L'auteur d'"Une exécution ordinaire" et de "Transparence" signe un nouveau roman très personnel dans lequel il fait le portrait de son père, aujourd'hui disparu, dont la vie fut très romanesque. Les critiques du masque applaudissent à l'unanimité "l'humanisme" et "la vision contre historique" de Marc Dugain.

Couverture de "La Volonté", le nouveau livre de Marc Dugain
Couverture de "La Volonté", le nouveau livre de Marc Dugain © Gallimard

Le livre présenté par Jérôme Garcin

"À l'adolescence, la polio a fait perdre pour toujours à son père l'usage de sa jambe gauche et l'a empêché de devenir, comme ses aïeux bretons, marin au long cours. Il est devenu ingénieur spécialisé en physique nucléaire et en chimie des sols et il est parti vivre en Nouvelle-Calédonie, puis au Sénégal. Et c'est là, au Sénégal, que Marc Dugain est né en 1957. Dugain qui se demande, lorsqu'il travaillait pour l'industrie nucléaire, si son père n'a pas été recruté par les services secrets français. Pendant ce temps-là, la mère bossait pour le marché de l'eau et partait pour l'Algérie et l'Irak. 

On comprend mieux pourquoi Marc Dugain est devenu romancier. Il est également réalisateur et son adaptation d'Eugénie Grandet, avec Olivier Gourmet et Valérie Bonneton, sortira au cinéma ce 29 septembre". 

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Arnaud Viviant applaudit "un livre très fort, extrêmement humaniste et très bien raconté"

"C'est le contraire du projet d'Amélie Nothomb, de raconter toute l'histoire de son père, de sa naissance à sa mort. 

Il y a un mot que plus personne pratiquement n'emploie, qui est presque devenu ringard, mais que lui utilise formidablement, c'est le mot "humanisme". Je trouve que s'il y a quelque chose de très profond dans ce livre, c'est cette notion-là. 

Ce n'est pas simplement l'histoire de son père, c'est l'histoire de la France, voire du monde, depuis la Première Guerre mondiale jusqu'à la fin des colonies. Et toujours, on retrouve de nombreuses autres choses dont son grand-père, gueule cassée, c'est La chambre des officiers. Il est beaucoup question des Etats-Unis et on sait que Marc Dugain a beaucoup écrit dessus. 

Il y a toujours chez Marc Dugain une vision contre-historique, une faculté à écrire une contre-histoire des événements. Il a beaucoup écrit sur les Kennedy et la manière dont ils ont été liquidés. Ce qu'il dit aussi sur les colonies, sur la colonisation, c'est très fort. 

J'ai toujours pensé que c'était aussi un immense journaliste.

Et puis ce "couple forteresse" que forme son père avec sa femme. Ils s'aiment tellement qu'ils préfèrent même leur amour à leurs enfants". 

C'est un livre très fort, très personnel et extrêmement humaniste et c'est très très bien raconté.

Frédéric Beigbeder salue "un livre très élégant mais parfois trop solennel"

"Je me demandais comment il allait arriver à dire 'Je', parce qu'il n'y arrive pas. C'est un livre très élégant. Il n'arrive pas à parler de soi. 

Finalement, il finit par le dire en disant 'Je l'ai raté de peu, on me l'a arraché. Je voulais tuer le père qu'il n'était pas'. Très belle formule. Mais avant que ça arrive, l'écriture semble paralysée par l'enjeu et, parfois, c'est un peu trop solennel, un peu trop sacré. Ça m'a empêché d'entrer complètement dans le récit parce qu'il est peut-être un peu tétanisé par le respect pour cet homme assez incroyable.

À la fin, il parle même de sa naissance. Il s'appelle 'le cadet' et il parle de lui à la troisième personne. C'est assez original et touchant.

Il y a une scène que j'ai adorée, c'est la scène où le père rencontre sa mère. Ils se rencontrent dans un train et elle essaie de résoudre des équations mathématiques. Elle n'y arrive pas et lui écrit les solutions des équations". 

Pour Olivia de Lamberterie, c'est "un très beau livre, très bien raconté sur le difficile affranchissement" 

"C'est un livre extrêmement douloureux. Je ne trouve pas du tout que ce soit solennel, mais que c'est très pudique. Sans doute est-ce pour cela qu'il ne dit pas le 'je' dans la deuxième partie du livre. 

C'est l'histoire de France, mais c'est aussi un livre sur le très difficile affranchissement. Comment est-ce qu'on peut être le fils de ses parents ? Et à deux reprises parce que c'est comment son père a pu s'émanciper de ses parents-là ? Et comment lui-même a dû s'émanciper de ses parents-là ? 

Le mot de 'volonté' est aussi un mot bêtement galvaudé qui a été balayé par l'éducation positive. Personne ne parle plus de 'la volonté' et c'est un très beau mot. Je trouve que la volonté de ce jeune homme, qui était condamné à être immobile, à remarcher, la rencontre avec le médecin, est d'une beauté ! (Il est en train de braconner, il a 16 ans et tout d'un coup il tombe, nous sommes pendant l'Occupation allemande et tout d'un coup, il ne peut plus marcher). 

C'est très très bien raconté.

On va découvrir qu'il a été victime de la polio. Et, pendant la guerre, il va être soigné par un médecin qui le fait par pur altruisme aussi, peut-être par la volonté de soigner, parce que c'était une opération très délicate qu'il a effectuée sur cet enfant. Quant à l'émancipation, c'est une des rares fois où j'ai lu dans un livre comment la réussite d'un enfant tétanisait à ce point la mère, et comment, à partir du moment où son fils réussit, la mère va sombrer dans l'alcoolisme et dans le désespoir

C'est très beau notamment sur comment il va devenir Marc Dugain avec des parents si admirables.

Nelly Kaprièlan "a lu deux livres : un avec une écriture trop factuelle, un autre, magnifique, très humaniste" 

"Un que j'aime beaucoup et un sur lequel j'ai quelques réserves. Tout l'aspect du père, c'est un peu grandiloquent, il est peut-être un peu intimidé. On peut aussi parler de pudeur. Des fois, il va très vite, il avait peur de s'appesantir et l'écriture est parfois un peu trop factuelle, un peu trop catalogue des mots du XXIe siècle. Des fois, quand ils partent en vacances en Australie, tout d'un coup, il y a une digression sur les aborigènes massacrés par les Blancs. Pourquoi est-ce que tout d'un coup, on est avec eux ? Et puis, je trouve que le parti pris narratif est quand même un peu digne d'un débutant car commencer à raconter l'histoire de son père quand il est à l'hôpital, son père est mourant, il demande du champagne et il s'installe avec quelqu'un qui le reconnaît. Il va lui raconter l'histoire. Quand on est un écrivain comme Dugain, un peu rôdé, on ne fait plus ce genre d'artifices narratifs, ce n'est pas la peine. 

En revanche, le livre que j'ai aimé, c'est Dugain qui règle ses comptes avec le XXe siècle. J'ai découvert Dugain. J'ai découvert une personnalité extrêmement attachante. Je trouve qu'il voit le XXe siècle avec un humanisme qui est le sien. On est dans la vie de son père, mais ce n'est pas vraiment ce que pense son père, ce sont avant tout les pensées de Marc Dugain. Là, je l'ai trouvé absolument magnifique". 

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"La Volonté" de Marc Dugain

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - Marc Dugain : "La Volonté" (Gallimard)

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