Romain Gary, le seul écrivain qui a reçu à deux reprises le prix Goncourt, fait enfin son entrée dans la prestigieuse collection de la Pléiade cette semaine. L'occasion de rappeler pourquoi il est absolument nécessaire de lire ou relire Gary aujourd'hui.

L'écrivain français Romain Gary
L'écrivain français Romain Gary © Getty / Sophie Bassouls

Romain Gary, l'homme aux 1 000 vies 

Gary l'aviateur, le héros de guerre, l'ambassadeur, le chercheur de trésors, le séducteur impénitent. Gary l'écrivain, surtout, deux fois prix Goncourt, suite à la plus grande supercherie de l'histoire littéraire française. 

Romain Gary fait enfin son entrée dans la prestigieuse collection de la Pléiade.

Pourquoi faut-il absolument (re)lire Romain Gary ?

Parce qu'il a tout vu avant les autres sur notre époque.

Passé la comédie des apparences et des faux-semblants, la voix de Gary s'impose comme sacrément singulière. Puissante. Nécessaire. Avec le temps pour allié qui lui confère sa véritable dimension. Une voix actuelle et universelle, des mots d'hier pour dire quelque chose du monde d’aujourd’hui. 

C'est lui qui nous alerte, dès 1974, sur les dangers de la virilité et le besoin de féminité, quand il écrit :

Tant qu'on ne verra pas à la tribune de l'Assemblée nationale une femme enceinte, chaque fois que vous parlerez à la France, vous mentirez.

C'est lui qui célèbre l'Europe, cette Europe que nous n'arrivons plus à aimer et dont il rappelle ô combien elle a besoin d'imaginaire, lui qui annonce avant l'heure la solitude urbaine, le règne des machines qui vient, le manque d'amour qui nous étreint et qui nous fait adopter des pythons qu'on appellera "Gros câlin", lui qui dénonce le racisme commun dans Chien blanc, c'est lui surtout qui joue les lanceurs d'alerte dès les années 1950 sur le péril qui pèse sur la biosphère avec le formidable Les racines du ciel, premier roman écologique où la lutte d'un homme pour sauver les éléphants d'Afrique sert aussi bien de plaidoyer pour la vie et la dignité de l'espèce humaine

Il écrit, bien avant les éditorialistes d'aujourd’hui :

Ce qui se passe dans nos mers est pire que la peste au Moyen-Âge.

"La mer est notre ancêtre. Il a fallu à la vie plus de cent millions d'années pour produire la tortue de mer géante, la baleine et le phoque moine. Il nous a suffi de trois générations pour en arriver à un point où la disparition totale paraît presqu'inévitable". 

Romain Gary était un désespéré qui a eu raison avant les autres mais qui n'a jamais sombré pour autant dans le nihilisme actuel, qui nous incite à l'action, nous invite à l'amour, nous pousse à l'attachement. 

Il écrivait dans La nuit sera calme :

Le drame des hommes et des femmes, en dehors des situations d'amour, en dehors des situations d'attachement profond, est une sorte d'absence de fraternité. 

Alors retrouvons cette fraternité, prenons le temps de l'attachement afin de redécouvrir la tendresse, cette tendresse dont il estimait dans Gros-câlin qu'elle a "des secondes qui battent plus lentement que les autres".

Aller plus loin

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Julien Bisson est rédacteur en chef de l'hebdomadaire Le Un. Il intervient chaque mercredi dans Grand bien vous fasse, l’émission d'Ali Rebeihi

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