À l'occasion de la sortie de la bande dessinée de Pénélope Bagieu, qui revisite avec brio le roman "Sacrées Sorcières" de Roald Dahl, focus sur les ouvrages phares mais aussi sur les romans plus méconnus de l'écrivain gallois. Histoires cultes.

Le romancier gallois Roald Dahl nous a quitté en 1990, mais a laissé derrière lui une myriade d'ouvrages cultes de la littérature jeunesse.
Le romancier gallois Roald Dahl nous a quitté en 1990, mais a laissé derrière lui une myriade d'ouvrages cultes de la littérature jeunesse. © Getty / Ronald Dumont

Même si ses romans commencent à dater, Roald Dahl est de ces écrivains qui ne se démodent jamais. Preuve en est : la bande dessinée de la talentueuse Pénélope Bagieu, qui revisite son roman culte "Sacrées Sorcières". Mort en 1990, le romancier gallois reste surtout célèbre pour sa littérature jeunesse d'une efficacité imparable, alliant épopées, tendresse et fantasmagories. Sorcières complotistes, petite fille surdouée, pêche surdimensionnée, géant souffleur de rêves... Sélection, non exhaustive, de quelques œuvres connues, moins connues... magiques, toutes.

Le plus glaçant : "Sacrées sorcières"

La bande dessinée de Pénélope Bagieu est l’occasion de redécouvrir ce classique de Roald Dahl, et de se poser cette question très angoissante : et si les sorcières étaient parmi nous ? Pire : et si elles ourdissaient un complot pour transformer les enfants en souris, afin que leurs propres parents les tuent ? Glauque. Mais délicieusement inventif. Avec Sacrées Sorcières, Roald Dahl réinvente le mythe de la sorcière, en le rendant terriblement contemporain. Perruques qui grattent, sucreries suspectes et masques trompeurs sont au menu de cette fable ensorcelante et intemporelle.

La dessinatrice Pénélope Bagieu publie mercredi une interprétation malicieuse de "Sacrées Sorcières" en bande dessinée.
La dessinatrice Pénélope Bagieu publie mercredi une interprétation malicieuse de "Sacrées Sorcières" en bande dessinée. © Radio France / Louis-Valentin Lopez

Le plus poétique : "Le Bon Gros Géant"

Oubliez le film, sorti en 2016 et réalisé par un Steven Spielberg pas au meilleur de sa forme. Le roman publié en 1982, lui, est un petit bijou de tendresse et de poésie. Sophie, une fillette orpheline, est un soir kidnappée par un géant aux grandes oreilles et au sourire farceur. Le "BGG", pour "Bon Gros Géant", a une profession très particulière : il souffle des rêves au creux des oreilles des enfants pendant qu’ils dorment… On n’en dira pas trop mais l’histoire poétique se transforme en quête qui, à grandes foulées épiques, ira jusqu’à impliquer la reine d’Angleterre en personne. Un récit qui, au-delà des géants fantasmagoriques, donne une belle leçon d’humanité.

"Le Bon Gros Géant" a été adapté par Steven Spielberg au cinéma en 2016.
"Le Bon Gros Géant" a été adapté par Steven Spielberg au cinéma en 2016. © AFP / Walt Disney

Le plus connu : "James et la Grosse Pêche"

C'est l'histoire d'un petit garçon, James Henry Trotter, devenu orphelin après que ses parents ont été tués par un rhinocéros échappé du zoo. Brimé par ses tantes acariâtres, Tante Piquette et Tante Éponge (ça ne s'invente pas). Un beau jour, James va s'évader à bord d'une énorme pêche, qui a poussé dans le jardin, et parcourir mer, ciel et terre. Au passage, il va faire la connaissance des locataires de la pêche, dont un mille-patte, une araignée et un ver luisant (qui parlent, bien évidemment). Sans doute le récit le plus connu de Roald Dahl, qui donne de furieuses envies d'évasion, que ce soit à bord ou pas d'un fruit géant.

