Le célèbre comédien comique, connu pour ses nombreux films célèbres dont "The Mask", "Dumb et Dumber", "The Truman Show", raconte son univers morose, dans une semi-autobiographie sans, bien sûr, déroger à son art de la parodie. C'est aussi un portrait satirique de Hollywood et de la société du spectacle.

"Mémoires flous" de Jim Carrey et Dana Vachon : Seul Jean-Claude Raspiengeas est resté sur la réserve
"Mémoires flous" de Jim Carrey et Dana Vachon : Seul Jean-Claude Raspiengeas est resté sur la réserve © Couverture de l'ouvrage / Éditions du Seuil

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Co-signé par Jim Carrey, l'acteur de The Truman Show, de Man on the moon, et par le journaliste américain Dana Vachon. Un livre traduit par Sabine Porte dont voici la première phrase du livre : 

On le connaissait sous le nom de Jim Carrey

L'acteur est en pleine dépression. Il vit reclus dans sa maison hautement surveillée de Los Angeles, avec deux chiens de garde dressés par le Mossad. Il passe ses journées à regarder des documentaires sur Netflix et se masturber devant des pornos. Il pratique la méditation transcendantale avec d'autres stars hollywoodiennes. Il craque pour une jeune actrice de série B. Il se voit proposer par son ami le scénariste Charlie Kaufman, d'être Mao dans un biopic où Anthony Hopkins serait Nixon. Ça fait quand même rêver. La suite est délirante. On verra notamment John Travolta résister aux aliens. Un roman qui mélange le vrai et le faux avec, évidemment, des bons moments et d'inévitables longueurs. 

Jean-Claude Raspiengas s'est beaucoup ennuyé

"C'est du gros délire bien appuyé, à l'américaine. On n'est pas dans la nuance, on n'est pas dans la subtilité. Ce n'est pas du Chantal Thomas. Le style de ce livre ressemble aux mimiques de Jim Carrey. Oui, mais après ? 

Je trouve que c'est vieillot, avec un imaginaire daté qui est très typique des années 1970, avec un psychédélisme et une science fiction sous l'emprise de substances diverses. À chaque délire on se dit "oui, bon mais après ?"

J'avais très envie de bailler. Je me suis beaucoup ennuyé. C'est un livre sans grâce et sans génie.

C'est lassant, c'est ennuyeux. On est dans l'excès tout le temps… Le seul intérêt, c'est de croiser de temps à autres des vedettes du cinéma. Mais bon… On en est là… À trouver de l'intérêt à un livre parce qu'on y croise quelques vedettes du cinéma…"

C'est une littérature assez veine, une littérature pop corn et boursouflée.

Frédéric Beigbeder salue une parodie autobiographique originale 

"Si on est fan de Jim Carrey, il faut savoir qu'il y a au-dessus de lui deux modèles, deux maitres qui sont Charlie Kaufman, le scénariste de Eternal Sunshine of the Spotless Mind, spécialiste de la mise en abyme ; et Andy Kaufman, le personnage qui joue dans le film et qui était le spécialiste du canular. 

Ce livre est donc une mise en abyme et un canular. On propose à toutes les stars d'Hollywood d'écrire leurs mémoires et, lui, a refusé. 

Il a décidé de procéder comme une sorte de blague, une sorte de parodie de mémoire.

Comme Lunar Park de Bret Easton Ellis, qui commençait comme une autobiographie et qui a basculé dans la folie totale. 

Il y a plein de trouvailles assez marrantes. Par exemple, quand il est en train de pleurer dans sa piscine, en position fœtale et qu'il se compare à une orque captive. Il y a des trouvailles en permanence. Il parle aussi avec sa maison puisque sa maison lui répond. Elle a la voix d'une héritière singapourienne d'un empire de l'opium en villégiature en Provence.

C'est clairement écrit sous LSD, soyons francs.

Et c'est un livre comme il y en a eu dans les années 1970, ceux de Thomas Pynchon, par exemple, où on bascule dans une autre réalité. Mais ça fait du bien qu'il ait échappé aux mémoires écrites par un ghost writer et qu'il ait eu le courage de faire quelque chose d'ovniesque comme lui".

Patricia Martin a trouvé le livre très beau et applaudit le courage de Jim Carrey 

"J'ai ri pratiquement d'un bout à l'autre même si, de temps en temps, il y a quand même des longueurs. Rien que le titre, je trouve ça formidable parce qu'on est à la frontière du roman dans la mesure où il se donne en spectacle. 

C'est du grand art de se mettre en scène de cette manière-là. À la limite, on s'en fiche qu'il soit sincère ou pas.

Probablement, qu'il ment à certains moments, mais il est courageux parce qu'il assume tous ces moments où le roi est nu, où le roi est faible, où le roi est paranoïaque, très seul. Il est crédule, il se montre influençable, infiniment sympathique, au milieu d'une jungle qui n'est autre que cette société du spectacle et de gens absolument terribles.

De même que la façon dont il tombe amoureux, ça m'a fait hurler de rire ! Ils se sont vraiment fait prélever des cellules souches pour que leur amour dure toute la vie. C'est là où c'est, à mon avis, très drôle. Évoquons aussi le biopic sur Mao, j'étais pliée en deux de rire".

À la fin, on a l'impression d'être entre une sorte d'apocalypse et un feu d'artifice. C'est très, très beau.

Arnaud Viviant salue une biographie autocritique très bien écrite et pensée

"Il y a là une formidable idée car c'est une biographie sous l'angle de l'autocritique. Avec sa carrière qui est dénigrée d'une certaine manière, tant il est ramené à son rôle de Ace Ventura, le film qui l'a révélé, mais dont il a essayé de s'échapper. 

Toute l'histoire sur le biopic de Mao est à hurler de rire, vraiment, quand il regarde des documentaires, qu'il donne une fête en se prenant pour Mao, lorsqu'il invite tout le gratin de Hollywood. Il y a tout le monde. Il y a Quentin Tarantino et tout cela est ponctué de phrases formidables comme par exemple : "la conversation qu'il avait eue avec Tarantino avait transformé les cogitations de Tarantino en idées et ses idées avaient baisé sans capote, donnant naissance à quelque chose de magnifique". 

C'est très très bien écrit.

Jésus est devenu une niche fiscale en quelque sorte. On dirait du Beigbeder sous coke".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

7 min

"Mémoires flous" de Jim Carrey et Dana Vachon

Par Jérôme Garcin