L’auteure de "La voyeuse interdite", lauréate du livre Inter, signe son nouveau roman dans lequel elle donne la parole à une femme de 53 ans qui, ensevelie par la solitude amoureuse et professionnelle, décide de se révolter y compris contre la violence qui lui est faite en tant que femme. Voici le diagnostic du Masque.

Nina Bouraoui
Nina Bouraoui © AFP / JACQUES DEMARTHON

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Sylvie Meyer, 53 ans, mère de deux jeunes fils, séparée de son mari depuis un an, qui travaille dans une entreprise de caoutchouc, où le patron lui demande de faire des heures supplémentaires et de surveiller les autres salariés, ce qu’elle accepte comme elle n’a pas bronché quand son mari est parti. Jusqu’à ce jour où, après que son patron l’a engueulée et humiliée, elle se révolte.  

Arnaud Viviant aime beaucoup l'intelligence du récit 

AV : "J'aime beaucoup Nina Bouraoui. Là, je ne savais pas que c'était finalement un objet dérivé d'une pièce de théâtre, ça ne se sent pas du tout. En général, c'est assez difficile de traduire une pièce de théâtre en objet romanesque, mais là, ça marche totalement parce qu'il y a une voix qui est immédiatement trouvée avec la vie de cette femme

Même si je n'aime pas du tout ce titre "otages", c'est d'ailleurs la seule chose que je n'aime pas même s'il y a évidemment une histoire de prise d'otages à un moment, ce n'est pas du tout l'essentiel du livre. 

C'est la vie d'une femme et de son rapport à l'amour qu'elle trouve dans l'emprisonnement. Il y a une forme de beauté et là, dans sa trajectoire, elle prend conscience, finalement, de l'amour qu'elle a pour cet homme qui l'a quittée dans les épreuves qu'elle rencontre. C'est au moment où elle est enfermée qu'elle est la plus libre et la plus amoureuse

Il y a quelque chose d'assez important dans ce que raconte Nina Bouraoui, une intelligence de ce que peut être une vie, un destin exprimé avec une simplicité, une pauvreté de langage, la moitié des phrases commençant par "c'est" qui, je pense, est lié à l'oralité de la pièce de théâtre. 

En même temps, dans la pauvreté de la vie de cette femme, il y a une beauté qui toujours arrive à surgir.

Elle évite les pièges : un moment, elle raconte l'histoire de son adolescence, en particulier le premier amour de sa vie, et c'est très bien fait, ça conduit vers quelque part et on est totalement dérouté quand on y arrive". 

Elle évite tous les pièges de ce genre de livres : engagé, concerné, social et y trouve une véritable honnêteté. 

Olivia de Lamberterie salue un portrait singulier et universel sur la vulnérabilité des femmes en général  

OL : "Je trouve que c'est d'abord un grand roman social : c'est une femme maltraitée dans son travail qui va finir par péter les plombs. Mais elle ne sait pas péter les plombs d'où le fait qu'elle soit beaucoup trop soumise.

C'est un livre, à la fois très singulier avec le portrait d'une femme très réussi, mais aussi très universel sur les femmes aujourd'hui : tout ce qu'elle dit sur les femmes est toujours très difficile et vraie. C'est un livre sur l'endurance, sur comment une femme qui a un jour un caillou dans sa chaussure, n'a pas le temps de l'enlever, le laissant finalement, et s'habituant à vivre dans la souffrance.

C'est un livre sur la vulnérabilité des femmes : notamment cette scène incroyable où elle est dans une voiture avec deux hommes et exprime sa peur et signifie là la grande fragilité des femmes, parce qu'il y a toujours la possibilité du viol, tandis que si vous avez un homme avec deux femmes, il ne peut pas avoir peur. C'est un livre très violent". 

Jean-Claude Raspiengeas a été très touché par la révolte sourde exprimée au sujet de la condition des femmes

J-C.R : Je suis d'accord avec tout ce qui vient d'être dis mais ce livre n'est pas que sur la condition des femmes d'aujourd'hui, c'est sur l'éternelle condition des femmes. Ça ne se résume pas à aujourd'hui. J'y ai vu l'histoire d'une révolte sourde, d'une accumulation. Il y a une révolte sourde et un moment, il y a un passage à l'acte, très étrange, très bizarre, très feutré, très étrange par rapport au titre qui se justifie complètement tant il faut revenir au mot d'otage. 

C'est quoi être otage ? Il y a trois conditions : 

  • On se demande pourquoi on est prisonnier ? Là c'est son cas, elle ne comprend pas pourquoi alors qu'elle est ciselée dans son entreprise, elle est à ce point là maltraitée par son patron. Pareil pour cet homme qu'elle a aimé. 
  • Ensuite, il y'a toujours la peur de combien de temps ça va durer ? C'est un peu sans fin son affaire. 
  • Et est-ce qu'on va y passer ? Est-ce qu'on va mourir ? 

C'est toujours les trois craintes des otages. Ça se résume toujours à ça. Donc ce titre est assez justifié puisque sa condition rejoint celle de tous les otages en général. 

Nelly Kapriélian est la seule à ne pas avoir été touchée

NK : "Je n'ai pas été absolument convaincue, j'ai un peu l'impression que c'était fabriqué qu'elle n'y était pas. J'ai lu d'autres textes de Nina Bouraoui où elle était dans une forme d'autofiction. J'ai l'impression que c'était essentiel pour elle d'écrire. 

Je ne la retrouve pas. Ça ne m'a pas du tout touchée 

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

6 min

"Otages", de Nina Bouraoui : les critiques du Masque et la Plume

📖 LIRE - "Otages", de Nina Bouraoui (éditions Lattès)

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