Philippe Djian publie un roman de légère anticipation qui invite à se demander ce qu'il s'est passé en dix ans pour que le monde poursuive son travail de dégradation de la planète. Les remords face à l'urgence de la situation rongent bientôt ses personnages. Le Masque regrette une certaine paresse chez l'auteur.

L'écrivain Philippe Djian, 2016
L'écrivain Philippe Djian, 2016 © AFP / Laurent Emmanuel

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Comme son titre l'indique, c'est le premier roman d'anticipation de Philippe Djian et son premier publié chez Flammarion, sa nouvelle maison après Gallimard. Greg travaille dans un laboratoire dont le patron est son beau frère, qui falsifie des analyses pour cacher la dangerosité d'un pesticide. On n'est pas si loin de la campagne, alors que sa nièce, Lucie est engagée dans la lutte écologique. Roman qui nous promet, dans dix ans, un monde totalement invivable, en proie à la catastrophe climatique avec, en guest star, Greta Thunberg, pour qui il a écrit finalement ce livre.

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Pour Olivia de Lamberterie, Djian jongle, là, entre le "tranquille" et la "flemme"

O.L. "C'est une très légère anticipation parce qu'il fait très très chaud, il n'y a même plus d'eau fraîche pour prendre sa douche. C'est assez terrible. C'est très curieux. On retrouve la voix de Djian que j'adore. 

Il y a vraiment là une petite musique, comme on disait pour Sagan, qui me plaît beaucoup. 

Après, ça me fait penser à mon ado quand je lui demande comment s'est passé sa journée et qu'il me répond : "tranquille". Philippe Djian écrit "tranquille", avec une sorte de nonchalance qui est à la fois charmante et, parfois, je trouve cela un petit peu trop poussé. Parfois, mon ado aussi je lui dis "tu n'as pas rangé ta chambre" et il me répond "flemme".

Parfois, je trouve que Philippe Djian oscille entre "tranquille" et "flemme".

Mais ça reste une voix que j'aime quand même beaucoup, même si ce n'est sûrement pas son roman le plus palpitant". 

Jean-Claude Raspiengeas regrette un livre "faiblard" et "ramasse-miettes"

J-C.R. : "Dire qu'on a connu Philippe Djian en écrivain rebelle, en perfecto, qui dynamitait la langue, qui métamorphosait la narration. Et là on le retrouve, le temps a passé, on retrouve un vieil écrivain qui écrit en pantoufles, en charentaises, qui aligne des phrases molles, sans réelle conviction, à la paresseuse, entre deux siestes. Le résultat s'en ressent. 

C'est de plus en plus faiblard et la question se pose : qu'est-ce qu'il est arrivé à Philippe Djian ? 

La flemme n'explique pas tout… La flemme n'explique pas le relâchement général. Et dans ce roman, les exemples de chutes, de tension abondent, il y en a à toutes les pages. J'en cite juste une, comme ça, en passant : "quand elle pensait au sexe, elle se sentait sur le point de défaillir. Cette chose-là restait très compliquée"… On a envie d'ajouter "un peu mon neveu !". 

L'hypothèse que moi je formule, c'est que ce livre a été écrit en 1952 et que l'éditeur ne veut pas le dire. 

Pour l'anticipation, on repassera un jour où il sera vraiment plus en forme.

On a pris l'habitude, ici, dans cette "noble assemblée", de s'en prendre aux romanciers qui recyclent un peu l'air du temps, les thèmes qui sont dans les journaux. Eh bien là, c'est exactement ce qu'il fait, mais, là, ce n'est même plus du recyclage, il fait carrément du ramasse-miettes".

Si Arnaud Viviant adore toujours autant, il ne peut s'empêcher de relever une certaine paresse

A.V. : "J'ai toujours énormément de sympathie pour lui, car comme il le fait là, il arrive à conjuguer à l'imparfait le verbe "devenir muet". 

J'ai immédiatement du respect pour lui. C'est ça qui est bien chez lui. Il y a une espèce de laisser-aller et de paresse très rock’n'roll.

Ça a toujours été un bon passeur. C'est pour cela qu'on lit ses romans. Sinon, on voit bien ce qu'il fait, il fabrique des synopsis. Maintenant, il n'écrit plus, à vrai dire, de romans. Il a été adapté par Paul Verhoeven, par les frères Larrieu. 

Il écrit des synopsis et on voit bien, là, le film qu'il pourrait en faire.

Greta Thunberg, c'est beau de l'imaginer. Elle a trente ans et, finalement, il ne s'est rien passé. Il y a toujours des manifestants contre le climat, plus déchaînés que jamais. Soit il fait une chaleur de gueux, soit il pleut tout le temps. 

Il y a quelque chose et, en même temps, effectivement, je suis bien d'accord, il y a une espèce de paresse de confier cela ensuite aux scénaristes pour enchaîner sur un autre roman. 

Sinon, il y a un foutage de gueule de lui-même qui est quand même assez sympathique".

Patricia Martin : "c'est écrit à la va-vite mais c'est quand même très bien fichu"

PM : "Effectivement, c'est assez facile de l'adapter au cinéma. Il y a notamment cette phrase : "à la façon dont elle te regarde, je peux te dire qu'elle n'a pas besoin de gel lubrifiant". Cela m'a quand même fait sourire ! 

C'est quand même écrit à la va-vite et on pouvait attendre mieux.

Mais je trouve quand même que la place qu'a la météo est de premier plan dans ce livre, aussi cette électricité dans l'air et l'humeur des gens qui en dépend, cette fascination pour la pluie qui, en même temps, vous tape sur les nerfs d'une manière incroyable. 

Je trouve que c'est quand même très très bien fichu.

Les personnages sont assez bien vus".

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

5 min

"2030" de Philippe Djian

Par Jérôme Garcin

📖 LIRE - 2030 de Philippe Djian (Éditions Flammarion)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧 Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.