Jean Rouaud fait paraître "Le Kiosque", roman dans lequel il revient sur son expérience, de 1983 à 1990, où il vendit les journaux rue de Flandre à Paris. Une activité à laquelle il mit un terme lorsque, en 1990, il publia son premier roman "Les Champs d’honneur" qui reçut le prix Goncourt.

L'écrivain (et donc, ancien kioquier) Jean Rouaud
L'écrivain (et donc, ancien kioquier) Jean Rouaud © Getty / Ulf Andersen

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Depuis ce Kiosque, Jean Rouaud raconte le Paris encore populaire de la fin des années 1990, se souvient de son copain communiste Norbert, d’un sosie d’Elvis Presley, d’un SDF surnommé Chirac parce qu’il attendait que la Mairie de Paris lui donne un logement, d’un rescapé de la Shoah qui lisait une gazette en yiddish ou encore d’un peintre maudit. Il se souvient surtout de ces ébauches d’apprenti-écrivain qui travaillait sur ce qu’allaient être Les Champs d’honneur... y compris les premières lettres qu'il a reçu des éditeurs, qui étaient des lettres de refus.

Michel Crépu : "Le seul problème, c'est que c'est ennuyeux"

MC : Je suis très touché par ce livre parce que je suis moi-même un pratiquant du kiosque. Le matin quand je sors, je vais acheter mon journal chez le kiosquier. Ça m'intéressait beaucoup de lire ce livre à cause de ça, parce que le kiosque est une sorte d'épicentre : le monde vient s'y réfléchir... et il  n'y a rien de plus triste que d'imaginer la mort d'un kiosque.

Le seul problème est que c'est ennuyeux. C'est à la fois touchant, émouvant, mais c'est ennuyeux. Et donc, c'est dommage ! J'aurais bien aimé vraiment aimer ce livre...

Patricia Martin a trouvé le livre "merveilleux"

PM : Il faut lire, disons, 30 pages par 30 pages, comme ça tu n'as pas le temps de t'ennuyer ! Je trouve que ce serait quand même dommage de laisser un goût amer à ce livre.C'est un livre absolument merveilleux qui, je trouve, est à la lisière de la littérature et de l'histoire, parce que c'est évidemment l'histoire de Paris qu'il y a dedans. Il émane une douceur, une tolérance, un intérêt des uns pour les autres absolument extraordinaire.

Arnaud Viviant a aimé se souvenir de ce moment où le monde a basculé dans la modernité

AV : Ça faisait bien une petite trentaine d'années que je n'avais pas lu une ligne de Jean Rouaud et finalement c'est comme un personnage de BD qu'on reconnaît à sa houppette et ses pantalons de golf. Evidemment, kiosquier, c'était son trésor de guerre : la chose qu'il vendrait un jour. On a tous ce souvenir du kiosquier - prix Goncourt : c'était effarant ! Comme si soudainement quelque chose de la lutte des classes qui s'était passé ! Plus personne n'a parlé du métier du lauréat du Prix Goncourt les années suivantes, plus jamais.

Le problème du livre, ce n'est pas tellement qu'il soit ennuyeux, parce qu'il y a une sorte de nostalgie qui opère quand il parle de sa librairie. Il parle très bien de ce moment où le monde bascule dans une pseudo modernité. Il y a des souvenirs qui remontent...

J'ai constaté avec plaisir qu'il écrivait des phrases beaucoup moins longues qu'il y a trente ans.

Jean-Claude Raspiengeas : "le retour du grand Jean Rouaud"

JCR : C'est le grand livre qu'on attendait de Jean Rouaud. Ça fait trente ans qu'on se dit "un jour il va le faire" et on l'attend... et vraiment, c'est le retour du grand Jean Rouaud !

Ce n'est pas du tout un livre ennuyeux et puis vous avez tous oublié de dire une chose : c'est un livre qui est au bord du précipice. À ce moment là, Jean Rouaud est travaillé par l'idée d'avoir une reconnaissance littéraire et il essaie d'écrire. Il faut voir dans quel contexte ça s'inscrit... La vie de kiosquier, c'est : on a très froid l'hiver, on est toujours debout, ceux qui ont conçu les kiosques n'ont jamais pensé à ceux qui sont dedans... C'est la mort de tout : la mort du roman, la mort du sujet, la mort de l'histoire, la mort de l'art. Et Jean Rouaud essaie d'écrire, jusqu'au jour où il lit un retournement de Barthes qui dit "Je vais cesser d'être moderne" : là, il est complètement stupéfait. 

Ce petit théâtre qu'est le kiosque, où il aperçoit le monde à travers la petite lucarne de son petit comptoir, est absolument merveilleux.

Je trouve que c'est un livre très beau, très fort.

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques du Masque sur cet extrait de l'émission (Sauf Michel Crépu, qui, lui, n'a pas eu le temps de lire le livre) :

8 min

“Kiosque” de Jean Rouaud : les critiques du Masque et la Plume

🎧 Écoutez l'intégrale du Masque et la Plume

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