Certains pensent que ce livre est écrit de façon "splendide", "presque musicale"… Tandis que pour d’autres c’est exactement la même chose que le livre de Christine Angot ! Et ce n’est pas un compliment ! Découvrez les avis du Masque et la Plume sur le dernier livre du britannique Julian Barnes : "La Seule Histoire".

En cette rentrée littéraire 2018, le romancier britannique Julian Barnes signe "La Seule histoire", une histoire d'amour entre un adolescent et une femme plus âgée, où la vie se bâtit et se désagrège.
En cette rentrée littéraire 2018, le romancier britannique Julian Barnes signe "La Seule histoire", une histoire d'amour entre un adolescent et une femme plus âgée, où la vie se bâtit et se désagrège. © Getty / Roberto Ricciuti

Le résumé du livre de Julian Barnes 

Tout commence, il y a plus d’un demi-siècle, sur un terrain de tennis de la banlieue résidentielle de Londres. Il suffit à  Paul, 19 ans, et  Suzan, 48 ans, de disputer un tournoi double mixte pour tomber follement amoureux. 

Paul est étudiant en droit et il vit chez ses parents. Suzan est mariée à un homme qui la frappe et elle a deux filles. Leur liaison provoque évidemment un scandale, ils sont exclus du club de tennis et obligés de s’enfuir à Londres. Et à partir de ce moment là et de manière très méthodique, Barnes raconte comment, pendant une dizaine d’années, le couple va tenter de survivre à cette passion avant de sombrer. Car Suzan est alcoolique et Paul, malgré sa fidélité, n’arrive pas à la sauver. 

C'est une version anglaise du Diable au corps. Et il y a surtout tout ce qu'on aime chez Barnes : la digression, le coq à l'âne, le nonsense et évidemment aussi l'exercice de style... 

Pour Arnaud Viviant, c'est le même livre que celui de Christine Angot !

AV : En fait ça m'a fait beaucoup penser au livre de Christine Angot. Il y a d'ailleurs cette exergue magnifique, qui est une définition du roman, de Samuel Johnson en 1755 : "petite histoire, généralement d'amour". C'est aussi la définition parfaite de livre de Christine Angot.

La question qui se pose avec Julian Barnes c'est : est-ce qu'il nous raconte une histoire vraie ?

Toute la dernière partie, qui est à mon avis la plus belle, bouleversante, est une considération sur ce qu'est l’amour. Et le narrateur n'arrête pas de compiler toutes les phrases qu'il peut trouver dans la littérature sur l'amour.

Et finalement il n'en garde qu'une seule, de Nicolas de Chamfort qui dit "on ne sait pas si l'amour est vrai ou faux, c'est la seule chose qu'on puisse dire qui ne soit pas une absurdité"

C'est exactement ce que raconte Christine Angot, avec de tous autre moyens littéraires. Ce sont deux histoires d'amour qui tournent très mal.

C'est quand même très anglais, à tous les niveaux. Ça raconte très bien cette époque après-guerre, dans le côté un peu gin rami, camomille, mots croisés et parties de tennis. J'ai eu une overdose d'anglicismes.

"Un très beau livre" sur la mémoire et la recomposition pour Jean-Claude Raspiengeas

JCR : Alors justement il y avait quelques années un jeu à la télévision qui s'appelait "Le Francophonissime". On tirait au sort des mots et il fallait les mettre dans des phrases. Arnaud est en train de jouer au Francophonissime avec nous, en essayant de mettre "Angot" dans toutes ses interventions.

C'est un très beau livre. C'est de la vraie littérature, quelque chose de profond, de grave... 

C'est vraiment un livre sur la mémoire et la recomposition. Le narrateur cherche sans arrêt la vérité de cette relation. Il se pose d'emblée la question : quand on raconte son histoire d'amour, est-ce que ça rapproche de la vérité, de ce qu'on a vécu ? 

Ce qui est très beau aussi c'est le déni de cette femme pour son alcoolisme. Et son déni à lui, les signes sont là, ses amis l'admettent mais il ne veut pas le reconnaître.

Jusqu'au bout il tente de garder de la dignité dans les souvenirs, mais aussi comme un devoir envers le passé de cet amour.

Probablement le "meilleur roman de Julian Barnes" pour Eric Neuhoff

EN : Pour moi c'est superbe. C'est peut-être le meilleur roman de Julian Barnes. Là c'est vraiment le romanesque dans lequel on a envie de se glisser : quelque chose de soyeux, odorant, c'est Harold et Maude, c'est Un été 42 qui durerait une dizaine d'année et dont le narrateur se souviendrait évidemment jusqu'à la fin de ses jours.

Il arrive en trois parties, à montrer comment le temps passe. Qu'est-ce que c'est que l'adolescence ? Qu'est-ce que c'est que le premier amour avec une femme de trente ans de plus ? Avec cette femme qui prend tous les risques pour lui... 

Et on voit comment une vie se bâtit et se désagrège en même temps. Elle n'est pas alcoolique au début, elle le devient, donc il se demande si ce n'est pas sa faute. Elle regrette d'avoir abandonné ses enfants...

C'est écrit d'une façon splendide, il y a toute une série de silences anglais où les deux interlocuteurs comprennent ce que veut dire l'autre sans parler. Et c'est un peu ça le roman à l'anglaise. On voit que le passé est vraiment un pays étranger.

L'adolescent est devenu un vieux monsieur et il explique qu'il pense qu'il ne fera plus l'amour avant de mourir. C'est vraiment un livre déchirant.

"Un enchantement" selon Michel Crépu

MC : Quel beau livre, quel grand livre ! C'est un livre de grâce, d'équilibre, de beauté... 

Effectivement c'est très anglais : les Anglais sont capables de donner une représentation de la vie qui passe, dans une sorte de point d'équilibre entre le grave et le léger, entre la beauté et l'ombre qui vient doucement recouvrir les choses...

Tout cela est restitué de manière presque musicale et c'est vraiment un enchantement de lire ce livre.

C'est un des grands livres de la rentrée.

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"La Seule histoire" de Julian Barnes - Le Masque et la Plume

Aller plus loin

  • La Seule Histoire, du romancier britannique Julian Barnes, est paru aux éditions Gallimard, en septembre 2018 (traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin – titre original The Only Story)
  • • Retrouvez la chronique de Jacqueline Pétroz sur le livre de Julian Barnes : Le fracas du temps (paru en 2016)
  • • Et chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.
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