Deux ans après "Le Grand marin", où elle racontait son dur labeur de pêcheuse en Alaska, Catherine Poulain décrit un autre monde qu’elle connaît bien, pour l’avoir beaucoup exercé : celui des saisonniers. Les avis des critiques du "Masque et la Plume" sont partagés…

Catherine Poulain avec son deuxième roman "Le Coeur blanc" aux Editions de l'Olivier
Catherine Poulain avec son deuxième roman "Le Coeur blanc" aux Editions de l'Olivier © AFP / JOEL SAGET

Le résumé du livre de Catherine Poulain, par Jérôme Garcin

L'héroïne (ou antihéroïne) de Cœur blanc, s'appelle Rosalinde, elle est allemande et vend ses bras aux horticulteurs provençaux. Elle est avec d’autres travailleurs nomades et précaires, la plupart marocains et algériens. Rosalinde suit, dans le Vaucluse, le cycle naturel des fruits et légumes : après les asperges, elle ramasse et cueille les melons, les fraises, les olives, les cerises, les abricots, les raisins. Elle est célibataire, elle lit le soir les poèmes de Neruda. Elle vit dans un vieux combi vert kaki et résiste aux avances des villageois.

Catherine Poulain écrit pour parler de gens dont on ne parle pas beaucoup, des tâcherons de la terre qu'elle appelle "les enfants de la route et de l'errance".  

La première réaction d'Arnaud Viviant : "Jean Giono, sort immédiatement de ce corps !"

A. V. : Déjà, Le Grand marin m'avait beaucoup énervé (Marguerite Duras en Alaska, ça m'avait rendu dingue !). Cette fois-ci, c'est la même chose… mais pas pareil : un roman qui parle des saisonniers - pourquoi pas ? Il y en a de très beaux sur le sujet - mais ma première réaction reste la même : cette espèce de de sublimation de ce travail, de cette vie, continue à m'agacer.  

C'est un roman populiste, ce beau mot qui est traîné dans la boue à peu près tous les jours, ce n'est absolument pas péjoratif, bien au contraire... c'est un genre, celui de la littérature qui parle de la condition du peuple. 

Ce qu'elle raconte est très actuel :  ils prennent de l'acide, de la coke, des pétards (ils tournent pas à la Valstar, ça, c'est l'ancien temps !), ils sont dans des nouvelles addictions, c'est très fort.

J'ai un tout petit problème avec ce travail-là de la langue, mais par rapport au premier livre où je n'avais pas du tout été convaincu, je le trouve assez bien.

Nelly Kapriélian ne voit pas pourquoi il y a un réel qui serait mieux que d'autres... 

N. K. : C'est mieux que le précédent. Catherine Poulain sait écrire, c'est un écrivain, je ne lui retire pas ça, mais à un moment donné, il y a une espèce de facilité dans le poncif... cette espèce de fin mystique comme s'il devait y avoir un sacrifice absolu.

Il y a un côté qui me déplaît : je ne vois pas pourquoi il faut être grandiloquent parce que l'on veut être du côté de ceux qui travaillent durement. Pourquoi cette emphase mystique ? Le peuple c'est nous, c'est tout le monde... En quoi c'est une qualité ?

Michel Crépu parle de "littérature fauve" comme on parlait autrefois des peintres fauvistes 

M. C. : Je ne parlerai pas de littérature populiste mais de littérature fauve comme on parlait autrefois des peintres fauvistes, c'est-à-dire qu'il y a vraiment une prééminence de la sensation, de la couleur, de la lumière sur ce qui pourrait être dans ce livre, mais qui n'existe pas vraiment, pour des raisons que l'on peut très bien comprendre parce qu'il n'y a pas de roman, ni de récit... Il y a juste un talent de coloriste qui m'a fait penser aux fauvistes pour qui c'était ça l'enjeu : de montrer le monde à travers la sensation et la lumière.

Jean-Claude Raspiengeas est effaré par ce boulot des douaniers de la critique

J.-C. R. : Je suis effaré par ce boulot des douaniers de la critique, qui consiste à s'en prendre assez violemment à quelqu'un qui a décidé de raconter ce qu'elle a réellement vécu. Au nom de quoi vous vous posez là, pour venir dire à cette femme qui a vécu, qui a décidé de raconter à sa façon, qui est plus qu'honorable, qui est réussie ?

J'avais envie de parler de ce livre mais en vous écoutant, c'est plutôt à vous que j'ai envie de m'adresser. Qu'est-ce qui vous prend de traiter cet auteur comme ça ? Ce livre est nourri de son expérience, c'est un vrai travail littéraire qui cherche à sublimer ce qu'elle a vécu. Un petit peu de respect ! 

Qui, aujourd'hui, dans la littérature contemporaine, débordée par l'autofiction, par nos petites histoires d'intellectuels parisiens, s’intéresse à cette réalité sociale là ? 

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"Le C½ur blanc" de Catherine Poulain : les critiques du Masque et la Plume

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