité sur le chemin de la damnation éternelle ? L'un d'entre eux proposa de faire comme avait fait Dieu : il fallait que le diable, Satan en personne, envoie son propre fils sur terre. Et comme le diable est le diable, il se félicita d'avoir eu cette brillante idée dans un large sourire. 

Quelques jours après, il se transforma en un charmant jeune homme et monta les marches qui allaient l'emmener à la surface de la terre, par une des portes communiquant avec notre monde. Il arriva dans le grand marais de Yeun Elez près des Monts d'Arrée... Vous ne pouvez louper l'endroit puisque aujourd'hui s'y dresse une centrale nucléaire. De là, il marcha jusqu'au village de Carmarthen et s'installa sur la place du village. Il y rencontra deux jeunes femmes assises sur un banc, deux sœurs jumelles très pieuses. Cet argument fit mouche auprès du diable qui commença à les courtiser. Les deux jeunes filles, prises de panique, rentrèrent en courant chez elles et prévinrent le père Blaise. C'était un vieil homme sage : le père Bleiz ou loup en breton. Sentant que quelques diableries se tramaient, il leur conseilla d’aller se coucher en fermant à double tour la porte de leur chambre, puis d’allumer une chandelle devant leur fenêtre. Ainsi pendant des nuits et des nuits, elles suivirent les conseils du père Bleiz, pour se prémunir des attaques du malin.

Mais le diable n'était pas du genre à renoncer si facilement. Pour les faire céder, il provoqua alors une dispute entre les sœurs. De colère, la première se réfugia dans sa chambre et s’effondra sur le lit après avoir fermé la porte mais en oubliant d'allumer la bougie. La seconde fit l’inverse puisqu'elle alluma la bougie mais oublia de fermer la porte... Cette nuit-là, le diable, à pas de velours, monta les marches de l’escalier. Toutes griffes dehors, il entra dans la chambre qui était restée ouverte mais où la bougie était allumée. Il fit alors demi-tour pour se rendre vers l'autre chambre. Il trouva porte close. Il fit alors appel à un démon, passeur de l’air et des frontières, Enquibedes Incubus…

Le lendemain matin, la jeune fille déverrouilla sa porte pour sortir. Elle était dépeignée et le corps couvert de griffures. Elle s'était réveillée avec le souvenir d'un horrible cauchemar, et criait à qui voulait l'entendre que ce cauchemar l'avait mise enceinte... Au fur et à mesure de la journée, elle vit son ventre s’arrondir. Et ce qui prenait habituellement neuf mois prit neuf heures. Le soir venu, elle mit au monde un monstre velu, avec des cornes et une queue en bas du dos. À peine sorti du ventre de sa mère, il brûla tout ce qu’il trouvait sur son passage, mangea un chat et alors qu'il s’apprêtait à se retourner contre sa mère, le père Bleiz fit son entrée dans la pièce. Il attrapa ce diable par la peau du cou et, contre toute attente, le rendit à sa mère pour qu'elle le prenne dans ses bras. Terrifiée, elle obéit néanmoins. Après tout, si il était le fils du diable, il était aussi son fils, aussi monstrueux soit-il. Avec le regard d'une mère, elle commença à bercer l'enfant. Elle ne pouvait s'empêcher de pleurer, en fermant les yeux, et les larmes ruisselaient sur l’enfant. Quand elle ouvrit à nouveau les yeux, le diable s'était changé en un être humain, un bébé qu'elle nomma Merlin. 

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