Roberto Saviano, l'auteur de la saga littéraire "Gomorra" sur la mafia italienne (adapté en série), est de retour avec un nouveau roman très violent : "Piranhas". Et un style d'écriture qui ne convainc pas les critiques du "Masque et la Plume" : "Déshumanisé", "effrayant", "écrit à la mitraillette", "très cocaïné" etc.

Roberto Saviano, auteur italien, lors d'une conférence à l'Université de Bologne (décembre 2016)
Roberto Saviano, auteur italien, lors d'une conférence à l'Université de Bologne (décembre 2016) © Getty / Roberto Serra - Iguana Press /

Le résumé du livre de Roberto Saviano, par Jérôme Garcin

Depuis qu’il a décrit le milieu de la Camorra napolitaine, qui l’a menacé de mort, l’auteur de Gomorra (adapté au cinéma par Matteo Garrone) vit toujours sous protection policière. Il a donc choisi de passer par la fiction pour montrer, toujours à Naples, une bande de jeunes caïds – entre 10 et 18 ans – qui sont prêts à tout pour s’acheter des Nike : vendre de la coke et même tuer, leurs modèles étant les parrains de la Camorra. Ces bandes, qui ont troqué le silence contre les réseaux sociaux, on les appelle là-bas des baby-gangs. Et le personnage principal, c’est un petit malfrat de 15 ans, qui n’a qu’une ambition : régner sur Naples. 

Frédéric Beigbeder  y a vu un livre "écrit à la mitraillette"

FB : Ça m'a fait penser à un roman de Louis Calaferte : Requiem des innocents, qui parlait déjà de la sauvagerie de certains enfants des rues, de l'éclatement de la violence comme envie d’exister mais ici c'est multiplié par les réseaux sociaux.

Je vais faire le vieux con mais on se demandait ce que donneraient les réseaux sociaux, inventés il y a 14 ans. Et ici on voit des chefs de gangs, des tueurs, de 14 ans qui emploient des tueurs de 12 ans et ils passent leur temps à se prendre en photo, à s'exhiber sur les réseaux... sans aucun repère, aucune compassion.

C'est totalement déshumanisé et le livre est effrayant pour cela. C'est écrit à la mitraillette, on a parfois l'impression d'être sous substance, c'est très cocaïné...

Mais le plus impressionnant c'est vraiment l'absence totale de respect de l'Humanité, ou d'humanité tout court.

Nelly Kaprièlian a complètement mordu à l'hameçon

NK : J'aime bien le travail de Saviano en tant qu'écrivain de narrative nonfiction : d'écrivain qui fait de l'enquête, etc. D'ailleurs, c'est la première fois que je vois dans un roman, tout de suite en préambule : "tout ça n'est que de la fiction, ça n'a aucun rapport avec des personnages existants, tout est fortuit..." On voit rarement ce genre d'avertissement dès qu'on commence un livre.

Après le style est très classique (je pense qu'on ne retiendra pas Saviano pour son style), mais c'est quand même mené tambour battant.

Patricia Martin a été impressionnée par cette "histoire folle"

PM : Le roman permet de se mettre à la place des enfants, et ce n'est pas si facile que ça d'incarner, de vivre à l'intérieur des enfants.

C'est terrifiant ce qu'il raconte, c'est une histoire folle. Ces enfants ont envie de mourir, et en même temps est-ce qu'ils se représentent réellement la mort. Il y a une forme d'excitation chez eux, comme les enfants peuvent avoir quand ils jouent.

Pour Arnaud Viviant, "d'un point de vue littéraire, ça n'a aucun intérêt"

AV : Saviano est un héros mais ce n'est absolument pas un romancier.

Il y a un effet de redite avec Gomorra... Je comprends la situation de Saviano, il ne peut plus enquêter, il n'est plus libre de ses mouvements... On comprend qu'il se réfugie dans le roman. Mais il écrit d'une manière extrêmement traditionnelle, pour ne pas dire vieille. Il écrit avec avant tout l'idée d'être adapté immédiatement à la télévision ou au cinéma. Son écriture est plutôt de l'ordre du scénario.

Tout ça est d'une lourdeur, et surtout d'un sentiment de déjà vu absolument total. À part effectivement les réseaux sociaux qui donnent une petite couleur contemporaine, mais franchement tout est de l'ordre du cliché. Tout ça a déjà été raconté, y compris par lui-même

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« Piranhas », Roberto Saviano - les critiques du Masque et la Plume

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📖 Piranhas est paru en français chez Gallimard

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