Tout le monde connaît "Le Tour de France par deux enfants", manuel de 1877 écrit par Augustine Fouillée dont le succès fut phénoménal. Un siècle et demi plus tard, voici "Le Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui" : Pierre Adrian et Philibert Humm. Qu'en ont pensé les critiques du "Masque & la Plume" ?

Village dans le lot
Village dans le lot © Getty / SUDRES Jean-Daniel / hemis.fr

Le livre résumé par Jérôme Garcin

D’avril à septembre 2017, et depuis Phalsbourg en Lorraine, Pierre Adrian (auteur de La Piste Pasolini et des Ames simples) et Philibert Humm ont sillonné la France en reprenant vraiment le circuit du Tour de France par deux enfants de 1877 : en Peugeot 204 jusqu’à Clermont-Ferrand, en TGV jusqu’à Marseille, en voilier de la Grande-Motte à Sète, en selle sur des vélos pour remonter le canal du Midi, en bus Macron pour rejoindre la Bretagne, et enfin en train pour atterrir à Roissy. 

Un parcours circulaire, qui passe par des "Hypers" de zones industrielles, le couvent conçu par Le Corbusier, une base sous-marine dévolue à l’art contemporain, le studio phocéen de Plus belle la vie ou encore un stade de foot. Autant d’occasions de faire des rencontres avec ces Français dont on ne parle jamais, qui reconstituent en Panhard les bouchons légendaires de la nationale 7 à Lapalisse (Allier) ou préfèrent, un soir de présidentielle, regarder Les Mystères de l’amour sur TMC que le journal de 20 heures. 

Jean-Claude Raspiengeas pense "beaucoup de bien" du livre

Ce qui est formidable, c'est ce couple : Pierre Adrian et Philibert Humm sont copains depuis la cinquième. Ils se définissent comme des sortes de "Kérouac lorrains", ils décident de suivre en effet le chemin voulu par Augustine Fouillée (dont ils disent par ailleurs qu'elle triche beaucoup : elle va trop vite d'une étape à une autre, il n'est pas possible qu'André et Julien Volden aient pu faire ça).

Ils font une sorte de portait attachant, chaleureux, mais assez mélancolique de cette France. Ils traversent cette France qui se vide de l'intérieur, ils traversent des villes en friches, plein de centres-villes où tout est parti (les habitants expliquent qu'il n'y a plus de boucherie, de mercerie, de bar, de cinéma...). 

Ils s'aperçoivent qu'il n'y a plus d'hirondelles. Ils discutent avec un gardien de phare - il n'y a plus de gardiens de phare. Il y a une très belle description, très émouvante, sur la solitude de l'île de Sein. Il y a une très belle défense, émouvante aussi, de Lens. Ils s'aperçoivent que les discothèques de bord de route ont disparu. Ils font un constat : 

Au bout du chemin, on s'est aperçu qu'on avait croisé deux Frances : celle des jeunes et celle des vieux, et ils ne se rencontrent jamais.

Frédéric Beigbeder a été un peu lassé par l'émerveillement permanent des deux "enfants"

Je comprends très bien que le projet soit joli mais… c'est un peu un pastiche de la France du Petit Nicolas

Au bout d'un certain temps, ce ton de naïveté exagérée finit un peu par lasser. On se retrouve un peu comme quand on écoute Radio Nostalgie ou qu'on voit un film de Jean Becker. Je me garderais bien de dire que c'est réac (parce que je trouve ça très bien d'être réac, oui c'est vrai que la France était mieux avant…) mais il y a un peu ça quand même derrière.

L'émerveillement permanent devant chaque rencontre comme si elle était la plus extraordinaire de leur vie, ça m'a un peu lassé - même s'il y a plein d'aspects qui me plaisent bien comme de ralentir, d'aller à la rencontre des gens…

Patricia Martin a plutôt apprécié

Je trouve justement que leur duo donne le ton parce que ce n'est pas du tout la même chose quand tu te balades tout seul (et dieu si j'aime Sylvain Tesson et Jean-Paul Kaufmann) : là, ils frottent leurs regards, leurs impressions, ils s'agacent quelques fois mutuellement. On sent tout ça dans l'écriture !

Ils ont  le bon âge pour aborder tout ça. C'est vrai, c'est un peu une France disparue, avec les vieilles pompes à essence, les panneaux jaunis, les enseignes qui pâlissent mais ils abordent ça avec une certaine fraîcheur. Ils sont trop vieux pour s'ennuyer et ils ne sont pas encore assez vieux pour avoir une certaine amertume (à aucun moment ils ne regrettent comment c'était).

Olivia de Lamberterie a trouvé le livre "rafraîchissant"

Le projet ne m'intéressait pas beaucoup, surtout que je me souvenais du premier Tour de la France qu'une professeur de français avait essayé de nous faire lire et j'avais trouvé que c'était une punition ! C'était deux garçons un peu mièvres, idiots, qui disaient "Oh ! Comme l'herbe est verte ! Comme les montagnes sont hautes!" Et là, je trouve qu'ils déjouent tous les pièges ; j'ai adoré les deux garçons.

D'abord parce qu'ils sont drôles ! Quand ils partent, l'un prend deux valises, l'autre dit "Je me baladais avec une Parisienne en vacances"... Je trouve qu'ils ont le bon ton. C'est rafraîchissant

Ces deux jeunes arrivent dans une France de vieux. C'est la France où il n'y a plus de jeunes, la France d'une époque révolue... mais jamais ils ne tombent dans le panneau de dire "C'était mieux avant". 

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"Le Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui" de Pierre Adrian et Philibert Humm : les critiques du Masque & la Plume

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