Dans son 30e et tout nouveau roman, Amélie Nothomb fait revivre son père, Patrick Nothomb, à la première personne, dans un roman biographique en forme de conte, sans jamais abandonner son sens de la fiction. Les critiques du Masque saluent "un livre éblouissant" et "un grand écrivain".

L'écrivaine Amélie Nothomb sur la couverture de son tout nouveau roman "Premier sang"
L'écrivaine Amélie Nothomb sur la couverture de son tout nouveau roman "Premier sang" © Albin Michel

Le livre présenté par Jérôme Garcin

"C'est sans nul doute le plus personnel roman d'Amélie Nothomb, dont le père Patrick Nothomb, diplomate belge, est mort le 17 mars 2020, premier jour du premier confinement. Il n'est pas mort du coronavirus, mais d'une rupture d'anévrisme. Ce père Amélie Nothomb le fait revivre, raconte son enfance d'aristo-désargenté, baron de son état, sous l'autorité implacable du grand-père, Pierre Nothomb, poète catholique nationaliste assez monstrueux qui empêchait ses enfants et petits enfants de manger. Le même qui a condamné le mariage de son fils avec une femme parce qu'elle n'était pas de son milieu social. Et puis, surtout, les débuts dans la carrière au Congo, les débuts diplomatiques et les débuts du jeune consul à Kisangani, alors Stanleyville où il est confronté, en 1964, à une terrible prise d'otages, presque 1500 otages occidentaux, essentiellement belges, et qu'il a dû négocier avec l'Armée populaire de libération avant qu'interviennent les parachutistes belges. Cette scène-là, où il va être menacé par un peloton d'exécution ouvre. Un an après, elle n'a fait ni un trop bel ni un éloge funèbre de son père. Elle a fait un 'Je suis Patrick'. Le livre se termine avant sa propre naissance". 

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Frédéric Beigbeder "ébloui et bouleversé" 

FB : "Elle sait se renouveler. Elle reste dans sa veine puisque c'est un conte familial où elle transforme la vie de son père. Il y a un côté 'la gloire de mon père'. 

C'est vraiment le contraire de Christine Angot. Elle n'a pas été privée d'amour. Son père est là à chaque page.

C'est très très beau ! Elle se met à la première personne dans la peau de de son père. Il y a des phrases marrantes. Comme pour ce qui est du château dans les Ardennes de la famille, ce n'était pas 'un château fort, mais plutôt un château faible'… Ça j'ai beaucoup aimé. Et puis aussi la description de la neige ('La forêt supportait un tel poids de blancheur que certains arbres baissaient les bras'). 

Quant à l'histoire de la fusillade et de la prise d'otages de Stanleyville, je ne la connaissais pas. Ce qui m'épate, c'est que quelqu'un dont le père a vécu cela attende 30 livres pour le dire". 

C'est un vrai exercice.

"Pour une fois", Nelly Kaprièlan a "adoré" Amélie Nothomb !

NK : "Pour une fois, j'ai adoré Amélie Nothomb. À chaque fois, je suis un peu gênée… Je parle de ses fraises… Je parle de son look, de cette espèce de jabot autour du cou, très XVIIIe siècle qu'elle veut mettre. 

J'ai adoré ce livre. Je rencontre enfin Amélie Nothomb.

Je ne trouve pas du tout mélancolique ce livre. Je le trouve d'une gaieté, d'une drôlerie. On découvre cette aristocratie désargentée. On tombe dans un château de conte, aidé de son emploi de formules hilarantes car totalement désuètes, mais un phrasé extrêmement élégant". 

Olivia de Lamberterie a elle aussi adoré !

OL : "C'est une sorte de traité de vie et de traité de survie. 

C'est complètement gonflé d'écrire la vie de son père à la première personne. Quand on lui pose la question, elle dit que quand elle était petite, on lui demandait comment elle s'appelait et répondait 'moi c'est Patrick'. 

On trouve là toute l'extravagance d'Amélie Nothomb.

C'est un livre fascinant aussi parce qu'on trouve les racines de la personnalité extraordinaire d'Amélie Nothomb. On comprend son rapport délirant à la nourriture, elle qui a écrit un livre qui s'appelle "Biographie de la faim", puisque son père, était envoyé chez les Nothomb, où les enfants n'avaient rien à manger. Les plus grands étaient servis les premiers, puis, au fur et à mesure que le plat était vidé, les petits enfants n'avaient absolument rien à manger. Une éducation très darwinienne. 

On découvre aussi l'extraordinaire courtoisie et générosité d'Amélie Nothomb, qui a un rapport à l'adversité et à la méchanceté complètement singulier. Celui de son père. Je me suis demandée pourquoi cette manière qu'elle avait d'écrire un livre par an - c'est le 30e en trente ans - n'était pas né de cet épisode lié à son père (pendant cette prise d'otage dont on lui disait pendant quatre mois, tous les matins, qu'il allait mourir quand lui a repoussé la mort par les mots en racontant des histoires). Je me suis demandée s'il n'y avait pas quelque chose de "Shéhérazade Nothomb", dans sa manière d'écrire, qui provient de là ?"

Arnaud Viviant applaudit "un grand écrivain"

AV : "Ce n'est pas le premier livre autobiographique d'Amélie Nothomb, mais si elle est plus connue pour son art de la fiction, c'est une grande raconteuse d'histoires

Quand je lis le premier chapitre, je ne suis pas encore au courant du sujet du livre. Ça commence comme une fiction avec un type qui va se faire fusiller et on se dit comment il va s'en sortir. Puis, deuxième chapitre, on tombe sur le nom de Nothomb et on comprend que c'est un livre sur son père. 

Au départ, ce qui est formidable, c'est qu'elle ne raconte que deux épisodes dans la vie de son père, et même si c'est une sorte de deuil du père, elle ne cherche pas à raconter toute l'histoire de son père en premier lieu. L'art de la romancière est là". 

C'est un livre vrai, biographique qui relève toujours d'une fiction. C'est le tour de force d'Amélie Nothomb, qui est un grand écrivain.

Entretien 

L'invitée du 7h50 - Amélie Nothomb était au micro de Léa Salamé à l'occasion de la sortie de son tout nouveau livre.

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"Premier sang" d'Amélie Nothomb

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - Amélie Nothomb : Premier sang (Albin Michel)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧  Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre