L'académicien, célèbre auteur de "L'Exposition coloniale", prix Goncourt 1988, consacre son tout dernier roman à l'amour, dans lequel il mêle une interprétation personnelle de son expérience vécue, qu'il présente sous la forme d’une longue lettre qui n'a pas vraiment convaincu les critiques du Masque et la Plume.

L'écrivain Erik Orsenna, novembre 2018
L'écrivain Erik Orsenna, novembre 2018 © AFP / MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS

Le livre présenté par Jérôme Garcin 

Prix Goncourt 1988 pour "L’Exposition coloniale" et dont l’exergue est emprunté à Kafka : « Un livre doit être la hache pour briser en nous la mer gelée ». Une lettre adressée par l’auteur, Gabriel, romancier et ingénieur en hydroélectricité, à une Juge aux affaires familiales et sa greffière pour s’excuser de leur avoir pris tant de temps pour statuer sur son divorce, en octobre 2011, d’avec sa femme Suzanne, après quatre années d’une folle passion. Pour que Gabriel et Suzanne se retrouvent, il faudra voyager jusqu’au détroit de Béring, un bras de mer resserré entre deux continents. « À l’image exacte de l’amour. »

Pour Jean-Claude Raspiengeas, "s'il reste intéressant, beau et comique, le livre est un peu déroutant"

J-C.R : "Il y a plusieurs livres dans le livre, c'est un petit peu confus. 

Le fond de tout ça, c'est quand même le début d'un amour infini, c'est à quel moment se produit la déchirure et quel est le chemin chaotique qui mène à cette rupture. Et surtout, qu'on finit par oublier ça. 

Et le chemin qu'il prend justement est très compliqué parce que son livre est un mélange de points morts et d'accélérations qui finit par trouver enfin son rythme de croisière vers la page 100 où les choses commencent seulement un petit peu à s'ordonner. 

Ça redevient un tout petit peu tempétueux dans la narration quand il va repartir sur le Groenland où là, ça devient vraiment très, très compliqué. 

Là où c'est déroutant, c'est qu'il y a beaucoup de métaphores d'éclusier et il en abuse. Comme il connaît très bien le milieu marin, il remplit beaucoup avec ses connaissances scientifiques. 

Ce qui est évidemment très intéressant, c'est la naissance de l'amour mais aussi, par moments, toute l'ironie, toutes les blagues, avec un très beau moment quand il se marie. Il y a quatre chapitres autour du mariage qui sont vraiment poilants, vraiment bien, très bien observés sur les étapes du mariage et les réactions des témoins, aussi sur tous ceux qui se mettent en comploter. 

Il y a une réflexion comique qui m'a beaucoup amusé : celle qui consiste à penser que quand on se marie pour la quatrième fois, on a plus de cadeaux, tant les amis n'ont plus du tout de cadeaux à nous faire, ils ne savent plus du tout quoi offrir. 

Il explique aussi quelque chose de vraiment intéressant : un amour est toujours surveillé par les autres. Il est toujours sous surveillance des autres, ce qui fait que tout le monde spécule sur la potentielle rupture.  

C'est un livre un peu foutraque, ce n'est pas son meilleur mais on sent malgré tout le plus pétillant d'Orsenna.

Nelly Kapriélian l'a trouvé "inintéressant et pense que l'auteur n'y connait rien en amour"

NK : "J'ai trouvé ça totalement inintéressant... D'autant que je crois que je n'avais pas lu du Erik Orsenna depuis longtemps... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, c'est une histoire d'amour qui baigne dans des clichés de la comédie, du remariage, avec des dialogues qui doivent être primesautiers, drôles. Je pense, pour avoir moi-même un certain âge et avoir vécu quelques comédies, que l'amour ça ne se passe pas comme ça

J'ai l'impression qu'il n'y connait rien en amour. 

J'ai beaucoup de mal à lire des phrases. Je préfère voir un Lou Beach plutôt que d'avoir un livre qui invente des situations fausses, des dialogues qui sonnent creux, des personnages moyens : la femme doit être absolument impertinente, sans arrêt, 24 heures sur 24 à chaque seconde, elle doit être drôle, mince, merveilleuse, tout simplement parce qu'il l'a choisie, c'est une déesse". 

Si Olivia de Lamberterie salue "un livre très personnel, elle regrette qu'il ne soit pas plus intéressant que ça"

OL : "Moi je pense qu'au contraire, c'est un livre très personnel dans lequel il se livre beaucoup

C'est un livre sur un sujet de société, c'est l'amour chez les vieux. Ça nous guette tous : comment est-ce qu'on annonce à ses enfants qu'on va se marier ? Comment on fait avec tous les fantômes des ex ? Il écrit vraiment au fil de sa vie et de sa plume

Il y a des moments assez drôles, notamment un chapitre sur La Redoute, on peut le citer d'ailleurs où il explique que si vous avez réussi à parler au service après vente de La Redoute, votre mariage va durer. C'est une sorte d'indicateur du couple. Et moi, je suis tout à fait d'accord avec cet indicateur-là. 

On a l'impression qu'il n'y croit pas vraiment à son livre...

Il écrit un peu comme il sautille, quand ça lui vient. Ce n'est pas déplaisant à lire, mais ce n'est pas très intéressant non plus"...

Arnaud Viviant s'est "ennuyé au point de se sentir très jeune" 

AV : "Ça m'a rappelé un peu ce dimanche après-midi où vous n'êtes pas très bien, où vous êtes devant France 3 et que vous voyez ces publicités pour les conventions obsèques, les prothèses auditives... C'est un peu le sentiment qu'on a. 

Je me suis senti très jeune soudainement, c'est la sauce très plaisante du livre

Il y a un côté placement de produit et placement de copains, il se fait plaisir, mais on reste quand même très spectateur du jeu. Si j'étais très méchant, je dirais que ce livre n'a pas simplement brisé la mer gelée en moi

Aller plus loin

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

6 min

"Briser en nous la mer gelée", d'Erik Orsenna : les critiques du Masque et la Plume

📖 LIRE - "Briser en nous la mer gelée", d'Erik Orsenna (éditions Gallimard)

► LIVRE OUVERT | Toutes les autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.