Voici le troisième et dernier roman de sa saga romanesque "Les Enfants du désastre". Après "Au-revoir là-haut" et "Couleurs de l’incendie", il clôt sa trilogie dans la France de 1940, de la drôle de guerre à l’exode. Si Nelly Kaprièlian ne l'a pas lu, les trois autres critiques n'ont pas manqué de le dévorer.

L’écrivain Pierre Lemaitre au Festival de littérature "Pordenonelegge.it 2018", Italie
L’écrivain Pierre Lemaitre au Festival de littérature "Pordenonelegge.it 2018", Italie © Maxppp / PHOTOSHOT

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

La fillette Louise Belmont, dont la mère louait un local à Edouard Péricourt et Albert Maillard, est devenue une jeune serveuse de 30 ans dans un bar de Montmartre, La Petite Bohème, où le docteur Thirion, un vieil habitué des lieux, va lui proposer dix mille francs pour la voir nue. Louise accepte et Thirion se tire une balle dans la tête. C’est le début d’un roman qui jette sur les routes de l’exode Louise, partie à la recherche d’un frère dont elle vient d’apprendre l’existence.

Nelly Kaprièlian ne l'a pas lu 

NK : "J'en n'ai lu qu'un, le premier de la trilogie, celui qui a eu le prix Goncourt en 2013 que je n'avais pas aimé... C'est vrai que là, j'ai une forme de résistance. Je ne l'ai pas lu entièrement, donc je n'ai pas à m'y étendre, mais c'est aussi dû au fait qu'en ce moment, j'ai beaucoup de mal à lire des romans comme ça, qui m’entraînent dans une grande histoire avec des personnages.

Je n'ai pas envie qu'on me prenne presque pour une enfant

Par ailleurs, je le trouve très intéressant en entretien Pierre Lemaitre : il pose des questions littéraires très intéressantes qui me font regretter de ne pas avoir continué son livre". 

Arnaud Viviant salue la renaissance du polar et du roman-feuilleton opérée par Pierre Lemaitre 

AV : "Je trouve que c'est le meilleur de la trilogie. J'ai trouvé que le premier était un peu trop baroque ; le second était un peu trop gras. Et celui-ci est justement, à l'inverse, très sec. D'ailleurs, le premier chapitre est franchement exceptionnel dans sa sécheresse. C'est du Simenon.

C'est peut-être celui qui est le plus polar des trois. Ce qui est magnifique, c'est que Pierre Lemaitre (qui écrivait des polars) soudainement s'est mis à écrire cette trilogie qui renvoie au style roman-feuilleton. Il a réussi à ressusciter un genre (le roman feuilleton) qui, a priori, était condamné historiquement, qui a fait sa fortune au XIXe siècle en même temps qu'il avait été interdit, car on accusait ce style littéraire de fomenter des révolutions. Les écrivains ne pouvaient plus écrire de romans feuilleton et avaient perdu leurs sources de revenus au passage. Il ressuscite le style et n'oublie pas l'aspect politique de l'affaire. Il est même assez engagé. Il y a quelques phrases comme ça qui traînent et qui montrent bien ce qu'il pense politiquement. 

Mais surtout, la force de Pierre Lemaitre, c'est qu'il écrit pour le cinéma. On pense à énormément de films en lisant son livre : ça renvoie à Henri Verneuil, à "On a perdu la 7e compagnie", à "L'Armée des ombres". 

Pour Jean-Claude Raspiengeas, ce n'est que du bonheur !

J-C. R : "C'est un vrai roman populaire, de la littérature populaire de qualité, ambitieuse. Il écrit pour le cinéma, il écrit pour le plaisir du lecteur. Il écrit vraiment pour le plaisir d'écrire avec des vrais personnages ! 

Quel bonheur, quel bonheur. C'est épique, il a du style, il y a du souffle ! 

Il y a un vrai rythme et une vraie tonalité. Ce type sait absolument maîtriser l'ensemble des situations qu'il prend et qu'il insère dans une époque. Son personnage, Désiré Migault, s'invente sans arrêt des identités. C'est un faux avocat, un faux médecin, un faux instituteur, un faux chirurgien, un faux préposé à la censure, à la propagande, un faux aviateur. Surtout, là où il m'enchante, c'est en faux curé : il est extraordinaire ! 

Il y a un comique de répétition avec ce personnage, on l'attend à chaque page et à chaque fois qu'il apparaît il prend une place folle dans le récit. 

C'est "l'anti Uranus" de Marcel Aymé tant il y a une vraie sympathie de Pierre Lemaitre pour ses personnages

Et les personnages les plus attachants sont les moins recommandables, c'est ça qui est assez beau : Désiré, Raoul le voyou, Jules le bistrotier et bien sûr, Louise qui, elle, est très recommandable et qui est au-dessus du lot. 

Un livre crépitant, émouvant, amusant, romanesque : Pierre Lemaitre a réussi une très belle œuvre ! 

Olivia de Lamberterie l'a dévoré mais le trouve un cran en dessous des deux autres

OL : "Quant à mon tiercé à moi : le premier, j'en avais aimé la première partie mais pas la deuxième qui était un peu convenue ; j'ai adoré le deuxième ; et celui-là...

Je le trouve un cran un peu en-dessous... 

Je l'ai quand même dévoré avec beaucoup de plaisir, avec un premier chapitre génial, un deuxième chapitre génial, un troisième chapitre génial mais un titre nul (d'ailleurs il a toujours des titres nuls !)

Là où je pense que c'est quand même un cran en-dessous, c'est que la structure romanesque n'est pas la même que les deux premiers : il tire sur plusieurs fils, sur plusieurs histoires en parallèle dont on sait qu'à un moment, évidemment, elles vont se retrouver. Mais j'avais souvent envie de sauter des pages pour retrouver un personnage... 

Et je trouve que ses personnages sont un peu moins bien incarnés que dans "Couleurs de l'incendie". 

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

8 min

"Miroir de nos peines" de Pierre Lemaitre : les critiques du Masque & la Plume

📖 LIRE - Pierre Lemaitre, "Miroir de nos peines" (Albin Michel)

🎧 RÉÉCOUTER - La Carte blanche de Pierre Lemaitre dans Boomerang

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre. 

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