C’est l’histoire d’un réveil. Pereira n’est vraiment pas du genre à s’engager. Journaliste dans le Portugal salazariste des années 1930, il rédige docilement ses nécrologies,

Détail couverture Pereira prétend
Détail couverture Pereira prétend © Pierre-Henry Gomont/Sarbacane

.... jusqu’au jour où il rencontre le jeune Francesco Monteiro Rossi.

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Veuf, obèse, apathique, et francophile, le Doutor Pereira collabore avec le journal portugais Lisboa depuis plus de trente ans. La routine de sa vie lugubre est soudain bousculée par sa rencontre avec Francesco Monteiro Rossi. Le jeune homme est censé lui fournir des articles biographiques (sorte de nécrologie anticipée), mais ses textes sont trop risqués. Publiés, ils seraient à coup sûr censurés par le pouvoir autoritaire de Salazar. Quand Pereira comprend que son jeune pigiste et sa compagne militent au sein d’un mouvement révolutionnaire lié aux Républicains espagnols, c’est un électrochoc. La jeunesse, et l’énergie de Francesco vont le pousser à s’engager contre la dictature, mais aussi et surtout à sortir de sa torpeur morbide, à se reprendre en main, et à prendre soin de lui.

La BD de Pierre-Henry Gomont (auteur de Kirkenes, et Crématorium) est l’adaptation du roman de l’Italien Antonio Tabucchi publié en 1994. Le dessinateur en tire la substantifique moelle pour livrer une histoire très touchante.

Pour cela, l’ex-étudiant en sociologie a abandonné sa technique naturelle à l’aquarelle pour des couleurs plus directes et tranchées, davantage proches de la lumière lisboète. Le résultat est superbe. L’alternance de dessins en couleurs chaudes, coupés par un ciel bleu omniprésent, et de scènes de nuit dans les tons vert et bleu, contraste avec la noirceur et la tristesse de la vie du héros. Les personnages, même secondaires (la mystérieuse amie du militant, le psy courageux de Pereira, la vilaine concierge collabo…) sont ultra soignés, et incroyables de justesse. Les dialogues intérieurs à l’aide de petits sujets tapent juste. Le découpage vif, et tenu, achève de faire de cette BD une adaptation du roman d’Antonio Tabucchi aussi émouvante que subtile. Un gros coup de cœur.

Comment j’ai dessiné Pereira prétend :

Pierre-Henry Gomont :

La politique et la vie, ça marche ensemble chez Pereira. C'est un personnage travaillé par la mort, pour lequel j'avais beaucoup d'empathie ...

Pereira prétend de Pierre-Henry Gomont d’après le roman d’Antonio Tabucchi. Publié chez Sarbacane

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