Découvrez le texte inédit et très beau que l’écrivain Dominique Bona a offert ce matin aux auditeurs de "Boomerang", à propos du pouvoir de la littérature…

Ni forum, ni tribunal, la littérature est une planche de salut sur un océan d'incertitudes
Ni forum, ni tribunal, la littérature est une planche de salut sur un océan d'incertitudes © Getty / Jens Magnusson

Dans le magazine culturel de France Inter Boomerang, l'invitée a carte blanche pour quelques minutes en direct à l'antenne : la liberté de parler d'un sujet, d'un auteur, d'une oeuvre qui lui tient à cœur. La romancière Dominique Bona a choisi de rendre hommage à la littérature.

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Dominique Bona lit un texte inédit : le pouvoir de la littérature

Le pouvoir de la littérature

Lire, écrire.

On dit souvent que c'est une évasion. Une manière de se retrancher, de s'abstraire du monde, de le fuir. 

On lit, on écrit pour échapper aux lourdeurs, aux frustrations de la vie quotidienne, si prosaïque, banale et difficile à affronter.

Les écrivains ne seraient-ils que d'incorrigibles rêveurs ?

La littérature n'est pas seulement une échappée. Elle ne tient pas tout entière dans le rêve, dans l'illusion. 

Elle offre au contraire une possibilité d'union, de communion. Elle ouvre des portes, des fenêtres. Elle fait entrer à flots l'air du dehors. Elle permet l'échange, ce beau mot d'un poète. 

Aujourd'hui, les gens ne se comprennent plus. Le passé est aboli, le futur obscur. Les repères manquent, tout comme les perspectives. Chacun est enfermé dans sa catégorie, chacune aussi. Les portes sont verrouillées. On s'apprête à un grand débat. On va beaucoup parler, les mots vont déferler… Les gens se comprendront-ils mieux pour autant ?

La littérature n'instaure ni débat, ni dialogue, mais elle créé des liens. On y rencontre tous les âges, tous les milieux, tous les tempéraments, toutes les cultures. Il y a en elle de la douceur ou de la violence, de la légèreté ou de la colère, du raffinement, de la brutalité, et parfois, tout cela à la fois dans un même livre. Mais j'en fais chaque fois la même expérience : signée d'un seul, elle parle au nom de tous. 

Ce que j'aime en elle, c'est le regard particulier, la voix qu'elle nous offre et qu'on peut épouser le temps d'une traversée. Un regard, une voix qui agrandissent l'espace et réchauffent le cœur. 

Elle ne nous rend pas forcément meilleurs mais elle a l'immense avantage de nous rendre moins seuls.

Ni forum, ni tribunal, la littérature est une planche de salut sur un océan d'incertitudes où sans elle, je me noie.

Un livre salvateur

L'académicienne précise : "Beaucoup de livres me sauvent. Je lis pour cela : non seulement pour trouver consolation, amitié, réconfort, mais plus que tout : une lumière. On est toujours plus ou moins dans la nuit, on ne sait pas très bien où on va, on ne sait pas répondre à toutes les questions. Dans les livres, il y a une partie de ces réponses…" 

Et s'il fallait n'en citer qu'un seul ? Pour Dominique Bona, ce serait La Naissance du jour de Colette. "Parce qu'il y a une chaleur, une main tendue... et ce sourire, qui fait un bien fou".

Aller plus loin

🎧 (Ré)écouter l'entretien de Dominique Bona au micro d'Augustin Trapenard

📖  Académicienne, romancière mais aussi biographe, c'est un peu de son histoire à elle, qu’elle raconte dans Mes vies secrètes, à travers celles d'artistes comme Romain Gary, Berthe Morisot, Camille Claudel ou Clara Malraux. Ce roman est publié chez Gallimard

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