Dans son tout dernier livre, l'auteur de "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" propose un nouveau recueil d'instantanés littéraires dans lequel il invite son lecteur à réfléchir sur la richesse de chaque étape de la vie, et ceux qui restent à venir. Les critiques sont partagées.

"La vie en relief" le dernier livre de Philippe Delerm divise les critiques du Masque & la plume
"La vie en relief" le dernier livre de Philippe Delerm divise les critiques du Masque & la plume © Getty / Jean-Marc ZAORSKI / Contributeur

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Il faut, dit-il "savoir être riche à chaque époque de notre existence, de tous les moments qu'on a vécus, qu'on vit, qu'on vivra encore. C'est cela, la vie en relief, voir ses souvenirs et ses sensations non pas additionnés les uns aux autres, mais comme démultipliés à l'infini, vivre comme si c'était la première fois. Par exemple, le coup de sifflet d'un match de foot qui renvoie à tous les matchs auxquels on a assistés, la lecture d'un livre à un enfant et le sentiment d'être protégé par qui on protège, ou ce mur du gymnase où l'ado était forcé de suivre des cours de gym et le mur de l'Ehpad, où on veille les derniers jours d'un proche".

Frédéric Beigbeder se dit lassé des instantanés littéraires de l'auteur

"Je pense que Philippe Delerm a eu beaucoup de succès avec un genre qu'il a inventé, qui est le plaisir minuscule, le texte court, l'instantané littéraire. 

Il a des impôts à payer, il faut donc que, régulièrement, il fasse un peu près le même livre.

Il y a eu L'extase du selfie, Les eaux troubles du Mojito. Et autres belles raisons d'habiter sur terre, aussi Je vais passer pour un vieux con. Mais là, je n'ai pas trouvé le relief du titre dans le livre… 

Ça me semble très démago cette espèce de goût pour le microscopique, les petits plaisirs du quotidien.

J'ai un peu l'impression d'écouter Radio Nostalgie en livre. 

Après, ça dépend des souvenirs, comme l'odeur du gymnase qui pue la chaussette et la poussière".

Arnaud Viviant regrette que "ça ne soit pas si bien écrit que cela"

"Cela fait très longtemps que je n'avais pas lu Philippe Delerm. Je me souviens de ce pastiche qui s'appelait La première gorgée de sperme (de Anne Cécile, Fellacia Dessert et Marjorie Faust) et, à chaque fois que je pense à Philippe Delerm, c'est ça qui me revient en tête. 

Il n'y a pas beaucoup de sexe alors que, pourtant, ça fait partie de la vie aussi. 

Le passage que j'ai préféré, d'ailleurs j'ai été désolé qu'il dise que ce ne soit pas un bon film, c'est lorsqu'il a évoqué Le Mans 66, dont Le Masque & la Plume avait dit le plus grand bien. L'histoire est assez belle puisque j'ai appris que Philippe Delerm était présent en 1966, durant les 24 heures du Mans, avec son frère. 

Il y a un mot qui convient parfaitement à Philippe Delerm, c'est "joli". Et, en même temps, ce n'est n'est pas si bien écrit que ça…

Quand on demande l'excellence, et que l'auteur sombre lui aussi dans la grande tendance du moment, en mettant des "c'est" partout, et bien je dis non".

Patricia Martin a "passé un bon moment"

"Je trouve que c'est un livre assez réussi, qui avait tout pourtant pour se casser la gueule. 

J'ai passé un bon moment parce que c'est un homme qui a plus vécu qu'il ne vivra.

Ça peut se comparer à l'amour. 

Il y a une espèce de jouissance qui prend son temps.

Je pense qu'il faut avoir vu, avoir vécu, et avoir déjà un peu vieilli pour vivre de la sorte. Il prend son temps, il regarde, il contemple, ce qu'il n'y avait pas dans La première gorgée de bière, qui était le livre d'un homme beaucoup plus jeune. En ce sens, je trouve qu'il y a des observations extrêmement poétiques. 

Tout à coup c'est beau, c'est vivant, c'est sensuel, ça m'emporte .

Jean-Louis Ezine "sensible à des expression inédites qui égalent, selon lui, les plus grands moralistes français"

"Il y a, d'une part, ce côté Marcel Proust du Post-it, qu'on retrouve là compilé. Et, d'autre part, je pense à cet effet qui conduit à se demander ce qu'implique cette idée de "relief" dans le titre. Je pense qu'il s'agit d'une faute d'orthographe. "Relief' aurait dû être écrit au pluriel comme "la vie en reliefs" ou "les reliefs de la vie", parce que le relief ne nous est pas donné par la mémoire, mais par le temps qui nous échappe. 

Ce qui m'a frappé le plus dans cet opus-là, c'est sa famille. C'est vrai aussi qu'il y a des choses très étonnantes qu'on n'avait jamais lues, comme ce témoignage sur Le Mans 66, mais également son ironie sur lui-même. J'y ai été très sensible. Je trouve que l'ironie amène de la modestie. C'est ce qui manque beaucoup dans le paysage de la littérature contemporaine. Combien auraient été capables d'écrire un livre intitulé Je vais passer pour un vieux con ?

Il y a un très beau portrait de Paul Léautaud, qui se révèle être l'anti-Delerm. C'est un homme capable de cette humilité-là. 

Il lui arrive aussi d'avoir des bonheurs d'expression qui valent les grands moralistes français, comme par exemple "le malheur c'est de perdre quelqu'un, le bonheur, c'est d'avoir quelqu'un à perdre". C'est l'égal de Luc de Clapiers, de Vauvenargues, ou encore de François de La Rochefoucauld, et de Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

7 min

"La Vie en relief" de Philippe Delerm

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - "La Vie en relief", de Philippe Delerm (Seuil)

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