L'ancien directeur du journal Le Monde, cofondateur du magazine hebdo "Le 1", des trimestriels "Zadig", "America" et plus récemment de "Légende", vient de faire paraître son dernier livre. Passé au crible du Masque & la Plume, il n'est pas parvenu à convaincre l'ensemble des critiques.

Le journaliste et écrivain Eric Fottorino, passé au crible des critiques du Masque & la Plume pour son dernier livre "Marina A" (Gallimard)
Le journaliste et écrivain Eric Fottorino, passé au crible des critiques du Masque & la Plume pour son dernier livre "Marina A" (Gallimard) © Getty / Jean-Marc ZAORSKI / Contributeur

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

C'est la rencontre à Florence, en 2018, entre le docteur Paul Gachet - allusion au médecin et collectionneur d'art appelé au chevet de Van Gogh après son suicide à Auvers-sur-Oise - et la célèbre artiste, performeuse serbe, Marina Abramovic. Alors qu'il voulait montrer à sa femme et à sa fille des tableaux de Botticelli, le chirurgien orthopédiste est saisi au Palazzo Strozzi par les photos et les vidéos de cette égérie du body art de l'art corporel, qui est allée jusqu'à se sacrifier, se flageller, se brûler l'index avec une bougie, et se congeler dans des blocs de glace. 

Deux ans plus tard, en pleine pandémie, Paul Gachet tombe par hasard sur une photo de Marina Abramovic et de son compagnon d'alors, Ulay, prise à Bangkok en 1983, qui montre deux êtres qui ne peuvent pas se toucher et qui doivent rester à distance l'un de l'autre, mais sans masque. Pour le médecin, c'est clair, Marina est une lanceuse d'alerte. 

Patricia Martin agréablement surprise par un Fottorino qui offre un style de récit différent 

"C'est un livre fascinant, assez inattendu de la part de Eric Fottorino, parce qu'on le connaît dans des récits beaucoup plus autobiographiques que cela. 

C'est une fiction, mais qui a peut-être à voir avec lui. Il y a aussi comme une irruption de l'art. On peut presque dire qu'il y a deux parties dans le livre. C'est très visuel, quelquefois à la limite du supportable. 

C'est peu à peu, seulement, qu'on comprend de quoi il s'agit.

On comprend sa mise en perspective et les raisons pour lesquelles il en use. Tout cela arrive comme une fulgurance à cet homme méticuleux, rationnel, assez égoïste, fasciné par cette confiance qu'il a en l'autre. Confiance aussi dans le public qui a quelquefois, à sa disposition, des plumes, mais aussi des pistolets. Ça va vraiment jusqu'à la mort. 

Et, il y a la deuxième partie du livre : à partir du moment où il parle d'Emmanuel Lévinas, et de sa formulation Après vous. Je suis amoureuse de cet homme (Lévinas) car il propose une philosophie de vie absolument extraordinaire". 

C'est aussi un livre sur l'aveuglement de notre époque, le fait qu'on ne voit pas forcément suffisamment l'autre.

Pour Frédéric Beigbeder, "après les 50 premières pages, ça devient vite ridicule"

"Il est vrai que, au début, on se demande ce qui lui prend de s'intéresser à Marina Abramovic. On sent que c'est le cas de l'auteur comme du personnage. Une question qu'il se pose tout au long du livre : "Pourquoi je suis fasciné par elle ?" Et nous autres lecteurs, aussi. Ça démarre donc pas trop mal grâce à cela. 

C'est un peu comme Tintin en Toscane : il y a Eric Fottorino et le docteur Gachet. Tout cela fait que ça fonctionne pendant les 50 premières pages, il y a une vraie curiosité. 

La première partie est très journalistique. C'est un reportage.

Mais, ensuite, ça devient assez vite ridicule. Je pense, par exemple, au moment où il est tellement choqué par les performances qu'il manque de vomir son chocolat chaud. 

Il faut arrêter de raconter ses cauchemars dans le roman… Il le fait régulièrement ici. 

Il faudrait une loi pour que les écrivains ne puissent plus raconter leurs rêves dans leur roman.

Ensuite, ça se perd. Il essaie de se récupérer sur la fin, avec cette histoire de gestes barrières où on sent qu'il a écrit ce livre durant les deux confinements. On sent qu'il essaie de retomber sur ses pattes, avec cette histoire de distanciation entre Marina et son fiancé"

Arnaud Vivant regrette "un récit qui devient vite étrange, voire incompréhensible" 

"Il y a toujours, dans ses livres, un côté prudhommesque (une banalité pompeuse) qui est, là, encore assez présent. 

C'est l'histoire d'un bourgeois qui découvre, sans le découvrir, l'art contemporain et qui tombe des nues. Mais, en même temps, il y a une perspective : il tombe amoureux de Marina. Lui, est là avec sa femme et sa fille, qui sont en train d'établir une première distance. Il y a quelque chose qui commence à se créer, c'est le rapport à l'autre qui est très fort avec le couple, avec cette pièce de Marina et de son compagnon, lorsqu'ils vont partir l'un et l'autre d'un bout à l'autre de la muraille de Chine. Ils sont supposés se retrouver marcher pendant des centaines, voire des milliers de kilomètres. Et lorsqu'ils arrivent à se retrouver, ils se rendent compte qu'ils ne sont plus amoureux l'un de l'autre. 

Puis, il y a une deuxième partie : c'est la première fois qu'un écrivain parle du coronavirus, et offre une description de nos vies à l'époque du premier confinement. Là, ça devient très étrange, on ne comprend absolument pas ce qu'il veut dire…"

Ça devient un peu kafkaïen : il a des stigmates, il saigne sans avoir de plaies. On ne peut pas dire qu'on comprenne grand chose.

Jean-Louis Ezine n'a rien compris

"Eric Fottorino et moi, c'est un peu comme un vélo. 

Là, il m'a sorti de la route… Je suis largué

Je me suis même demandé ce qu'il avait pris… parce que, être largué dans un col, je veux bien, mais dans une côte de quatrième catégorie, je ne comprend plus. 

De la part d'un journaliste, un éminent directeur de journaux, qui a dirigé Le Monde, qui est un parangon de vertu et de rationalité, je me suis demandé s'il n'était pas parti du journal Le Monde avec un carré de moquette qu'il aurait fini par fumer.

Je n'ai rien compris.

Je me suis demandé ce qu'était ce mysticisme de pacotille. Eric Fottorino m'a fait penser à la servante Félicité, ce personnage de Flaubert qui, ne sachant plus sur qui ni sur quoi exercer sa dévotion, finit, par découvrir le Saint-Esprit dans l'œil de verre d'un perroquet empaillé. C'est quelque chose de cet ordre-là qu'a vécu Fottorino".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"Marina A" de Eric Fottorino

Par Jérôme Garcin

📖  LIRE - "Marina A" de Eric Fottorino (Gallimard)

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