Pour son tout nouveau roman, Pierre Lemaitre fait paraître celui qui fut son tout premier, un polar écrit en 1985, mais qui n’avait jamais été publié jusque-là. C'est pourtant grâce à celui-ci que l’écrivain a forgé son style. Ce (premier) nouveau roman a divisé les critiques du Masque & la Plume.

"Le Serpent majuscule" de Pierre Lemaître serait-il un "fond de tiroir assumé" mais "sympathique" ?
"Le Serpent majuscule" de Pierre Lemaître serait-il un "fond de tiroir assumé" mais "sympathique" ? © AFP / RAUL ARBOLEDA

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

C'est son premier polar, écrit en 1985, dont trente ans avant son prix Goncourt pour "Au revoir là-haut" et qui n'avait jamais été publié. Et pour cause, puisque il l'explique dans un avant-propos, il ne l'avait pas envoyé à un éditeur. Sur cette couverture, il y a aussi un dalmatien, Ludo, qui accompagne Mathilde, une petite dame sexagénaire et gironde qui tue les gens avec un 44 Magnum. 

Avec Mathilde, décrit Lemaître, "jamais une balle plus haute que l'autre, du travail propre et sans bavures". Mathilde, ancienne résistante devenue tueuse à gages, qui se demande si le temps n'est pas venu de prendre sa retraite. Tout cela se passe en 1985 : heureux temps des cabines téléphoniques et des cartes routières où l'auteur n'avait pas à craindre que son histoire soit rendue impossible par le téléphone portable, le GPS, les réseaux sociaux, les caméras de surveillance, la reconnaissance vocale, l'ADN, les fichiers numériques, etc.

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Si elle trouve le livre "excessif et en manque de suspense" Patricia Martin l'a trouvé "très sympa !"

"C'est pour le moins surprenant. C'est une cavalcade qu'à un certain moment, j'ai trouvé un petit peu répétitive. C'est franchement très masculin, voire même machiste, parce que quand, pour la troisième fois, on te dit que Mathilde est grosse, vieille, avachie et qu'elle mange de façon vorace, alignant aussi la veuve du premier homme qui est tué… Enfin bref, il ne fait pas dans la dentelle. 

Aussi excessif soit-il, je l'ai trouvé vraiment très sympa à lire.

Une folie joyeuse, naturelle, on rit fort, on pense peut-être de façon binaire, on ne creuse pas beaucoup la psychologie. C'est son premier roman. C'est mystérieux parce que, finalement, les raisons pour lesquelles des contrats sont mis sur la tête des gens, on ne les connaît pas. Qui est le patron là-dedans ? On ne sait pas. 

Elle est assez drôle parce que c'est vrai que c'est un bon soldat. Et on se dit que, quel que soit le parti, elle y va, à partir du moment où ça a été une grande résistante, c'est une femme qui n'a pas peur, qui aime les choses bien faites. Elle est propre dans son travail. C'est bourré d'images très fortes. C'est très visuel. 

Je trouve que l'apothéose, c'est au moment où elle va retrouver son ancien amant, Henri la Tournelle". 

Ça manquait un peu de suspense, mais je l'ai lu avec plaisir.

Jean-Claude Raspiengeas salue "un (premier) roman (noir) maîtrisé, sinueux, percutant, jouissif !"

"Mais qu'est-ce que c'est bien ! Il faut toujours se méfier des vieilles dames bien mises aux allures de retraité. Évidemment, elle est formidable dans son côté froide, gâchette d'acier. Évidemment, comme elle est tueuse à gages, elle ne peut pas être retrouvée par la police, puisque rien ne la rattache aux différentes victimes. C'est du travail à l'ancienne, à partir des cabines téléphoniques et il y a, au milieu du livre, quelque chose de foudroyant : le passage dans la Résistance et ce qu'on découvre de son activité pendant cette sombre période où elle exécutait des nazis. 

Mais elle avait une façon de le faire qui était assez effroyable et qui glaçait le sang des résistants. C'est une façon pour elle, évidemment, de se faire la main. Mais se faisant, elle séduisait ce fameux Henri qu'elle a découvert dans la Résistance et qui, ensuite, ressent un vrai béguin pour elle, et réciproquement. Un béguin intéressant par rapport à l'intrigue : on est dans le même registre de discrétion, de silence et de refoulement dans leur amour que dans l'exécution des crimes. 

C'est une sorte de train-train de la mort sur ordonnance, sans aucune conséquence de quoi que ce soit. Et, à un moment ça commence à dérailler. 

Ce qui est bien aussi, c'est de découvrir que c'est son premier roman et ses adieux au roman noir. Mais, surtout, on s'aperçoit que ça lui a servi d'établi. C'est en faisant ce style de roman noir qu'il s'est fait la main, qu'il a forgé son style, ce mélange de précision, d'humour, avant de se lancer dans la grande littérature". 

Ce livre-là, il est formidable, maîtrisé, sinueux, percutant, jouissif.

Arnaud Viviant l'a trouvé très mauvais et à côté de la plaque… L'auteur n'a pas su trouver la bonne tonalité…

"J'ai fait de la critique en actes, je ne l'ai pas terminé. 

J'ai trouvé ça très mauvais, pourtant je suis un fan de Pierre Lemaître.

J'ai jamais lu ses romans policiers. J'ai beaucoup de respect pour ce travail-là, cette saga de romans populistes, je trouve ça vraiment parfait. Mais, là, il y a un problème. Il n'a pas trouvé la bonne tonalité et il est tout le temps en train d'hésiter entre le grotesque et le réalisme. 

Il y a quelque chose qui ne va pas du tout. Ça ne fonctionne pas. À mon avis, s'il ne l'a pas envoyé à un éditeur, c'est que c'était trop mauvais.

Surtout qu'on est en 1985, c'est le Zénith du néo-polar français avec Jean-Patrick Manchette, Daniel Pennac, Jean Vautrin, Marc Villard… Mais, là, franchement, il est complètement à côté de la plaque. On ne rit pas. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Il n'a pas trouvé le ton juste. On est un peu chez Frédéric Dard, mais à ceci près que les romans policiers de ce dernier sont formidables en général".

Au bout d'un moment, ça ne m'intéressait même plus de savoir comment ça pouvait se terminer.

Frédéric Beigbeder : "c'est absolument n'importe quoi, un fond de tiroir assumé…"

"Je comprends pourquoi il n'a jamais envoyé ce premier roman. D'ailleurs, page 23, Mathilde revient de Normandie, elle passe par le tunnel de Saint-Cloud et elle veut aller avenue Foch pour tuer un grand patron alors qu'il suffit simplement de sortir porte Dauphine… mais elle passe par la porte Maillot, remonte l'avenue de la Grande Armée et tourne après pour redescendre l'avenue Foch… C'est absolument n'importe quoi… 

J'aime la vieille tueuse qui perd la boule, la femme mûre, qui doit jeter son pistolet dans la Seine. Puis elle ne le fait pas, elle le garde et on ne sait pas pourquoi… On se demande si elle n'a pas Alzheimer, ça, c'est chouette…"

C'est une série B, c'est assumé d'ailleurs, il le dit lui-même, c'est un fond de tiroir, un téléfilm un peu banal.

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

9 min

"Le Serpent majuscule" de Pierre Lemaître

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - Pierre Lemaître : "Le Serpent majuscule" (Albin Michel)

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