Après "Déferlantes", en 2008, qui a eu un énorme succès, la romancière nous plonge dans un village d'enfance en terre bourguignonne, un petit coin de paradis où elle nous invite à renouer avec la solennité de la jeunesse et les constellations de la nature aux côtés d'une bande de cinq amies de 23 ans.

Le dernier livre de Claudie Gallay divise les critiques du Masque & la Plume
Le dernier livre de Claudie Gallay divise les critiques du Masque & la Plume © AFP / ULF ANDERSEN / AURIMAGES

Le livre de Jérôme Garcin

Claudie Gallay a connu un énorme succès, en 2008, avec "Les Déferlantes", qui était vraiment une déferlante de succès. Plus de trois cent mille exemplaires vendus. L'été dont il est question ici est celui de 1985, la même année que le roman de Pierre Lemaître. Ce roman réunit cinq amies de 23 ans, natives d'une petite ville de la Loire : Boucle d'Or employée à l'ANPE, Broussaille, une boulangère déjà mariée mais courtisée par les garçons, Camille, caissière dans une supérette, qui voudrait devenir esthéticienne, Juliette, qui travaille dans le salon de coiffure de ses parents, puis la narratrice, Jessica qui habite l'hôtel tenu par sa mère et qui cherche un emploi. Les cinq se retrouvent pour coudre après le travail car elles préparent, pour la fête du printemps, un défilé de mode sur la place de la mairie, où elles vont être pour la première fois dans la lumière. Il y a un côté The Full Monty au féminin, à la française. 

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Frédéric Beigbeder préfère les "feel bad books"… Pour lui, c'est un "fourre-tout séducteur qui ne marche pas"

"C'est un genre nouveau, c'est le roman d'entraide. Comme au cinéma, cinq nanas paumées vont se tenir chaud ensemble. C'est vraiment le feel good book par excellence. Et moi, je n'aime que les feel bad books, c'est ma folie, c'est mon problème à moi.

Je suis désolé. Il faut dire que je suis diabétique. Je trouve qu'il y a trop de glucose. J'ai un problème avec le sirupeux dans toutes les formes d'art. 

La fille qui n'a pas fait l'amour depuis un an - on est en 1985, je n'y crois pas. À l'époque c'était très différent. Ça m'a foutu le cafard. 

Peut-être qu'en fait, ce n'est pas tant que ça un feel good book puisque ça m'a foutu le cafard… 

Non, je n'ai pas marché… Le défilé de mode, tout ça, je trouve que c'est un programme un peu trop prévisible. 

J'ai remarqué qu'il y en a une qui dit : "ce qui fait sens". Ce n'est pas une expression de 1985. Un moment, il y a une blague aussi du type qui tombe du 17e étage et qui répète tout le temps : "Jusqu'ici, tout va bien". Ça, c'est une blague présente dans "La haine" de Mathieu Kassovitz. On a l'impression que c'est une sorte de fourre-tout qui essaye de séduire… Mais pas moi en tout cas".

Patricia Martin salue "un roman d'apprentissage"

"Dieu sait si j'y suis allée à reculons, parce que quand tu te retrouves avec 540 pages, tu te dis 'elle va faire du Nicolas Mathieu en moins bien'. Au départ, je n'ai pas ouvert le livre avec grand plaisir. Et puis, finalement, j'ai été absolument emportée parce que je trouve qu'elle raconte si bien le vide, la répétition des jours, notamment ce petit village où, finalement, rien n'a changé. On est comme chez Flaubert. 

Il y a un côté très statique : ces espoirs effilochés, sur la vie d'un village d'abord, où tout se sait, où quand on trompe son conjoint, ça fait le tour de tout le monde. Le fait aussi que les vies sont déjà tracées. À priori le personnage de la mère et de la grand-mère, dans cet hôtel qui sont de très beaux personnages qui voudraient que la fille (et petite-fille) ait la même vie. 

Il y aura une rupture, mais cette rupture, elle ne va pas se faire d'un coup. C'est progressif. C'est là que l'amitié entre ces filles leur sert d'appui. Elles parlent très librement des garçons, du sexe. J'ai trouvé que c'était un roman d'apprentissage. Elles sont intelligentes, elles sont attachantes, ces filles. De même, sur la lutte des classes, le portrait de Madame Barnes, dont on se sait pas très bien ce que le père a fait pendant la guerre, mais qui avait une usine, qui a du fric, des sorties aussi qui m'ont fait hurler de rire. Elle est très rigolote, cette femme". 

Arnaud Viviant a adoré la célérité du roman 

"Ça fait penser à "L'amie prodigieuse" de Elena Ferrante, parce que c'est surtout deux femmes, Jessica et Juliette. Juliette étant la fille très belle et victime de sa beauté, libre. Jessica est dans son devenir d'écrivain puisque c'est la narratrice qui est vraiment là. 

C'est totalement du copier-coller de "L'Amie prodigieuse", et ce qui ne marche pas, c'est l'époque dans laquelle on prétend se retrouver (1985).

J'ai bien connu cette époque, j'avais à peu près l'âge des personnages et il y a des anachronismes quand on voit le mot "tag", par exemple, ça n'existe pas en 1985, tout le monde aurait dit un graffiti, mais un tag non… On ne sent pas l'époque… Le livre, et c'est à la fois sa qualité, est presque abstrait, on ne sait pas exactement ce qu'est ce village, il ressemble à tous les villages. 

Il y a quelque chose d'assez beau qui se passe malgré tout, avec des phrases, sommes toutes, beaucoup plus courtes qu'Elena Ferrante, avec des choses extraordinaires. Là, il y a une célérité : ces 540 pages, on les avale ! 

Il y a de très belles idées comme le journal intime du père. C'est une idée magnifique, ces petits carnets où elle va voir ce qu'il note et qui lui donne une idée pour sa propre écriture. Il y a quelque chose de beaucoup plus littéraire. J'ai adoré !"

Pour Jean-Claude Raspiengeas, "c'est un livre déconcertant"

"Ça démarre bien et puis, peu à peu, on assiste lentement, page après page, à une sorte de naufrage, le livre prend l'eau, peu à peu, on s'enfonce… Le premier tiers est vraiment bien, avec le destin de chacune ; le village est intéressant, leurs discussions sans grande folie, elles ont des rêves raisonnables, dont cette envie soudaine de se donner en spectacle. Bon pourquoi pas.

Et puis, un moment, elles tapent contre un iceberg… L'histoire de cet orage complètement dément avec cette fille qui se précipite avec son parapluie pour protéger un handicapé. Elle est prise en photo et, d'un seul coup, c'est comme si Maryline Monroe était arrivée dans ce village, ça devient du n'importe quoi. Le problème, c'est que ça structure le reste du livre, cet épisode fondateur… On ne sait pas comment ce truc arrive, c'est grotesque : il y a des foules qui sont sous les fenêtres pour voir la mariée, la mère, coiffeuse, exploite cela… C'est un peu n'importe quoi. 

Mais, surtout, le plus rédhibitoire à mes yeux, c'est le style collé à la psychologie de ces jeunes femmes en manque de tout, en attente de tout, alors que tout est déjà trop tard pour elles. Leur idéal tient en quatre lettres "BBMMG" (boulot, mecs, maison, gamins)". 

C'est surtout une sorte de naufrage, avec ce style sans relief, plat, tenu jusqu'au bout…

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"Avant l’été" de Claudie Gallay

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - Claudie Gallay : "Avant l'été" (Actes Sud)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧  Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre

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