Et ce n'est rien de le dire… Michel Crépu n'a pas compris, Arnaud Viviant s'est ennuyé, Frédéric Beigbeder est déçu ("Tout ça pour ça") et Nelly Kapriélan a déjà lu la même chose en mieux. Pour tous, le roman est daté, et on peut s'en passer.

Véronique Ovaldé
Véronique Ovaldé © Getty / Eric Fougere

Le livre résumé par Jérôme Garcin

"Gloria était prête depuis tellement longtemps que lorsqu’elle a pris sa décision elle a eu besoin d’à peine une heure pour tout emporter…" 

Ainsi commence ce roman, dans le midi de la France. Gloria passe prendre à l’école ses filles, Stella, une ado, et Loulou, six ans, qu’elle élève seule. Elle les emmène en voiture dans la maison, au cœur de la forêt alsacienne et près d’un lac, où elle passait autrefois ses vacances. Elle fuit précipitamment, sans oublier d’emporter un pistolet Beretta. Qui fuit-elle, ou quoi ? Le roman plonge peu à peu dans le passé douloureux de Gloria, où l’on découvre notamment le personnage trouble de Samuel, le père alcoolique des fillettes.

Michel Crépu n'a pas compris

MC : Hum. Je dois dire que cette phrase "Je passe prendre les enfants à l'école", déjà me met dans un état… Là, on est dans le post "gavaldisme" néo-houellebecquien : c'est totalement terrifiant. Je ne peux pas aller au-delà de la page 36, c'est absolument impossible, je suis obligé d'appeler une cellule psy de secours… Parce que je ne vois pas de quoi parle ce livre. 

C'est par ailleurs un livre qui ne tient pas en place, on a l'impression qu'il bouge tout le temps. C'est une espèce d'immersion dans le social, dans ce qu'il peut avoir de plus épouvantable. Moi je n'y comprends rien. 

Arnaud Viviant s'est ennuyé terriblement

AV : Ça m'a ramené très loin en arrière, dans les années 1980 à peu près. L'héroïne, quand elle était adolescente, écoutait les Buzzcocks dans son walkman, c'est un des meilleurs groupes du punk rock anglais : ce personnage principal ne peut pas être totalement mauvais. Bon. Evidemment, après, on a l'impression de lire une mauvaise version d'un Philippe Djian. C'est la Betty de 37°2 le matin, la Gloria avec son Beretta

Ce qui est étrange, c'est d'arriver à faire une espèce d'histoire comme ça qui est, à mon avis, complètement datée. On a l'impression de lire un vieux bouquin des années 1980 ; ce n'est pas du tout actuel. Avec une espèce, effectivement, de bougeotte…

Tout cela ne fonctionne pas du tout en fait. Donc on s'ennuie terriblement.

Frédéric Beigbeder est déçu : "Tout ça pour ça"

FB : Presque tous les romans de Véronique Ovaldé parlent d'une femme qui s'enfuit. Déjà Vera Candida s'enfuyait de son île à l'âge de 15 ans. Mais Ovaldé, elle, reste. Et elle publie tous les ans ou tous les deux ans un nouveau livre - et visiblement, elle n'est pas prête de s'arrêter.

Moi j'ai très peur des gens qui sourient. Stephen King a écrit sur ça. Il a fait un livre qui s'appelait It, (Ça), sur un clown au sourire maléfique qui faisait très très peur. Moi, cette Gloria me fout les chocottes en fait. Elle prend ses deux filles et les emmène dans une forêt alsacienne : c'est une parano en fait.

La conclusion du roman, on est chez Philippe Delerm : il faut admirer les petits détails de la vie, c'est comme ça qu'on peut être heureux... Voilà. Tout ça pour ça.

Nelly Kapriélan a déjà lu la même chose en mieux

NK : Ça suinte la posture. Une espèce de "je pose à…" - je ne sais pas si c'est Philippe Djian ? En tous cas j'ai l'impression d'avoir lu ça 50 fois. Ça m'a renvoyé à mon enfance dans les années 1970, cette époque où les Français copiaient les Américains en faisant toujours moins bien. J'ai eu l’impression que c'était la même chose.

D'autant que ce roman, je l'ai lu en 1000 fois mieux en novembre, par Dave Eggers : Les héros de la Frontière, chez Gallimard. C'est aussi une femme qui fout le camp, qui est absolument magnifique. Elle est tout le temps sur la route et peu à peu se dessine la vie qu'elle a fui - et là, c'est incarné, il y a une écriture, on voit l'Amérique, c'est politique, et poétique… Là quand même, le roman de Véronique Ovaldé : je ne sais pas où elle veut en venir.

Aller plus loin

Ecoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

5 min

"Personne n'a peur des gens qui sourient" de Véronique Ovaldé : les critiques du "Masque & la Pume"

📖  Le roman de Véronique Ovaldé est à retrouver chez Flammarion. 

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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