Le plus sous-estimé : "Charlie et le Grand Ascenseur de verre"

On connaît tous ou presque l’histoire de Charlie et la Chocolaterie, les pérégrinations d’un petit garçon dans la chocolaterie excentrique du non moins fantasque Willy Wonka. On connaît sans doute moins la suite : Charlie et le Grand Ascenseur de Verre. Une épopée complètement barrée de Charlie, sa famille et Willy Wonka dans l’espace, grâce à un ascenseur qui monte, monte, monte dans le vide intersidéral. Ils sont alors attaqués par d’improbables aliens métamorphes menaçant la planète Terre : les Kpoux, qui se tordent à volonté pour prendre l’apparence désirée. La suite, savoureuse, est à découvrir sous la plume de Roald Dahl, toujours débordante d'imagination, tout comme le génial cerveau de Willy Wonka.

On n’aura malheureusement jamais de nouvelles d’un troisième tome : Charlie à la Maison blanche, où Charlie et sa famille devaient rencontrer le président des États-Unis. Mais si d’aventure vous vous rendez dans le village de Great Missenden, en Angleterre, sachez que vous aurez la chance de découvrir le premier chapitre, exposé au musée Roald Dahl.

Le plus vachard : "Les Deux Gredins"

Les petites vacheries dans un couple, on connaît. Mais Roald Dahl et M. et Mme. Gredin proposent une lecture beaucoup plus poussée du concept. Mention spéciale pour Mme Gredin, qui fourre des vers de terre dans les spaghettis de son mari. Et quand ils ne sont pas occupés à se faire les farces les plus odieuses dans leur maison sans fenêtre, le couple colle de la glu sur les arbres pour attraper des oiseaux et… confectionner des tartes avec les volatiles. Mais gare au karma, qui ne manquera pas de se retourner contre les deux compères. C’est outrancier, c’est désopilant, on adore détester le tandem à faire pâlir les Thénardier. Un roman court, haut en couleurs qui se déguste comme une savoureuse part de tarte (avec ou sans oiseaux).

La plus intelligente : "Matilda"

Matilda est une petite fille sagace, toujours plongée dans les livres, au grand dam de ses parents, caricatures imbuvables qui mangent tous les soirs un plateau repas devant la télévision. Morne quotidien pour Matilda, qui en plus d’être brillante, se rend compte qu’elle dispose d’un étrange pouvoir… Mais la star à retenir, c’est sans doute la bien nommée Mme Legourdin : rarement l’archétype du professeur inique et tyrannique aura été aussi bien dépeint et poussé dans une œuvre de fiction. Avec un chapitre d’anthologie, où elle force un élève à manger en entier un énorme gâteau au chocolat devant toute la classe, avant de lui casser le plateau sur la tête. C'est décalé, souvent, et c'est surtout d'une grande finesse, avec comme toujours chez Roald Dahl une réflexion bien moins simpliste qu'il n'y paraît sur les notions de différence et d'appartenance.

Le livre avait été adapté en film en 1996, avec succès.

Le plus gastronomique : "La Potion magique de Georges Bouillon"

Georges Bouillon n’apprécie pas beaucoup sa grand-mère, qu'il soupçonne d'être une sorcière. Georges va alors lui concocter une potion magique, à base de produits tels que du rouge à lèvre, de la laque ou de la cire. L'effet dépasse alors ses espérances : sa grand-mère se met à grandir jusqu'à dépasser le toit. Mais quand le père de Georges rentre à la maison, au lieu d'enguirlander et d'en vouloir à son fils, il va se mettre à tenter lui aussi des expériences à partir du breuvage, notamment sur les poules... Loufoque et fantaisiste, la potion de Georges Bouillon se boit d'une traite.

Le plus personnel : "Moi, Boy"

Roald Dahl a donc le don pour écrire des personnages singuliers et raconter des histoires atypiques. Et si cette aisance était en partie due à une enfance et une adolescence elles-mêmes remplies d'aventures ? Dans "Moi, Boy", publié en 1984, l'écrivain se livre dans une autobiographie très touchante. Tantôt légère, comme quand un ami et lui dissimulent une souris dans le bocal à bonbons d'un magasin (tiens, ça ne vous rappelle pas une histoire de sorcières ?) Tantôt dure, quand Mme Pratchett, la directrice, fouette les élèves à coups de canne sur la peau nue (bonjour Mme Legourdin). Vous l'aurez compris, Roald Dahl puise une grande partie de son inspiration dans sa propre histoire. Peut-être est-ce ça, son secret, pour rendre la fiction si réelle.

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