Carton plein au "Masque" pour Clémentin Autain avec cette biographie de sa mère, Dominique Laffin : "Dites-lui que je l'aime". Frédéric Beigbeder l'a trouvé bouleversant, Nelly Kapriélan a aimé ce portrait d'une féministe des années 1970, Michel Crépu a trouvé le livre très juste, et pour Arnaud Viviant il est beau.

Clémentine Autain, ici lors d'un rassemblement de La France insoumise
Clémentine Autain, ici lors d'un rassemblement de La France insoumise © AFP / Kenzo Tribouillard

Le livre résumé par Jérôme Garcin

Le livre que consacre la députée insoumise Clémentine Autain à sa mère, la comédienne Dominique Laffin, morte en 1985, à l’âge de 33 ans. Elle avait a joué avec Gérard Depardieu, Miou-Miou et Yves Montand, tourné pour Claude Miller, Catherine Breillat, Marco Ferreri, dans La Femme qui pleure de Jacques Doillon et Garçon ! de Claude Sautet. Elle était féministe, mais posait dans Playboy. Et elle avait épousé le chanteur Yvan Autain, alias Yvan Dautin. Pas facile d’être la fille de Dominique Laffin, qui était souvent ivre morte et voulait parfois se jeter par la fenêtre. Chez la petite Clémentine, "la honte se disputait souterrainement avec l’angoisse". Pour autant, le livre n’est pas un règlement de compte. Au contraire, ce serait plutôt un chant d’amour différé. 

Moi j'ai appris dans ce témoignage que le père de Dominique Laffin, donc le grand-père de Clémentine l'insoumise, avait fondé le Front National avec Jean-Marie Le Pen et que - c'est une page importante - c'est grâce à son ami Arnaud Viviant qu'elle a pu retrouver un des amoureux de Dominique Laffin : le batteur de Téléphone, Richard Kolinka.

Frédéric Beigbeder a été touché

J'avais extrêmement peur de ce livre parce que franchement je m'attendais à tout de la part de Clémentine Autain. C'est quelqu'un qui parfois dans ses interventions télévisuelles est proche du sectarisme, voir de la démagogie… C'aurait pu donner un livre tout sauf sobre, sans jeu de mot sur l'ivresse de la mère. Là, c'est d'une sobriété, d'une sincérité… L’émotion est permanente.

Ça commence par une déclaration de guerre et de haine à sa mère, c'est ce qui fait l'intérêt du bouquin. Ça commence par dire "J'ai eu une mère absente, qui était alcoolique, qui me laissait à l'âge de 8 ans seule dans l'appartement pour partir en boîte". La puissance d'émotion vient vraiment du contraste entre quelqu'un qui aimerait aimer mais qui n'arrive pas à aimer sa mère. 

Elle a honte en permanence et elle est presque soulagée quand sa mère est retrouvée morte. C'est absolument bouleversant et vraiment, je suis très admiratif de ce livre

Vraiment, tout ce que je dis contre les bons sentiments [lire par exemple sa critique ici du livre de Delphine de Vigan] devrait être invalidé par ce livre - il y a de l'amour tout le temps, mais de l'amour qui n'a pas été dit, prouvé, vécu.

Nelly Kapriélan a aimé ce portrait d'une féministe des années 1970

Moi aussi, j'ai aimé ce livre un peu contre toute attente, parce que je vous avoue que les mères folles ou détruites, je commençais à en avoir ras-le-bol (Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan, Fugitive parce que reine de Violaine Huisman, Le Guetteur de Christophe Boltanski…). Là, j'ai trouvé quelque chose de très sincère

Ce n'est pas de la littérature, ce n'est pas non plus un immense livre sur un parent (je préfère Christophe Boltanski), mais là, je trouve qu'elle arrive à quelque chose d'extrêmement sincère. Elle arrive en très peu de mots à restituer cette femme et cette époque.

Moi ce qui m'a intéressé dans ce livre (même si c'est effleuré dans le livre : rien n'est didactique, rien n'est jamais lourd), c'est quand même ce portrait d'une féministe des années 1970, qui a vraiment vécu et pratiqué le féminisme. J'aime croire qu'il y a toujours dans cette première vague de féministe quelque chose d'un peu carbonisé. Elles n'ont peut-être pas été assez suivies par la société, et elles l'ont payées d'une certaine façon. 

Le petit truc où je suis assez mitigée : je m'attendais à un peu plus d'explications sur son enfance. Il y a un passage sur sa grand-mère qui est très beau (qui est aussi chaleureuse et généreuse qu'une porte de prison mais qui est là). J'aurais aimé en savoir un peu plus sur certains ressorts de la vie de sa mère.

Michel Crépu a trouvé le livre très juste

C'est un livre très juste, qui m'a touché. À mon grand étonnement, d'une certaine manière, c'est vrai qu'il y a une certaine froideur à la télévision qui m'a souvent un peu repoussé et là, il y a une très grande justesse. 

La lecture ne peut qu'en être bien reçue.

Arnaud Viviant 

Cette amitié fait que je ne peux pas en dire grand chose… Il y a quelque chose dans ce livre qu'on comprend tout de suite : sa mère est morte quand elle avait 12 ans et elle a clôt le dossier. En fait, maintenant elle-même est devenue mère et c'est sous l'influence de ses propres filles qu'elle va à la cave (elle a tout conservé dans la cave). Le dossier, elle l'a. 

Quand, effectivement, elle m'a dit qu'elle allait écrire un livre sur sa mère, pourquoi je lui ai donné le numéro de téléphone, c'est parce qu'elle voulait rencontrer les gens. La rencontre avec Doillon, qui a été l'amant de sa mère, qui a fait un film avec elle, ils se sont séparés pendant le film : comment il le lui raconte ?  Il y a cette histoire avec Laurent Perrin, grand cinéaste prématurément disparu, qui avait fait un documentaire amoureux sur sa mère. Elie Semoun, aussi, qui vient la voir, qui lui dit "adolescent, j'étais amoureux de ta mère"… 

Pourquoi ce livre est beau, finalement ? C'est qu'il porte en lui-même sa nécessité d'exister. Elle veut rouvrir, une fois pour toutes, le dossier de sa mère. Et elle le fait, à mon avis, impeccablement.

Aller plus loin

Ecoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"Dites-lui que je l'aime" de Clémentine Autain : les critiques du "Masque & la Pume"

🎧 Le portrait de l'actrice Dominique Laffin par Dominique Besnehard ("celle qui affrontait la caméra sans filet")

📖  Le roman de Clémentine Autain est à retrouver chez Grasset. 

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.