Nous voici aux côtés de Serge, Taïné et Alexis, trois personnages aux multiples facettes. Ils s'ennuient et compensent en sombrant rapidement dans la déliquescence, cumulant toujours davantage les défis les plus inimaginables. Jusqu'à ce que très vite leur vie ne bascule. Le diagnostic du "Masque & la Plume".

L'écrivain Simon Liberati auteur de "Les démons" a-t-il convaincu les critiques du Masque & la Plume ?
L'écrivain Simon Liberati auteur de "Les démons" a-t-il convaincu les critiques du Masque & la Plume ? © Maxppp / L'EST RÉPUBLICAIN

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Le nouveau roman de l'auteur d'Éva et Occident. Portrait de groupe d'une jeune et plutôt belle fratrie dans son domaine familial de Fontainebleau. Taïné, qui a, je cite "la beauté empoisonnée d'un tableau préraphaélite". Serge, je cite "le prince des ténèbres" et le cadet le plus fou, Alexis, plus Donatien, l'ami de la famille aux mains d'assassins.

Une fratrie frappée par un accident sur l'autoroute du Sud. On est au printemps 1967, au moment où le monde bascule vers une époque nouvelle : la pop, la drogue, le plaisir et la guerre du Vietnam. Serge meurt broyé dans sa Maserati et défiguré, il part refaire son visage aux États-Unis. Quant à Alexis, il ne s'appartient plus. Un roman qui se déroule à Paris, New York, Rome, Bangkok… Où on croise notamment Truman Capote, Andy Warhol, Paul Morand, Chardonne, Aragon, Elsa Triolet. 

Un roman d'une rare ambition qui mêle l'intrigue balzacienne à l'hymne pop.

- L'éditeur

Patricia Martin a adoré 

PM : "Le passage sur Bangkok est absolument inouï. Il ne faut pas le raconter, mais enfin, là, il se lâche véritablement. J'ai adoré ce livre. J'ai trouvé d'abord que la langue est belle. Les mots sont choisis, c'est mélodieux. C'est un styliste, il a un don pour parler des femmes, une perception très fine de la nature féminine et a un intérêt réel pour l'altérité. 

C'est une peinture à la fois romanesque et historique.

À certains moments, je trouve que c'est magique sur les vicissitudes de la vie, sur l'exaltation, sur le masque, sur le désœuvrement intérieur. Ses personnages sont libres, mais ils sont aussi fatigués parce que c'est fatigant de tenir sa liberté".

Olivia de Lamberterie n'a pas été convaincue mais salue le style hors pair de l'écrivain 

OL : "Je crois que je ne suis pas assez droguée pour ce livre…

J'ai détesté le premier chapitre : les adolescents qui se vautrent dans des jeux interdits avec des couvertures d'enfants sur les épaules.… J'ai trouvé ça glauque…

J'oscille. Tout d'un coup, il me rattrape parce que je dois dire qu'il a beaucoup d'humour. Et puis, tout d'un coup, je me retrouve énervée par ces gens qui partent tout le temps aux toilettes prendre des shoots de drogue… Je préfère Truman Capote quand il est sur un yacht au soleil et quand il est bronzé ! 

Là, j'ai l'impression qu'on l'a déjà lu un peu, il se pastiche lui-même… 

C'est magnifiquement écrit mais j'aimerais qu'il écrive sur autre chose.

C'est un styliste hors pair mais j'aimerais qu'il me raconte aujourd'hui". 

Pour Arnaud Viviant, Simon Liberati prouve à nouveau qu'il est un styliste hors pair

AV : "L'autre jour, un peu tardivement, pour la première fois, j'ai vu Once Upon A Time in Hollywood de Quentin Tarantino. Et je pensais au livre que Simon Liberati a écrit sur l'affaire Sharon Tate. En voyant le film, je voyais la précision qu'il y avait dans le livre de l'écrivain et je me disais que vraiment Liberati, c'est le Tarantino de la littérature française ! Il y a la même manière de procéder, d'utiliser des personnages réels. 

D'un point de vue littéraire, il surclasse tout le monde.

Il y a une sorte de précision et en même temps de limpidité dans ce qu'il écrit, une manière de travailler dans la description, le dialogue. Il est vraiment là, un styliste absolument hors pair". 

Pour Frédéric Beigbeder, personne n'écrit de si bons livres 

FB : "Là, on a affaire à un écrivain éblouissant. On le sent et on le voit à chaque page. Alors oui, évidemment, si on n'aime pas les partouzes de toxicomanes incestueux, peut-être qu'on pourrait se lasser ! 

Mais personne au monde n'écrit des livres pareils.

C'est quelqu'un qui prend les années 1960, comme Patrick Modiano prend l'Occupation allemande et en fait quelque chose de féérique. Ça veut dire être parfois abominable, parfois sublime, parfois cauchemardesque, parfois fou.

Il préfère la décadence à l'actualité, il n'est pas nostalgique. D'ailleurs, ce qui est intéressant chez lui, c'est que par rapport à ce nihilisme de ses personnages, il ne se vautre pas dedans et le regarde avec exactement comme l'écrivain Fiodor Dostoïevski, avec ses personnages, avec un mélange de fascination et de répulsion. Tu ne sais jamais s'il les aime ou s'il déteste ces gens". 

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

7 min

"Les Démons" de Simon Liberati

Par Jérôme Garcin

📖 LIRE - Les démons de Simon Liberati (chez Stock)

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