Une BD sortie en librairie le 20 août 2021, retrace la vie de Madeleine Riffaud, engagée dans la Résistance à 17 ans. C’est le premier tome d’une trilogie, qui raconte avec détail l'héroïsme de la jeune femme et les atrocités qu'elle a subies.

Le premier tome de "Madeleine résistante", sorti le 20 août 2021.
Le premier tome de "Madeleine résistante", sorti le 20 août 2021. © Dominique Bertail / Editions Dupuis

Ce n’est pas la première fois que Madeleine Riffaud raconte son incroyable histoire. Il y a eu un livre d’entretiens "On l'appelait Rainer : 1939-1945" (aux éditions Julliard), elle a témoigné dans plusieurs documentaires et dans de nombreux établissements scolaires. Il y a désormais une bande-dessinée, ou plutôt un premier tome d’une saga qui devrait en compter trois. Le scénario est signé Jean-David Morvan et les dessins sont de la main de Dominique Bertail. 

Madeleine Riffaud, chez elle, en 2021.
Madeleine Riffaud, chez elle, en 2021. /

L’œuvre nous plonge immédiatement dans la campagne amiénoise, en 1931. Madeleine a alors six ans et elle va vivre un premier drame : elle voit mourir trois de ses camarades d’école, tués par un obus de la Première Guerre mondiale. Madeleine Riffaud n’est qu’une enfant et pourtant ce jour-là elle échappe pour la première fois à la mort : quelques secondes avant, elle était avec ses amis.

Une humiliation comme point de départ de son engagement dans la Résistance

Dans cette bande-dessinée, la vie de Madeleine Riffaud semble être une longue série d’épreuves et d’atrocités qu’elle surmonte les unes après les autres. Une humiliation commise par des soldats allemands, la tuberculose, un viol qu’elle subit à 17 ans… Pourtant elle ne semble jamais se plaindre et ne montre jamais de peur. "De temps en temps j’ai eu peur", explique-t-elle pourtant à France Inter, "sinon je n’aurais pas été normale. Mais j’étais dopée par le risque : j’avais à faire, et je faisais. J’ai perdu tout sentiment de peur après avoir échappé trois fois à la fusillade."

La BD permet aussi de comprendre les origines de l’engagement de la jeune résistante. "Voir parader les Allemands dans les rues en toute impunité me rendait malade. Littéralement, je veux dire" explique son double bédéesque. Un coup de pied donné par un officier nazi finira par pousser sa haine de l’occupant à son paroxysme. 

Ce qu’on ne supportait pas, c’était d’entendre le Maréchal Pétain, avec sa voix chevrotante, nous dire ‘vous êtes un peuple de vaincus, soyez correct avec les Allemands'. C’était insupportable

Pendant plusieurs mois, Madeleine Riffaud cherche à rejoindre la Résistance, sans vraiment savoir comment s'y prendre. Elle y parviendra dans un sanatorium des Alpes, où elle soigne sa tuberculose : "j’ai trouvé la Résistance là où je ne pensais pas la trouver. Les gens ne le savaient pas, mais cet endroit était un centre de la Résistance. C’est grâce à mon amoureux que je l’ai découvert. Il avait huit ans de plus que moi et avait déjà été en prison. Il s’était évadé et se trouvait là pour se refaire une santé, au grand air de la montagne, avec une bonne alimentation." 

Madeleine Riffaud avec la compagnie St-Just
Madeleine Riffaud avec la compagnie St-Just /

C’est en 1942 que le jeune couple quitte le sanatorium pour rejoindre Paris, sans que les parents de la jeune femme ne soient au courant. À la capitale, elle fait ses premiers pas dans la Résistance sous le nom de code Rainer, en hommage au poète autrichien Rainer Maria Rilke. "C’était un nom d’homme et d’Allemand", expliquera-t-elle plus tard. La suite sera une succession d’actes héroïques et d'horreurs subies : la torture, la détention à Fresnes. Elle aurait dû être déportée et réussit à s’échapper. Mais ces histoires seront racontées dans les deux prochains tomes de "Madeleine Résistante", le premier s’arrêtant lors de l’admission de la jeune femme au sein du Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France.

Un demi-siècle de silence

Pour écrire le scénario de la bande dessinée, l’auteur Jean-David Morvan a enregistré des centaines d’heures de conversation. Madeleine Riffaud a tout raconté, ne passant aucun détail sous silence, même les plus terribles. Selon l’auteur : "j’ai compris qu’on pouvait tout raconter, mais qu’il fallait trouver comment le raconter pour que ça ne choque pas les gens et qu’ils ne referment pas le livre. Qu’ils ressentent l’émotion et la puissance des choses, mais il ne faut pas qu’ils aient des larmes dans les yeux, sinon ils ne peuvent plus lire !"

La difficulté c’est le choix. Il faut choisir ce qu’on veut raconter, quelle ligne directrice suivre et l’endroit où l’on veut amener notre lecteur.

Si aujourd’hui cette dame de presque 97 ans raconte inlassablement son histoire, cela n’a pas toujours été le cas. Pendant un demi-siècle elle n’a rien dit. C’est un de ses amis, Raymond Aubrac, également résistant, qui réussit à la convaincre en 1994 : "Ceux qui ont été capturés ou ont connu les salles de tortures n’avaient pas très envie de parler. D’ailleurs on n’avait pas vraiment envie de les écouter non plus : tout le monde voulait passer à autre chose. Moi je ne voulais pas repenser à tout ça, je ne voulais pas retomber malade dans ma tête. Mais un jour Raymond est venu chez moi et il m’a dit ‘maintenant ça suffit. Après 50 ans de silence, est-ce que tu vas enfin l’ouvrir ?’". 

Madeleine Riffaud avec l'homme d'Etat Vietnamien Hô Chi Minh
Madeleine Riffaud avec l'homme d'Etat Vietnamien Hô Chi Minh /

Au début la résistante refuse, mais un argument finit par faire mouche : "Il m’a dit de penser à mes camarades de 17 ou 18 qui avaient été fusillés et que tout le monde avait oublié. Il m’a demandé si ça m’était égal, et j’ai donc fini par accepter de témoigner. Le salaud, il m’avait eu !"

Plus de 25 ans après, c’est au dessinateur Dominique Bertail qu’est revenue la lourde de tâche de mettre en images la vie de Madeleine Riffaud : "j'avais assez précisément en tête ce que j'avais envie de faire, mais par contre j'ai soumis les storyboards à Madeleine, pour voir si ça correspondait à ce qu'il s'était passé. Je serais mal placé pour dire ce qu'elle en a pensé, mais je crois qu'elle a bien aimé !" 

Le deuxième tome de "Madeleine résistante" est déjà en cours d’écriture. "On a environ la moitié", affirme le scénariste Jean-David Morvan. Un travail de longue haleine fait de nombreux échanges et rectifications entre l’auteur et la nonagénaire. Les deux bédéastes aimeraient raconter toute la suite de la vie de Madeleine Riffaud : les guerres d’Indochine, d’Algérie et du Viet Nam qu’elle a couvert comme journaliste ou encore ses rencontres avec Picasso et l'homme d'état vietnamien Hồ Chí Minh…

À la veille de son 97e anniversaire, Madeleine Riffaud se souvient d’une promesse faite à Raymond Aubrac : "il m’a donné l’ordre de ne pas mourir avant 97 ans. Lui est décédé à cet âge-là, et le matin de sa mort, il témoignait une dernière fois de son passé de résistant. "